Collectivité Territoriale de Corse

Audition de M. le Préfet : Extraits de l’allocution de Dominique Bucchini, Président de l’Assemblée de Corse

Séance publique du mercredi 15 décembre 2010

Mercredi 15 Décembre 2010



Aujourd’hui, permettez-moi de le souligner, nous renouons avec un usage républicain

Audition de M. le Préfet : Extraits de l’allocution de Dominique Bucchini, Président de l’Assemblée de Corse
Monsieur le Préfet de Corse,

En vous accueillant dans cet hémicycle, je vous souhaite au nom de l’ensemble des conseillers la bienvenue à l’Assemblée de Corse, ainsi qu’à vos éminents collaborateurs, notamment M. le Préfet de la Haute-Corse, M. le Préfet à la sécurité, M. le Recteur d’Académie, et M. le directeur de l’Agence régionale de santé.

Aujourd’hui, permettez-moi de le souligner, nous renouons avec un usage républicain.

Cet usage avait tendance à se raréfier au fil des mandatures, sans doute sous les contraintes de nos fonctionnements respectifs. Pourtant, le législateur a fait montre de sagesse en prévoyant des échanges annuels entre le représentant du gouvernement et les élus locaux ; tout particulièrement dans la collectivité territoriale de Corse qui est devenue, après l’Etat, le principal acteur public dans l’île.

Organisée sur la base d’un  rapport spécial qui retrace l’activité des services de l’Etat, cette rencontre revêt ici, nécessairement, une autre dimension : entre les sujets d’actualité, les grands dossiers d’avenir ou les principaux partenariats, les entrées au débat sont nombreuses et il ne faut pas s’étonner si, parfois, l’attention du public déborde de l’aridité du questionnement technique.

C’est pourquoi une fréquence trop limitée tendrait à mon avis, à dénaturer le principe de ce dialogue, en donnant la primeur aux effets d’annonce, à la joute politique, ou à l’actualité immédiate. Devant un haut fonctionnaire de votre qualité, il n’est pas besoin d’insister sur le fait que les politiques publiques se construisent dans la durée, que la confiance se mérite continuellement, qu’il faut garder le temps nécessaire à l’évaluation et à la réflexion concertées.

Entre le représentant de l’Etat central, et les élus représentant la Corse dans toute sa diversité, on doit pouvoir débattre de tout, pourvu que cela soit de façon respectueuse et dans un cadre apaisé. Aussi, je souhaite sincèrement que nos échanges reprennent un tour régulier : intervenant si vous en êtes d’accord à cette période, de façon à effectuer le bilan de l’année écoulée, et commencer le cas échéant à envisager les enjeux de l’année à venir.

A cet égard, même si nous connaissons déjà votre position, je dois vous renouveler le souhait des présidents de commission de pouvoir auditionner, dans un cadre bien entendu technique, les services de l’Etat, au moins lorsqu’ils agissent en partenariat avec notre Collectivité : sur le PEI, sur le contrat de projet, sur les programmes européens, ou sur les moyens éducatifs alloués à la langue corse.

Le deuxième aspect que je tenais à souligner, c’est que notre rencontre intervient au début d’une nouvelle mandature

Vous avez devant vous, Monsieur le Préfet, les hommes et les femmes que les citoyens ont désigné, avec un taux de participation renforçant leur légitimité, pour diriger en leur nom la collectivité territoriale de Corse jusqu’en 2014.

Cette Assemblée a été d’autant plus renouvelée que le scrutin a traduit une alternance, la première dans l’île depuis vingt-cinq années, mais aussi une forte aspiration au changement.

Les attentes sont grandes dans la population et quelles que soient les options politiques, je crois pouvoir dire que tous les groupes, tous les élus en ont conscience.      

Chacun s’est donc mis au travail sans tarder : le Conseil exécutif pour proposer de nouvelles orientations aux politiques régionales et les adapter aux enjeux à venir ; le Président de l’Assemblée pour organiser l’agenda et régulariser les rythmes de façon compatible avec la préparation de l’ordre du jour ; les présidents de commissions pour engager de véritables réflexions en amont des principaux sujets ; et l’ensemble des conseillers, en participant assidument aux réunions comme en s’impliquant activement dans les discussions en séance, dans les questions orales et dans les motions.

Pour ne parler que de l’Assemblée, nous aurons déjà tenu avec celles-ci onze séances publiques depuis la fin mars (contre une moyenne de cinq dans les conseils régionaux de droit commun), avec notamment deux débats d’orientations majeurs, sur le budget et sur les transports. 
Ce matin, nous avons débattu de la violence, et en janvier, nous débattrons du statut de la langue corse. Les échanges les plus importants sont retransmis en direct à la télévision et sur Internet, tout comme les questions orales qui permettent aux élus de contrôler l’action de l’exécutif, tandis que les motions sont instruites en deux mois.

Nous avons engagé dans les différentes commissions des réflexions sur le PEI, les programmes européens et la recherche de recettes nouvelles ; sur l’évaluation du plan de sauvegarde de la langue corse, dans ses deux volets éducatif et sociétal ; sur l’utilisation du pouvoir normatif dévolu à la CTC, qui est la seule collectivité à intervenir dans l’élaboration des normes nationales ; sur les arrêtés Miot et le régime des successions ; ou, dans la foulée de la mandature précédente, sur les retombées de Tchernobyl et un système de prévention et suivi des problèmes sanitaires.

Quand j’aurais évoqué également le lancement des Assises sur le Foncier et le Logement, conduites par l’Exécutif mais qui ont été impulsées par  des motions, et la démarche d’élaboration du PADDUC, vous aurez une idée de l’activité qui règne ici dans cet hémicycle, dans ce bâtiment et dans tous les endroits où doit être présente notre Collectivité.

Il ne s’agit pas, faisant cela, de me livrer à une quelconque forme d’autosatisfaction : j’ai trop d’ancienneté ici pour me livrer à ce genre de jeux puérils. 

Mais, et je conclurai ainsi, il m’a paru nécessaire d’insister, en ces temps de crise, sur les responsabilités dévolues aux détenteurs de la légitimité publique

J’ai pris l’habitude au cours de mes engagements publics, militants ou électifs, de ne jamais me contenter de la partie haute du bilan : sans doute l’on peut trouver dans les données retraçant la situation actuelle de la Corse matière à satisfaction.

Vous ne serez pas surpris si je reste davantage attentif à la partie moins visible du tableau, celle qui est le quotidien du plus grand nombre, celle qui est subie par les plus modestes et les plus vulnérables, par toutes celles et ceux qui constituent le ciment de notre pacte républicain. Et vous serez encore moins surpris si je vous dis que la situation des exclus, des ménages aux revenus modestes, des personnes âgées ou des jeunes ne me satisfait pas. Elle reste indigne d’une société développée et tant que nous n’aurons pas amélioré de façon significative nos réponses à cette exigence sociale, je ne m’estimerais pas satisfait.

Monsieur le Préfet, nous avons en charge, à travers nos compétences respectives, une part significative de l’intervention publique en Corse, des services publics, des infrastructures collectives, et j’allais dire de l’intérêt général. 

Vous  connaissez la situation de la Corse, dans ses réalités, ses atouts et ses problèmes. Tout comme nous, vous avez conscience d’un besoin considérable de stabilité, d’espoir, de confiance. Or, la tendance actuelle est  à se retrancher derrière les ratios économiques pour justifier le retrait ou le désengagement de l’Etat.

Un grand résistant le rappelait récemment, c’est à la Libération que l’on a mis en œuvre de nets progrès sociaux, avec de vrais services publics : ce que l’on a baptisé l’Etat-providence. Or, entre les destructions de la guerre, les pénuries de toutes sortes et les coûts de la reconstruction, la situation économique et financière était bien plus difficile qu’aujourd’hui. Pourtant,  loin de plomber la croissance, ce sont les trente glorieuses qui ont suivi.

Cela nous montre, Monsieur le Préfet, chers collègues,  que l’on peut faire beaucoup de choses avec du volontarisme  et des convictions. Nous sommes ici persuadés que la Corse a besoin de volontarisme public et de convictions politiques. 

Nous souhaitons donc agir avec vous dans le cadre d’un partenariat régulier, renouvelé ici une fois l’an et que nous entendons relayer, Paul Giacobbi et moi, chaque fois que nécessaire.

La froide rationalité des chiffres, des indicateurs et des statistiques a envahi nos raisonnements, au point de se substituer aux véritables enjeux : les politiques publiques sont d’abord au service des hommes et des femmes vivant dans ce pays et elles doivent le rester. Ne nous laissons pas enfermer dans le confort des données abstraites. Gardons à l’esprit les réalités humaines  telles qu’elles sont vécues sur le terrain, en ville comme dans le monde rural, où la population  doit pouvoir compter, en ces temps de crise et de doutes, sur nos solidarité, nos aides, nos équipements et services publics.

Et c’est comme cela que nous renforcerons le pacte républicain.

audition_prefet___allocution_d_bucchini.pdf Audition Préfet - Allocution D Bucchini.pdf  (102.97 Ko)