Collectivité Territoriale de Corse

Allocution du Président de la République prononcée devant les élus de la Corse

Mardi 30 Octobre 2007



Allocution du Président de la République prononcée devant les élus de la Corse
Présidence de la République

Allocution de M. le Président de la République devant la Collectivité Territoriale de Corse



Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Monsieur le Président de l'Assemblée,
Mesdames, Messieurs,

Pour la première fois dans l'histoire le Conseil des ministres se réunira demain à Ajaccio. C'est un symbole fort. La France ce n'est pas que Paris. La France c'est aussi l'Alsace, la Corse, la Provence, la Bretagne. La France c'est toutes les provinces qui au fil des siècles se sont comprises, se sont aimées et se sont unies pour former un seul et même peuple, une seule et même nation. La France c'est un pays où chaque province a gardé le souvenir de son histoire, a gardé son identité, sa personnalité, sa culture, sa psychologie, son caractère mais où chacun se sent rattaché à quelque chose de plus grand, où chacun éprouve le sentiment de partager avec tous les autres une destinée commune. La France c'est ce miracle d'une multitude de petites patries qui en forment une grande pour laquelle tant d'hommes se sont battus, ont risqué leur vie, versé leur sang parce qu'ils voulaient qu'elle vive, parce qu'ils savaient que si elle mourrait ce serait une part d'eux-mêmes, la plus précieuse peut-être qui disparaitrait.

La Corse a une âme forte, une identité forte, un caractère fort et elle est en même temps profondément française. Une part d'elle-même est française comme une part de la France est Corse. La Corse n'est pas seulement française par le sang qu'elle a versé pour la France mais aussi par la raison et par le sentiment, par les idéaux et par les valeurs partagés.

La Corse aime la liberté que la France a toujours aspiré à incarner aux yeux de tous les hommes.

La Corse veut l'égalité que la France veut pour elle-même et pour chaque homme.

La Corse est fraternelle comme la France qui a hissé la fraternité au même rang que la liberté et l'égalité.

En cinq ans c'est la 28ème fois que je viens en Corse. Quelles que fussent les difficultés j'y suis toujours venu en ami, j'y suis toujours venu pour aider, j'y suis toujours venu avec respect.

J'aime la Corse et je la respecte. Je n'aime pas, je ne respecte pas ceux qui prétendent la sauver par la violence, par l'intimidation, par la terreur parce qu'ils renient les valeurs ancestrales de la Corse qui sont des valeurs de courage, d'honneur, de loyauté, de fraternité.

Je n'aime pas, je ne respecte pas les poseurs de bombes, les assassins parce qu'ils trahissent la Corse, parce qu'ils la déshonorent.

Aujourd'hui je viens en tant que Président de la République à la rencontre des Corses qui ont été si nombreux à me faire confiance, qui n'aspirent qu'à la justice et à la paix, qui ne demandent qu'à être reconnus dans leur identité, dans leur culture, qui veulent seulement qu'on leur donne les moyens de se développer, de créer des emplois, de travailler.

Aujourd'hui je viens dire à tous les Corses que dans la voie de l'honneur, du courage, de la justice ils me trouveront toujours à leur côté.

Aujourd'hui je viens dire à tous les Corses qu'ils ont toute leur place dans la République, que la République leur appartient aussi. Je viens leur dire qu'ensemble nous pouvons accomplir de grandes choses, qu'avec un peu de bonne volonté il n'y aucune difficulté qui ne puisse être surmontée, aucun problème qui ne puisse être résolu.
Je suis venu en parler avec vous, élus de la Collectivité territoriale, parlementaires, présidents des Conseils généraux des deux départements et représentants socioprofessionnels.

Je l'ai dit, encore le 28 août dernier, pour la Corse, je suis prêt à aller très loin.

Vous êtes fiers d'être Corse. Je vous comprends. Je veux vous aider à l'être davantage encore.

Vous êtes fiers de votre histoire, fiers de ce qu'ont accompli vos aïeux. Je veux tout faire pour que vous soyez fiers de ce vous accomplirez à votre tour, de ce que vous allez léguer à vos enfants.

Vous êtes fiers de votre passé. Vous avez raison.

Je veux vous donner les moyens d'être fiers de votre présent et de votre avenir, de cet avenir qui est entre vos mains que vous allez contribuer à forger et qui ne peut être la simple répétition du passé.

Je veux vous aider à garder vivante votre culture qui ne doit pas être seulement un héritage. La culture corse, la langue corse, l'âme corse doivent vivre.

J'ai signé en son temps la convention « Via Stella », la chaîne numérique de France 3 en Corse. Et j'ai voulu être là, lors de la cérémonie de lancement, ce soir. Cela me paraît un élément déterminant de la diffusion de la culture et de la langue corse. Cette chaîne de télévision, créée en partenariat avec France Télévision et FR3, sera dédiée à la Corse et aux Corses sur l'île, sur le continent et dans le monde. La culture c'est aussi l'image, c'est aussi la télévision, pas seulement pour la transmission de la tradition, encore que ce soit important, mais aussi pour la valorisation des projets et de la modernité corse.

Je suis heureux d'avoir participé avec la Collectivité territoriale et avec Patrick de CAROLIS, à la création de cette chaîne à vocation régionale et internationale, qui vise à aider la production audiovisuelle de l'île pour faire encore plus rayonner la culture corse tout en contribuant à son développement économique.

Qu'est-ce qu'une langue que l'on ne parle plus que dans des cercles d'érudits ?

Il faut que la langue vive. Via Stella, dans le cadre de ses programmes consacrera plusieurs heures par jour à des émissions en corse. Et notamment aux heures de grande écoute.
Ces avancées permettront de relayer les efforts que l'éducation nationale fait dans l'apprentissage de cette langue.
La politique commune de l'Etat et de la Collectivité territoriale a, en effet, permis le développement d'un enseignement bilingue paritaire et la généralisation de l'offre d'enseignement de la langue corse.
Dans le premier degré, 94 % des élèves suivent un enseignement de la langue corse. Dans le second degré, ils sont encore 40 % des élèves, dont plus de 50 % en collège, 20 % en lycée et 34 % en lycée professionnel. Ce ne sont pas moins de 110 professeurs certifiés de langue corse dont dispose l'Académie, laquelle assure le recrutement d'environ trois postes par an.
Ces efforts déjà consentis par l'Etat (depuis la loi de janvier 2002) doivent être poursuivis. Dans l'enseignement primaire, il faut faire en sorte que l'obligation légale de consacrer trois heures par semaine à l'enseignement de la langue corse soit partout respectée. Dans l'enseignement secondaire, il faut convaincre un plus grand nombre d'élèves de l'intérêt de poursuivre l'apprentissage du corse.
L'enseignement de la langue corse dans le cadre des 3 heures hebdomadaires doit aussi s'accompagner d'une amélioration du taux de réussite des élèves.
L'effort doit, désormais, porter en priorité sur la formation des enseignants. Il me semble par exemple impératif de développer les certifications de langue Corse dans le premier degré et les mentions complémentaires dans le second degré. Je soutiens la politique linguistique de la collectivité territoriale de Corse.
S'il faut aller plus loin pour que la langue Corse reste vivante, je suis prêt à aller plus loin. Je suis prêt à en discuter avec vous, sans tabou. La seule limite c'est que le français demeure la langue de la République. La République ne doit pas craindre la diversité. La diversité n'est pas une menace pour la République, c'est une richesse. La vivacité des langues régionales n'est pas un obstacle à la cohésion nationale. C'est un enrichissement personnel et c'est une participation plus profonde, plus intime à l'âme, à l'identité de notre pays car l'identité française est une synthèse de tous les héritages, de toutes les identités, de toute cette diversité qui constituent l'essence même de la France.

Ce qui minerait la République, ce qui minerait cette solidarité nationale qui s'exprime si fortement ici en Corse comme dans toutes les régions de France. Ce qui serait dangereux ce serait que la tentation du repliement l'emporte sur l'ouverture aux autres. Ce serait que la différence se fasse plus forte que ce qui nous rassemble. Ce qui serait dangereux ce serait que s'impose partout l'idéologie de la pureté. Car si la défense de son identité est légitime et même nécessaire, les cultures ne survivent et ne s'épanouissent que dans l'échange, dans le mélange.
La défense de son identité n'est pas une maladie mais la recherche de la pureté, le refus du mélange est une pathologie qui détruit ce qu'elle prétend protéger.
Et l'histoire nous enseigne à quelles extrémités, à quelles tragédie cette pathologie peut conduire. Ensemble nous devons la combattre.

Ensemble nous devons préserver les valeurs de la République qui sont des valeurs d'ouverture. Ensemble nous devons garder à l'école son caractère de creuset, sa mission qui est d'ouvrir les intelligences et non de les fermer, d'apprendre à accepter la différence non à la rejeter, qui est de former des hommes et des femmes libres capables de penser par eux-mêmes et de vivre de leur travail et de leur compétence.
Comme partout en France, l'académie de Corse a mis ici en oeuvre les orientations ministérielles, notamment dans deux domaines : l'accueil et la scolarisation du millier d'élèves handicapés, l'accompagnement éducatif de 16h00 à 18h00 dans les collèges en éducation prioritaire.
Pourtant au-delà de ces succès récents, certaines données sont préoccupantes : une réussite des élèves inférieures à la moyenne nationale, le faible taux de scolarisation des 16-19 ans. En terme de dotations, la Corse bénéficie pourtant depuis longtemps d'un traitement particulier, justifiée par les spécificités insulaires, les contraintes du relief, la dispersion de l'habitat. Il ne s'agit pas de le remettre en cause. Mais je n'ai pas peur de vous le dire : d'un tel dispositif, on est en droit d'attendre de meilleurs résultats. Dans le contexte budgétaire contraint qui est le nôtre, il est possible et nécessaire d'améliorer les performances de l'académie en tirant un meilleur parti des moyens disponibles et en utilisant les marges de manoeuvre existantes.

Les enfants de Corse méritent un enseignement de grande qualité et une offre de formations qualifiées y compris dans le supérieur. Je crois dans l'Université de Corse. Je crois que malgré sa taille modeste, 4.000 étudiants, elle peut être une université à grande notoriété.
La première convention signée en 2005 sera entièrement honorée, les engagements en matière notamment de créations d'emplois vont être tenus au 1er janvier 2008. Cela représente tout de même, sur la période : 29 emplois d'enseignant, 23 emplois d'IATOSS auxquels s'ajoutent 8 emplois de professeurs certifiés de langue et culture corses.
On ne peut que féliciter l'Université de prendre son autonomie dans le cadre des dispositions ouvertes par la loi sur les libertés et responsabilités des universités. Le Gouvernement l'accompagnera dans cette démarche.
Le nouveau contrat sera l'occasion d'évaluer ses potentiels et de les renforcer encore pour plus d'efficacité. Je sais toute l'importance qu'attache son président à la meilleure insertion professionnelle des étudiants. Je partage pleinement cet objectif.
Mais, j'ai déjà eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises : l'Université de Corse Pascal Paoli doit s'ouvrir plus encore qu'aujourd'hui. Elle n'est déjà plus et ne doit plus être réservée aux corses. Il faut que les familles corses soient fières d'envoyer leurs enfants à l'Université Pascal Paoli mais aussi que des étudiants partout en France, en Europe, dans le bassin méditerranéen aient envie de venir ici faire leurs études. Mais pour qu'il en soit ainsi, c'est une Université rayonnante et attractive qu'il faut continuer de développer. Et elle le sera si nous savons utiliser les atouts de la Corse pour construire des filières de formation offrant aux étudiants les meilleures garanties d'insertion dans des secteurs d'avenir, en Corse comme ailleurs. L'Université de Corse sera attractive à travers des activités de formation et de recherche originales et de qualité, tournées vers le développement.
Je connais les efforts que vous faites pour développer une filière de formation de cadres et de techniciens du secteur du tourisme. Le concept moderne de tourisme c'est le tourisme durable, qui permet à la fois de mieux valoriser les ressources d'un territoire tout en en préservant son identité et sa beauté, comme la Corse a si bien su le faire. Les besoins de formation sont immenses. Une telle filière peut être exemplaire non seulement parce quelle correspond à un véritable besoin, mais aussi parce qu'elle favorise l'interdisciplinarité et une meilleure connaissance des territoires et de la culture corses afin de mieux les respecter et les faire mieux connaître.
Offrir des formations porteuses d'avenir professionnel signifie aussi faire entrer la Corse de plain pied dans la société de la connaissance La situation de la Corse, ses avantages naturels sont des atouts dans le domaine des énergies renouvelables et de l'environnement marin. Je sais que la Corse a développé de nombreux partenariats et de nombreuses actions en faveur des énergies renouvelables. Il s'agit de partenariats scientifiques et industriels forts avec l'Université, des organismes de recherche et aussi des entreprises. La plateforme technologique solaire de Vignola doit voir le jour. Elle sera d'une puissance de plus de 3 méga watts. La proportion d'énergie produite à partir d'énergies renouvelables est en Corse deux fois plus importante que sur le continent. L'Université doit donc articuler ses perspectives de développement scientifique et de formation de techniciens et d'ingénieurs autour de ce projet. C'est sans doute une chance unique de s'inscrire dans la modernité du développement durable et de la société de la connaissance.
Enfin qui ne voit que l'environnement marin est une chance pour la Corse et pour le développement de nouvelles activités scientifiques et de nouvelles formations pour l'Université. Nous ne connaissons qu'une infime partie des avantages que nous pourrions tirer d'une exploitation raisonnable et équilibrée des richesses marines. L'Université de Corse pourrait jouer un rôle de premier rang dans ce domaine.
Mes chers amis, les atouts ne manquent pas qui permettront à l'Université Pascal Paoli de devenir encore plus attractive qu'aujourd'hui.
Elle aura gagné lorsque des étudiants, des professeurs, des chercheurs du monde entier voudront venir y étudier, y enseigner, y chercher. Elle aura gagné lorsqu'elle participera au développement économique de l'île par la formation de ses cadres et de ses techniciens, et par les créations d'emplois qu'une recherche innovante et tournée vers des applications engendrera.

Quand elle aura gagné ce pari, alors seront associés identité corse, modernité et innovation.

L'identité corse que j'appelle de mes voeux se développe naturellement dans le respect des valeurs républicaines

Je poursuivrai mon dialogue avec ceux qui veulent améliorer la vie des Corses.

Je continuerai de refuser de discuter avec ceux qui pratiquent la violence. Les Corses ne veulent pas de cette violence. Ils le prouvent chaque jour. J'ai été impressionné par les témoignages que j'ai recueillis à Saint-Florent. Je salue le courage de toutes celles et de tous ceux qui se lèvent pour crier pour que cela doit cesser.

Je tends la main à tous ceux qui veulent aller plus loin dans ce dialogue à visage découvert pour construire une Corse plus fraternelle.

Que l'on ne compte pas sur moi pour accepter quelque chantage que ce soit et pour faire preuve de laxisme ou de mansuétude à l'égard de ceux qui érigent l'attentat en forme d'expression.

La répression des actes de violences contre les bâtiments publics et privés se poursuivra et s'intensifiera. La Corse à cet égard doit se pacifier. Je vous le répète, les Corses n'acceptent plus la menace et la peur.

Mais la Corse n'est pas un territoire où s'appliquent des règles d'exception. Les détenus condamnés ayant des attaches familiales en Corse doivent pouvoir effectuer ou purger leur peine dans des conditions identiques à celles des autres détenus. Je pense bien sûr à la possibilité d'être incarcéré dans un établissement situé à proximité de sa famille.

Le centre de détention de Borgo a précisément été construit pour favoriser les conditions de sortie des condamnés dont la famille réside en Corse. On sait qu'une fin de peine bien préparée, avec un maintien des attaches familiales, c'est une garantie contre la récidive. Je l'ai annoncé et je tiendrai ma parole.
J'ai demandé très clairement à la garde des sceaux, Rachida Dati de s'assurer que ce centre soit toujours occupé, au maximum.

Je lui ai demandé d'assouplir les critères actuels d'affectation des détenus ayant des attaches familiales en Corse à Borgo, pour avoir un « vivier » suffisant de bénéficiaires du droit de purger la fin de leur peine en Corse, dès lors qu'ils ont eu un comportement irréprochable dans les établissements qu'ils ont fréquentés.

Bien évidemment, ces affectations devront être décidées au cas par cas, afin de préserver l'ordre public et la sécurité des établissements. Je salue d'ailleurs l'ensemble des personnels de l'administration pénitentiaire, pour la manière dont ils s'acquittent de leur travail qui n'est pas facile !

Ce dialogue, que je veux ouvert, sans arrière-pensée, doit nous permettre de rassembler les Corses autour d'un projet pour le 21ème siècle digne de son héritage et de ses ambitions pour l'avenir, un projet qui rassemblera toutes les forces vives et au premier rang desquelles figurent la Collectivité territoriale de Corse, son conseil exécutif et son assemblée territoriale.

Je n'oublie pas les conseils généraux de Corse-du-sud et de Haute-Corse, ni les maires des 360 communes, qui chacun à son niveau oeuvrent à faire vivre et progresser ce territoire. Je veux dire également mon soutien et mes encouragements à tous les chefs d'entreprise, artisans et commerçants qui font et feront le dynamisme de la Corse.

Ce ne sont pas les bombes qui font progresser la croissance, c'est l'esprit d'entreprenariat des Corses. Ce ne sont pas les attentats qui ont contribué à l'amélioration des infrastructures et de l'habitat, mais à l'action combinée des élus, de l'Etat et des Corses eux-mêmes.

A une semaine de la remise des travaux du Grenelle de l'environnement, je souhaite mettre l'accent sur le potentiel immense de la Corse en matière de développement durable.

J'attache une très grande importance à la question foncière qui fait partie intégrante de la culture Corse. Oui, il faut protéger la Corse et sa valeur patrimoniale, c'est-à-dire son caractère, ses sites, son agriculture, sa biodiversité. C'est aujourd'hui plus qu'un atout c'est son capital.
Bien sûr, il y a une pression touristique et immobilière forte, mais la protection est assurée, une fois encore, non par les bombes, mais par les lois « Littoral » ou « Montagne », les acquisitions du Conservatoire du Littoral qui représentent 20 % du linéaire de côtes.
La violence paralyse, elle stérilise. La Corse a besoin de faire vivre son capital foncier au travers de règles claires, de documents d'urbanisme partagés, discutés par tous, adoptés dans la transparence.

C'est vrai, pour le premier d'entre eux, dans l'échelle des normes, le Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse qui vaudra quand il sera adopté, directive territoriale d'aménagement et schéma de mise en valeur de la mer.

Je sais que votre collectivité y travaille. Ce document difficile est de votre entière compétence. C'est à vous de décider des grandes orientations à donner en matière d'occupation de l'espace . C'est à vous de décider de la mise en cohérence de tous les documents d'urbanisme et principalement ceux des communes. L'adoption de ces documents dans un proche avenir serait un signe fort de la maturité de votre collectivité.

Et puis, il y a la préservation et la mise en valeur de la biodiversité exceptionnelle en Corse qui sont également à conforter. On compte ici plus de 2500 espèces floristiques, 191 des 251 espèces d'oiseaux protégés, 38 espèces de mammifères protégés dont 8 espèces marines, ainsi qu'une faune aquatique multiple. Quelle richesse !!

Le soutien à l'agriculture participe de cette valorisation de l'espace.
L'agriculture corse a accumulé, du fait de l'insularité mais aussi du fait du morcellement de ses structures, d'importants retards.
Le Plan de relance de l'agriculture 2005- 2008 a été un succès reconnu. Il convient donc de le poursuivre.

Cette situation justifie la mobilisation du programme exceptionnel d'investissement et du plan de relance, dotés respectivement de 6 MEUR et de 25 MEUR pour la période 2007-2013.

Cette démarche sera donc maintenue jusqu'au bout.

Par ailleurs, en accompagnant le plan de développement rural corse, doté de 83 MEUR pour la période 2007-2013 et dont la maîtrise est confiée à la Collectivité Territoriale de Corse, l'Etat affiche de nouveau sa volonté de préserver l'agriculture Corse grâce à des moyens renforcés.

Je sais que l'agriculture corse est en mesure de produire des cultures de grande qualité. Je veux accompagner la poursuite de la structuration de ses filières, pour que chaque agriculteur corse puisse vivre de ses prix et du fruit de son travail.

Mais il faut aussi régler la question du désordre juridique en matière de propriétés foncières et immobilières, publiques ou privées. C'est ce qui a conduit l'Etat et tous les acteurs locaux à constituer un groupement d'intérêt public en vue de reconstituer les titres.

J'ai demandé que la convention se mette en place désormais, elle sera signée par les ministres demain matin avant le Conseil des ministres, ce qui règlera notamment la question des financements de l'Etat qui s'élèvent à 11 millions d'euros dans le PEI 2007-2013.

Vous savez que je me suis impliqué personnellement dans ce dossier. Vous en connaissez les raisons.
La loi du 22 janvier 2002, prévoit de caler l'application du droit commun des successions à partir d'une reconstitution parallèle des titres de propriété. Or cinq ans se sont écoulés depuis et que s'est-il passé ? Rien ou presque rien du côté des titres. On est en décalage entre le fiscal et le juridique, puisqu'on veut commencer à appliquer des droits pour les successions alors qu'on n'arrive pas à les régler.

Alors cette structure chargée de la reconstitution des titres va être un progrès. Exercera-t-elle des pressions sur les Corses pour vendre leurs biens ?
Evidemment, il n'en est pas question, cela n'a rien à voir.

L'objectif est la protection du patrimoine des corses. L'absence de titres est la source de problèmes graves pour la Corse qui vont aller en empirant. L'absence de titres n'est pas une protection. Elle a éventuellement pu l'être tant que la désertification rurale n'avait pas fait son oeuvre. Elle pouvait se justifier lorsque l'appartenance à une famille, à une communauté de village, étaient des remparts suffisants. C'était le temps où l'on pouvait penser que l'absence de titres de propriété était une marque de solidarité collective et aussi, une protection contre les intrus, l'intrus étant le plus souvent d'ailleurs l'étranger au village. Mais aujourd'hui, il faut raisonner autrement : l'absence de titres est devenue un danger pour la survie de certains biens. Et de façon générale, elle est devenue un frein à la possession normale des biens.

La reconstitution des titres n'oblige en rien à la vente ni même à sortir de l'indivision. Redonner des titres de propriété aux corses, c'est leur restaurer un droit constitutionnel, inaliénable. Il faut donner aux corses la capacité de transmettre normalement leur patrimoine en utilisant toutes les possibilités que leur donne les nouveaux droits ouverts par le Gouvernement sur les successions.

Monsieur le Président, Cher Camille du fait des délais de mise en place du groupement, vous posez la question du report des échéances d'exonération,. fixées en 2010 et 2015.

D'une part, je veux dire qu'il est normal que la mise en oeuvre de la loi soit compatible avec l'existence de titres de propriété. Et donc il est légitime de prévoir le report des échéances prévues. D'autre part, plutôt que de fixer une date dès aujourd'hui, de façon arbitraire, il paraît utile de connaître le calendrier de travail du GIP et il sera temps d'en tirer d'éventuelles conséquences, en temps utile soit en 2009 pour le PLF 2010.

La situation économique de la Corse s'améliore grâce aux efforts de tous, mais nous devons renforcer la dynamique d'une croissance déjà bien orientée à la hausse.
On peut se réjouir sur les trois dernières années de la progression de 5,6 % des chiffres d'affaires et de 9,9 % des encaissements de la TVA. Il faut aussi saluer les résultats déjà obtenus en matière d'emploi avec une progression de 27 % de l'emploi salarié privé, et une baisse de 6,5 % du chômage sur les douze derniers mois qui profite aux chômeurs de longue durée dont le niveau baisse de 21 % en un an.

La tendance est bonne, même si le niveau du chômage régional est encore supérieur à la moyenne nationale et je n'ignore pas vos préoccupations face à la précarité tant au regard du nombre relatif de Rmistes qui est plus fort que sur le reste du territoire national que du nombre de retraités qui bénéficient de faibles ressources. Ce sont des questions nationales que j'ai pris l'engagement de traiter.

J'ai toujours été persuadé qu'il fallait aider et soutenir la Corse, parce que la réponse aux problèmes des Corses c'est d'abord et avant tout le développement économique.

L'Etat a bâti avec la collectivité territoriale une ambition, un programme d'investissement sans précédent, en mobilisant tous les outils disponibles. Cela se concrétise dans le programme exceptionnel d'investissement, le contrat de projet Etat-Région et la contribution des fonds européens. Les sommes qui ont été et seront mobilisés à ce titre sont très considérables, plus de 1,5 Milliards d'EUR pour le PEI dont un peu plus de 1 milliard pour la période 2007-2013 financés à 70% par l'Etat, 261 MEUR pour le contrat de projet Etat-Région financés à 50% par l'Etat et 250 MEUR de fonds européens.

Consolider toutes ces dotations sur la prochaine période de 7 ans, n'a pas été facile. Mais il fallait faire cet effort et je suis plus que jamais persuadé qu'il est nécessaire. Et une telle ambition n'a de sens que si nous savons tenir nos engagements. Sur ce sujet, je serai intraitable avec l'ensemble des services et administrations. La volonté politique que nous manifestons ensemble ne peut s'enliser dans la routine et le pointillisme. A la date d'aujourd'hui, 31 octobre 2007, l'Etat a pris les dispositions nécessaires pour s'acquitter de l'ensemble de ses obligations financières dans le cadre du PEI. Tous les besoins en crédits de paiement de 2007 ont été honorés. Je veillerai à ce qu'il en soit ainsi chaque année.

Le rythme des investissements sur les 7 prochaines années devra donc être deux fois plus rapide que sur la période passée. Il appartient aux Corses, aux collectivités territoriales et à l'ensemble des maîtres d'ouvrage de relever ce défi. La Corse a besoin de ces infrastructures, au premier rang desquelles les routes, les réseaux, les équipements collectifs, l'emploi, la compétitivité économique, la cohésion sociale.

Pour compléter l'effort de la collectivité nationale, le Parlement a décidé l'an dernier un effort exceptionnel pour doter la collectivité territoriale de Corse d'une capacité à suivre le rythme en termes de trésorerie. Ce sont 8 points de TIPP supplémentaires qui ont été attribués à la collectivité soit une ressource annuelle pérenne de 11,5 MEUR.

Aujourd'hui, il me revient certaines inquiétudes sur la capacité de mobilisation d'ingénierie pour monter et animer tous ces projets. Je ne suis pas hostile à envisager sur votre demande la mise à disposition de compétences de l'Etat pour aider à ces montages, sous votre autorité.

Mais le développement de la Corse ne viendra pas que des infrastructures. Le désenclavement de l'île, son lien au monde extérieur, si vital pour sa croissance, n'est pas qu'une affaire de chantiers et d'ouvrages. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi l'ensemble du territoire français peut aujourd'hui trouver des vols à 30 euros sur des compagnies à bas coût, sauf la Corse. On me dit que c'est à cause des obligations de service public. Mais c'est une curieuse conception du service public que celle qui empêche une compagnie de proposer, sans subventions, une offre de vols à prix réduits. Je propose donc que la révision de ces obligations en 2008 soit l'occasion de les structurer différemment, pour laisser une place aux compagnies low-cost. Ce pourra aussi être l'occasion de se demander s'il est indispensable de consacrer chaque année de telles sommes aux subventions de continuité territoriale : sur 7 ans, elles représentent un montant supérieur à celui du PEI !

De même que les transports, l'approvisionnement énergétique est bien sûr le socle de la croissance de l'île. Je dirai à Romano PRODI, à l'occasion du prochain sommet franco-italien de Nice, à quel point il est nécessaire que le gazoduc GALSI en projet entre l'Algérie et l'Italie préserve au moins la possibilité d'un raccordement à la Corse. Afin de suivre l'avancement de cette question, un responsable du suivi de ce dossier sera désigné.

Mais dans l'immédiat, il est urgent de sécuriser l'approvisionnement électrique en portant à 100 mégawatts la capacité du câble entre Corse et Sardaigne : nous prendrions une très lourde responsabilité à différer cet investissement pour quelque raison que ce soit. L'Etat restera aussi activement mobilisé pour finaliser les projets contribuant à l'indépendance énergétique de l'île. Nous tiendrons les échéances que nous nous sommes fixées.

Je crois enfin que la Corse doit mener une stratégie de politique industrielle cohérente autour du pôle de compétitivité Capénergies. La labellisation a été la preuve que la Corse pouvait s'inscrire dans une politique de compétitivité industrielle fondée sur l'innovation. Aujourd'hui les projets sont en germe mais ils doivent désormais entrer dans le concret.

La stratégie que je vous propose, c'est celle des clusters d'innovation, c'est le développement simultané d'une offre et d'une demande de technologies innovantes.

Pour développer la demande, je souhaite permettre à la Corse d'utiliser son droit à l'expérimentation. Je souhaite qu'elle puisse, avant le reste du territoire, adopter les normes spécifiques en termes de construction, voire de rénovation de l'ancien. Ces normes créeront un marché régional spécifique pour la production décentralisée d'énergies renouvelables et pour la haute performance énergétique. Toutefois ces normes auront un coût pour la construction. Il faut donc que celle-ci ne soit pas freinée par les difficultés d'accès au foncier, ou par les nombreux freins qui pèsent encore sur l'activité touristique, à commencer par les tarifs aériens dont je viens de parler. Si elles s'appuient sur un effort de construction soutenu par le tourisme, ces normes seront précisément l'occasion de faire de la Corse un territoire engagé dans le développement durable, respectueux de son environnement et de la planète.

J'ai parlé de la demande. Pour qu'il y ait développement économique, il faudra en regard susciter une offre. Il faut bien sûr renforcer l'enseignement supérieur et la recherche, donc le pôle énergies renouvelables de l'ENSAM de Bastia, pour ce qui concerne l'éolien, ou celui de Vignola, pour le photovoltaïque, sans oublier celui de l'Université pour le développement des projets de biomasse.

Mais je voudrais insister sur l'importance de développer la formation professionnelle continue, et les filières technologiques au niveau CAP, bac, bac+2, car ce sont ces filières qui alimenteront le tissu de PME et d'artisans qui répondra aux nouveaux marchés des énergies renouvelables et des bâtiments à haute performance énergétique. C'est une vraie problématique qui se pose partout en France, mais plus spécifiquement dans les zones où la part des énergies renouvelables sera la plus importante.

Cet élan pourra s'appliquer sur tous les dispositifs qui permettent en Corse un soutien exceptionnel aux entreprises : le crédit d'impôt de 20 % sur les investissements, les exonérations de taxe professionnelle, les zones de revitalisation rurale, et la loi votée cette été, qui permet aux redevables de l'ISF un investissement défiscalisé dans les PME. A partir de la stratégie que je viens d'énoncer, il faut mobiliser sur la Corse des fonds d'investissement de proximité, alimentés par ces nouveaux avantages fiscaux. On me dit que l'effet de ces mesures n'est pas si déterminant notamment sur certains secteurs de pointe.

Il faut que se renforce le tissu des petites et moyennes entreprises.

Je souhaite qu'une évaluation soit conduite en ce domaine, dans le but d'optimiser les dispositifs de financement, notamment des TPE et PME, tant en matière d'aide, et il y a des marges de manoeuvre à utiliser, dans la limite des règles européennes que dans l'accès au crédit.

En travaillant ainsi à la fois sur l'offre et sur la demande, la Corse pourra prendre un temps d'avance sur le déploiement d'ensemble de ces technologies en France et en Europe. Elle pourra exporter ses compétences et son expertise et trouver un marché national, voire international, pour ses entreprises. Elle affirmera son rôle dans le nouvel espace méditerranéen que j'appelle de mes voeux.

Voilà la stratégie que je vous propose.


Pendant cinq années au service de notre pays comme ministre de l'Intérieur puis de l'Economie, j'ai suivi pas à pas tous les dossiers de développement de la Corse. Certains ont déjà abouti, d'autres sont sur le point d'être finalisés, d'autres encore méritent toute notre énergie. Je les ai suivis, je les suis et je les suivrai avec une attention toute particulière. Il en sera de même pour François FILLON et pour tous les membres du gouvernement.
Ce qui nuit à l'efficacité de l'action, ce sont les remises en cause à chaque changement d'interlocuteurs.

Depuis cinq ans, j'ai travaillé avec vous, et je continuerai pendant les cinq années qui viennent. 10 ans d'une même politique conduite avec détermination.

Vous savez, il ne suffit pas de discourir pour faire avancer les choses. Il faut de la volonté, des efforts, de la constance et de la confiance pour construire durablement et paisiblement un avenir meilleur.
L'enjeu est désormais d'agir, de faire, de réaliser ce qui est prévu sans imaginer mettre en oeuvre de nouveaux dispositifs qui n'auraient comme effet que de disperser les efforts.

J'ai cette ambition pour la France et j'ai cette ambition pour la Corse.
Grâce à nos efforts, avec Ange et Camille, avec vous tous, avec tous les corses, nous avons déjà beaucoup progressé, ensemble. Mais, il reste encore de multiples défis à relever pour garantir durablement l'avenir de la Corse. Je continuerai à vous accompagner dans tous vos projets, avec la même volonté d'aboutir et de réussir.

J'aime la Corse et je la respecte.
La Corse c'est la France.
La Corse c'est la République.
La Corse doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs que toutes les autres régions de France.
La République doit à la Corse une égalité vraie. L'égalité ne peut pas être qu'un principe. Elle doit être une réalité. L'égalité vraie n'est pas l'égalitarisme, ce n'est pas donner la même chose à tout le monde. C'est donner à chacun sa chance de réussir.

Je veux que la Corse se sente pleinement dans la République parce qu'elle aura le sentiment que la République la respecte et la soutient, parce qu'elle verra que la République est à ses côtés pour surmonter tous les handicaps et toutes les difficultés, parce qu'elle reconnaîtra dans la République une part d'elle-même, parce qu'elle aura le sentiment que la République lui appartient aussi.

L'avenir de la Corse, il est entre les mains de tous. L'avenir de la Corse, ce n'est pas une affaire de parti, ce n'est pas une affaire de clans, c'est l'affaire de tous. C'est l'affaire de tous les Corses, c'est l'affaire de vous tous, élus de Corse de toutes tendances, de toutes sensibilités, c'est l'affaire du Gouvernement.

L'avenir de la Corse il est dans le travail en commun, il est dans la volonté commune de réussir, il est dans la solidarité. Il n'est pas dans la division, il n'est pas dans la violence qui sont des impasses.
L'avenir de la Corse, il est dans le développement de la Corse.

C'est ce que je vous propose.

Je vous ai toujours dit la vérité.

Je ne vous ai jamais menti.

Je continuerai d'être sincère avec vous comme on l'est avec des amis que l'on respecte.

Je ne vous demande qu'une seule chose : faites moi confiance comme je vous fais confiance et vous verrez que nous accomplirons de grandes choses, vous verrez que ce qui paraissait impossible deviendra possible.

Je crois dans l'avenir de la Corse.

Je veux le bâtir avec vous.

Je veux que la plus belle île de la Méditerranée soit aussi la plus prospère, la plus heureuse, la plus accueillante.

Je veux que la Corse redevienne elle-même, qu'elle retrouve la paix, qu'elle incarne à nouveau cet idéal d'amitié, de solidarité, de fraternité qui a toujours été le sien.
Je ferai tout pour cela. Je vous le dis au nom de cette Nation qui est la vôtre, au nom de cette République qui est à vous.

Je vous le dis du fond du coeur.