Collectivité Territoriale de Corse

Affaire des deux villas de la Rondinara : la position de la majorité territoriale

Gilles Simeoni, Président du Conseil exécutif de Corse, Jean-Guy Talamoni, Président de l’Assemblée de Corse, Jean Biancucci, Président du groupe Femu a Corsica et Petru Antone Tomasi, Président du groupe Corsica Libera communiquent

Mercredi 12 Juillet 2017



Le Conseil exécutif de Corse, qui tenait hier sa séance plénière hebdomadaire, le Président de l’Assemblée de Corse et les Présidents des deux groupes de la majorité territoriale (Femu a Corsica et Corsica Libera), se sont réunis pour analyser en commun les termes de l’arrêt rendu le 5 juillet 2017 par la Cour d’appel de Bastia dans l’affaire des deux villas de la Rondinara construites en violation du permis de construire tacite initialement délivré.

La lecture de cet arrêt confirme le caractère fautif du comportement des propriétaires, ceux-ci ne le contestant d’ailleurs pas en son principe. Mais le déroulement de la procédure souligne surtout les ambiguïtés et les carences de l’Etat et de certains services dans la gestion des dossiers d’urbanisme dans les sites sensibles du littoral corse :
 
  • Délivrance de permis de construire contestables, par abstention ou par action (permis tacite prorogé d’un an en 2007 dans le cas d’espèce) ;
  • Attitudes passives et incohérentes du Parquet et de l’Administration : ainsi et par exemple, dans le dossier Rondinara, la DDTM, bien que parfaitement informée des travaux et de la non-conformité de ceux-ci avec le permis tacite initial, n’est jamais intervenue entre le 7 novembre 2008, date de déclaration d’ouverture du chantier, et l’achèvement des travaux, le 15 février 2013. De même, le Parquet et la DDTM s’affirmaient en première instance favorables à la démolition. Le premier n’a pas fait appel du jugement refusant celle-ci, et la DDTM ne s’est pas présentée à l’audience d’appel ;
  • Sanctions différentes d’un dossier à l’autre, suscitant inéluctablement le sentiment d’une justice à deux vitesses ou de « deux poids et deux mesures » : au-delà du cas « Rondinara », de nombreuses constructions sans permis ou non conformes n’ont jamais fait l’objet de démolitions, soit que les décisions de justice n’aient pas prononcé la démolition, soit que, l’ayant ordonnée, elles n’aient pas été exécutées. Comment, dès lors, susciter la confiance des Corses dans la justice, et mettre en œuvre une politique pénale de l’urbanisme lisible, compréhensible, et qui soit véritablement dissuasive pour les auteurs d’infractions ?


Dans ces conditions, nous réaffirmons que le respect des règles d’urbanisme, et particulièrement de celles protégeant les espaces sensibles ou remarquables, au premier rang desquelles la loi littoral et le PADDUC, doit faire l’objet d’une fermeté absolue. Il est une préoccupation constante de la majorité territoriale. Nous exprimons à nouveau, comme nous l’avons toujours fait, notre soutien aux associations qui suppléent bien souvent, par leur action, aux carences des autorités étatiques. Nous rappelons qu’une des solutions de fond, concernant la lutte contre les constructions illégales, passe par un renforcement des règles dissuasives pour les spéculateurs, et notamment l’adaptation législative pour la Corse du nouveau texte de l’article 480-13 du Code de l’urbanisme (dit Loi Macron), qui réduit les possibilités de démolition des constructions illégales. L’application en l’état de cette disposition législative pourrait, par exemple, avoir pour conséquence d’interdire la démolition d’une construction édifiée en application d’un permis illégalement délivré sur un ESA (Espace Stratégique Agricole). Nous avons d’ailleurs exprimé cette position dès l’adoption de ce texte. Enfin, et de façon générale, au-delà du cas d’espèce « Rondinara », nous rappelons à tous ceux qui pourraient trouver dans le laxisme ou les ambiguïtés des autorités étatiques un encouragement à des visées spéculatives que la majorité territoriale et l’ensemble du peuple corse restent mobilisés et vigilants sur le devenir de la terre corse, patrimoine commun constitutif de notre identité collective.