Collectivité Territoriale de Corse

Ange Santini, Président du Conseil exécutif de Corse répond aux questions d'Antoine Gannac sur RCFM

Samedi 26 Novembre 2005



Ange Santini, Président du Conseil exécutif de Corse répond aux questions d'Antoine Gannac sur RCFM
Antoine Gannac : On sort d'une session marathon de l'Assemblée de Corse, session au cours de laquelle on a notamment parlé des fonds structurels européens. Où va la Corse par rapport à sa sortie de l'Objectif n° 1 ?

Ange Santini : Ca n'est pas une nouveauté, contrairement à ce que certains peuvent « découvrir » aujourd'hui. Depuis 1999, cela a été acté. Mon prédécesseur, Jean Baggioni, n'a eu de cesse de le rappeler. La Corse est en sortie d'Objectif 1 sur la période 2000-2006. A partir du 1er janvier 2007, elle se retrouvera dans le droit commun des régions éligibles à l'Objectif 2, ce qui veut dire à priori - et nous devons nous battre pour qu'il n'en soit pas ainsi - une perte importante de crédits mobilisés au profit de la Corse.

AG : Est-ce que c'est une fatalité ou est-ce que les élus peuvent se mobiliser pour enrayer cette situation ?

AS : Il n'y a jamais de fatalité en politique comme ailleurs. Il y a des difficultés que nous connaissons. Nous nous mobilisons depuis un certain temps, au bon moment, puisque le budget communautaire sera discuté les 16 et 17 juin prochains. Il n'est même pas certain, loin s'en faut, qu'il soit adopté dans la mesure où il y existe une différence d'appréciation entre la France et quelques autres Etats quant à la participation des différents Etats à la construction du budget européen. Nous pensons qu'il va falloir attendre encore plusieurs mois avant que ce budget ne soit arrêté. Bien évidemment, de la teneur du budget dépendra ce que la Corse pourra obtenir ou pas.

AG : Vous avez été sévèrement attaqué, notamment par Paul Giacobbi, quant à la manière dont le Président de l'Exécutif et le Président de l'Assemblée se mobilisent. Aujourd'hui, où en est-on des négociations avec l'Etat et avec Bruxelles pour que la Corse puisse continuer à percevoir de fortes subventions européennes ?

AS : Puisque vous m'en donnez l'occasion, je ne la laisserai pas passer. Je me suis volontairement astreint, depuis mon élection à la présidence de l'Exécutif, à ne pas répondre aux attaques de Paul Giacobbi. Je trouve, pour le sujet que vous évoquez, qu'il a plus que dépassé les bornes puisqu'on est vraiment dans le cadre de la désinformation. Je dirais deux choses : soit c'est involontaire et c'est très grave parce que cela veut dire qu'il y a un Président de Conseil général qui ignore complètement le sujet ; soit c'est volontaire et pour le coup, ça l'est d'autant plus parce que cela relève d'une intoxication, d'une désinformation patente qui vise à rajouter davantage encore aux difficultés que traverse la Corse. La réalité est bien sûr, toute autre. D'abord, pour ce qui concerne les fonds structurels européens, il faut noter que la Corse a perçu, depuis les vingt dernières années, quelques 725 millions d'euros, et que cet argent là a toujours été consommé. Pour ce qui concerne la période actuelle, 2000-2006, ce n'est pas moins de 180 millions d'euros dans le cadre du DOCUP qui ont été dévolus à la Corse. N'en déplaise à certains, aujourd'hui ils sont engagés à 85% et payés à 50%. La Corse est une région qui consomme les crédits européens. Elle en a obtenu, sur cette période là, 4 fois plus que la moyenne nationale, puisque nous sommes à 103 euros par habitant et par an, alors que la moyenne des régions de France est à 26 euros. Ce qu'il faut également ajouter, c'est qu'il y a des procédures qui sont mises en route depuis 2002 que l'on appelle des procédures dites « du dégagement d'office ». La Corse a toujours échappé - 2002, 2003, 2004, 2005, puisque nous sommes en avance sur la consommation - à ces procédures. Non seulement elle y a échappé, mais elle a été rendue éligible à la réserve de performances, ce qui nous a amené un peu plus de 7 millions d'euros supplémentaires par rapport à l'enveloppe qui était initialement prévue au bénéfice de la Corse. Je crois que, aujourd'hui, forts de cela, nous sommes encouragés par le Gouvernement à aller bien sûr à la négociation avec Bruxelles…

AG : … mais est-ce que le Gouvernement vous soutient ?

AS : Absolument. L'entrevue que nous avons eue, Camille de Rocca Serra et moi-même, avec le Président de la République a permis de faire avancer bon nombre de dossiers, et ce très rapidement.
J'en veux pour preuve les difficultés rencontrées dans la convention d'application avec l'Université qui sont en passe d'être résolues, le plan de relance de l'agriculture, avec l'affirmation que les 25 millions d'euros promis seront bien mis à disposition de l'agriculture corse, mais aussi, dans le cadre de la sortie de la Corse de l'Objectif 1.
Il faut quand même dire à nos auditeurs et auditrices que, lorsque nous nous sommes rendus à Bruxelles, le 23 mai dernier, nous étions accompagnés par l'un des membres de la représentation permanente de la France à Bruxelles et, contrairement là encore à certaines idées reçues, ce ne sont pas les régions qui traitent directement avec la Commission européenne, ce sont les Etats. Je peux vous assurer que nous avons le soutien plein et entier du Gouvernement, du Président de la République et, à travers la représentation permanente, l'ambassadeur de la France à la Commission européenne, nous avons là, les appuis nécessaires pour faire en sorte que cela puisse avancer et évoluer favorablement.
Ce qui ne veut pas dire loin s'en faut, que la partie est gagnée ! Cela veut dire en tout cas, que nous nous mobilisons au bon moment, pas trop tôt ni trop tard, puisque nous sommes quand même à 1 an et demi de la refonte des fonds structurels.
Nous nous mobilisons tout simplement pour faire entendre la voix de la Corse, pour faire entendre sa spécificité, afin d'obtenir, si ce n'est le volume global de ce que nous avons pu obtenir ces dernières années puisque nous ne serons plus dans l'objectif 1, qu'il n'y ait pas une décélération brutale, de telle manière à ce que l'économie insulaire, qui a besoin de ces fonds structurels, puisse encore continuer à en bénéficier.

AG : Toujours en ce qui concerne le PEI et notamment la commande publique, Paul Giacobbi estime que la région est en net recul par rapport à ce qui se faisait précédemment. Où en est-on exactement ?

AS : Là encore, nous sommes en pleine contre-vérité flagrante ! Pour ce qui concerne la commande publique, elle était, tous maîtres d'ouvrages confondus y compris l'Etat, de 200 millions d'euros pour l'année 2001. Elle est passée à 280 millions d'euros, soit plus de 40% pour l'année 2004 et pour ce qui concerne la seule Collectivité Territoriale de Corse, nous sommes passé de 45 millions d'euros à l'année de référence 2001, à 76 millions d'euros pour ce qui concerne l'année 2004, soit une progression de près de 70%.
Ce qui veut dire que tout cela relève encore une fois de l'absurde. Nous sommes très clairs là-dessus : la commande publique en Corse a été dopée depuis deux ans, notamment grâce au PEI qui, contrairement aussi à ce qui a pu être dit, est d'ores et déjà programmé à plus de 50% et la part de l'Etat elle-même représentant dans la programmation 40% de ce que l'Etat a mis à disposition dans la première convention d'application quinquennale.
Avec la mobilisation des énergies, notamment de l'ingénierie, afin de mieux utiliser le PEI et de l'utiliser beaucoup plus rationnellement sur les grosses infrastructures, nous sommes persuadés qu'à la fin de l'année 2006, il reste encore un an et demi, si nous n'avons pas mobilisé ces crédits à 100%, en tout cas nous n'en serons pas loin.