Collectivité Territoriale de Corse

Assises de l'emploi et de la formation : intervention du Président de l'Assemblée de Corse

Mardi 23 Octobre 2012



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de corse
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Monsieur le Président de l’ADEC,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


A la question « quel est le problème prioritaire aujourd’hui ? » les Corse répondent invariablement : l’emploi. C’était le cas en juin dernier, ça l’était encore en septembre et si la question était posée demain, je n’ai -malheureusement - pas le moindre doute : ce serait toujours bel et bien l’emploi qui serait spontanément placé en tête. 

« Malheureusement », parce que la situation est critique et que peu de signaux laissent augurer une proche amélioration.

L’économie insulaire n’a pas échappé à la dégradation conjoncturelle et son activité a nettement ralenti ; le chômage progresse plus qu’au niveau national et touche désormais près de 16 000 personnes. 

Avec la crise, un grand nombre de nos concitoyens voient s’éloigner les perspectives d’une situation stable et de la sécurité matérielle ; avec le chômage, se multiplient les situations de pauvreté, de précarité, et enfin d’exclusion ; je n’exagère rien : les relations familiales et d’amitié, la citoyenneté même pâtissent de la déficience de l’intégration par le travail et depuis la crise, on observe de nouveau une corrélation forte entre chômage et suicide. Le chômage, c’est un coût très lourd pour la société, un gaspillage de talents et d’énergies.

Je reçois quotidiennement des lettres de personnes ayant épuisé toutes les ressources, exploré tous les chemins à leur portée et qui, en plein désarroi, angoissées par l’absence de perspectives, se tournent, en dernier ressort, vers les élus.

Ces appels, il faut les entendre et les écouter, car ils ne demandent pas une faveur, ils expriment l’exigence du droit au travail, qui participe à la dignité de l’être humain et qui est inscrit dans le bloc constitutionnel de la République Française.

Je sais bien qu’en l’absence d’obligation de résultat, la portée juridique de ce droit est très relative mais ayons conscience que sa portée « politique » est considérable : nous devons tout faire pour que ce droit soit effectif !

C’est pourquoi je salue l’initiative de ces « Assises de l’emploi et de la formation » nous invitant à réfléchir ensemble, dans notre diversité et nos différences, à cet enjeu majeur pour la Corse.

« La France -écrivait la semaine dernière dans « Le Monde » l’économiste Laurent DAVEZIES- est à la veille d’un choc nouveau et autrement plus brutal que les précédents ; (…) avec la conjonction d’une croissance atone, d’un sevrage des dépenses publiques et de l’aggravation des inégalités entre territoires en matière d’emploi ».

Les indicateurs de conjoncture rendent particulièrement inquiétantes les perspectives au niveau de l’ensemble de l’Europe.

Sur cet arrière fond de crise et de persistance du chômage, la Corse, bien que sévèrement touchée, connaîtrait pourtant une croissance supérieure aux autres régions.

En effet, selon une étude récente, si la récession devrait frapper certaines régions en 2012 et si, dans l’ensemble, leur croissance serait limitée à 0,3 %, une minorité d’entre-elles devraient connaître une croissance du PIB avoisinant 1 %, dont la Corse, qui n'étant pas frappée par la désindustrialisation et continuant à bénéficier du programme exceptionnel d'investissement, se situerait au premier rang. 

Réjouissons nous, certes, mais avec modération car, d’une part cette croissance limitée et conjoncturelle est fragile et, d’autre part, la structure de l’économie insulaire - en particulier le faible poids de l’industrie et l’importance des activités saisonnières - limite son potentiel et ne permet pas de répondre au besoin d’emploi.

Sur le marché de l’emploi insulaire, qui fera tout à l’heure l’objet d’une savante présentation, je me limiterai à noter les faibles taux d’activité et d’emploi des 15 à 64 ans ; le taux d’activité des femmes encore nettement inférieur à la moyenne nationale ; celles-ci étant plus touchées par le chômage et par les contrats précaires, la mixité apparente sur le lieu de travail masquant souvent la ségrégation des emplois ; l’augmentation de la très forte part des jeunes parmi les sans-emploi : près de deux demandeurs d’emploi sur dix ont moins de 25 ans. Enfin, la proportion de jeunes non qualifiés, sortis du système scolaire sans diplôme, interpelle car, même si la crise amène à en relativiser l’importance, le diplôme, la reconnaissance de qualification, demeurent les meilleurs atouts dans la recherche d’emploi.

Je ne veux pas ignorer l’importance en Corse de l’emploi non salarié mais je tenais à mettre en relief la situation de ces groupes les plus vulnérables, les jeunes, les femmes et les personnes peu qualifiées.

Une telle conjoncture économique et sociale, en Europe comme en France, appelle à une mobilisation renforcée des pouvoirs publics. 

Je ne pense pas qu’il existe une solution globale et durable au problème du chômage indépendamment d’une amélioration de la situation économique d’ensemble.

Cette conviction ne doit pas pour autant nous porter à l’inaction, à l’attentisme, à la fatalité. Nous devons agir en combinant des mesures d’urgence et une stratégie de plus long terme avec l’ambition d’attaquer les causes structurelles du chômage et de faire en sorte que l’action menée aujourd’hui en faveur de l’emploi participe de la stratégie de développement que nous avons en charge de définir et de mettre en œuvre, en particulier au travers du PADDUC. 

En réponse à la crise, les thérapeutiques libérales, le modèle de l’activation et de la flexicurité, ont eu tendance à penser que la « flexibilité » du travail, la levée des contraintes en matière de licenciements, étaient des préalables nécessaires pour créer ce fameux « choc de compétitivité ». Pourtant, depuis trente ans, aucune des nombreuses étapes de précarisation du travail (CDD, temps partiel, intérim) ne s’est traduite par une baisse significative du chômage. 

C’est à un véritable choix de société que sont confrontées les politiques de l’emploi. 

Nous participons aux assises de l’emploi, non à celles du travail. Mais ces deux notions, évidemment s’articulent et interagissent. Il faudrait s’intéresser à tout ce travail qui se trouve hors de l’emploi et dont le rôle social est cependant si important.

Ensuite, il faudrait s’intéresser aux formes d’organisation et aux conditions de travail, les progrès réalisés et les problèmes qui demeurent, les relations dans l’entreprise, le dialogue social.

Enfin, évoquer la notion du « métier », sa revalorisation, son attractivité.

Nos assises, il faut le souligner, sont concomitantes du processus ouvert par la grande conférence sociale organisée par le Président de la République et le Gouvernement et visant, à dégager des solutions aux problèmes auxquels est confronté notre modèle social, 

Ne détricotons pas notre droit social en considérant que les garanties protectrices des travailleurs sont des rigidités pour le marché du travail. Au contraire, ouvrons le chantier de la sécurisation de l’emploi, de nouveaux droits sociaux pouvant créer ce « choc de confiance », pour la relance de la croissance et, plus largement, du développement de notre région, pour lequel, je veux aussi le dire ici, nous avons besoin d’entrepreneurs, d’hommes et de femmes qui mettent leur capacité d’organisation et leur esprit d’innovation au service de projets profitables à la collectivité.

La Collectivité Territoriale de Corse avec l’ADEC, l’État, aux côtés des opérateurs de l’emploi et de la formation, sont déjà très actifs dans la mise en œuvre de dispositifs opérationnels; infléchissons les outils dont nous disposons en faisant en sorte que la formation, les parcours et la continuité professionnelle, thème sur lequel vous nous conviez à débattre, soient orientés de manière à répondre pleinement aux enjeux qui nous sont propres et qui sont ceux du développement de notre île.

C’est au travers de cette dynamique du projet collectif de développement de la Corse que prennent tout leur sens les thèmes en débat - les débouchés pour les jeunes diplômés, l’adéquation des formations par rapport au marché du travail local, les filières d’avenir et leurs perspectives d’emploi : économie sociale et solidaire, économie verte, énergies renouvelables, technologies de l’information et de la communication…-. C’est cette perspective, en rupture avec le modèle de l’ « économie résidentielle », qui permettra de pérenniser des emplois stables et qualifiés nécessaires au développement régional.

Mesdames et Messieurs, nous abordons nécessairement la question de l’emploi au travers de ses problèmes, de ses crises ; puissions nous demain l’identifier au progrès économique et à l’épanouissement personnel. Ces assises seront alors vues rétrospectivement comme un acte fondateur.

Je vous remercie.