Collectivité Territoriale de Corse

Camille de Rocca Serra : 'la Corse doit être une ambition nationale'

Mardi 30 Octobre 2007



Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire "La Corse votre Hebdo" Camille de Rocca Serra livre ses réflexions, fruit de diverses concertations à la veille de la venue en Corse du Président de la République, pour lui la Corse doit être une ambition nationale.


L'article de la Corse Votre Hebdo


A la veille du conseil des ministres décentralisé, Camille de Rocca Serra nous livre les réflexions qu'il a présentées au président de la République, fruit de diverses concertations et qu'il qualifie « d'ambition nationale pour la Corse ». Dans son environnement méditerranéen, l'île dispose d'atouts pour s'inscrire dans une dynamique novatrice de croissance économique et de cohésion sociale.


Pour le député UMP de la Corse-du-Sud et président de l'Assemblée territoriale, le conseil des ministres décentralisé qui va se tenir prochainement dans l'île est bien plus qu'un symbole. C'est le point de départ d'une méthode de travail basée sur l'écoute, l'échange et le pragmatisme.

1/ Comment s'est décidé la tenue en Corse d'un conseil des ministres décentralisé, étiez-vous au courant ?
Nous n'avions pas évoqué cette hypothèse lors de notre entretien en septembre. J'avais indiqué à Nicolas Sarkozy que notre île attendait un message fort, notamment au regard de l'espoir suscité en Corse par son élection à la présidence de la République. Je ne peux donc que me réjouir de cette proposition. Il est grand temps de replacer la Corse dans une démarche positive. Depuis la Vème République, les visites présidentielles, se sont inscrites soit dans le cadre de commémorations ou bien à la suite d'événements douloureux. Aujourd'hui, le contexte et l'approche sont totalement différents. Après l'Alsace, région au coeur de l'Europe, le président de la République a fait le choix de déplacer le gouvernement en Corse, au coeur de la Méditerranée, dans une autre région à forte identité. Au-delà, du symbole, j'y vois le point de départ d'une méthode dans la durée qui se veut pragmatique et efficace. Un temps d'échange sera donc consacré à la Corse et le lendemain c'est le conseil des ministres de la République qui se déroulera dans notre île.

2/ Ce déplacement, forcement onéreux et contraignant, se justifiait-il ? Une annonce faite au cours d'un conseil des ministres habituel n'aurait-elle pas suffi ?
Nicolas Sarkozy veut une approche de terrain. La République est partout en France, nous sommes loin d'une gouvernance de « château ». Il faut aller au contact, pour mieux appréhender les problématiques insulaires de manière pertinente et transversale afin de ne pas reproduire les erreurs du passé. On ne peut pas à la fois rejeter une vision jacobine pour la Corse et critiquer la tenue d'un conseil des ministres décentralisé, sauf à être incohérent. Cependant, je comprends l'impatience de nos concitoyens. Il y a un espoir, une envie. A nous de bâtir un partenariat éclairé dans la concertation.

3/ Qu'attendez-vous de ce déplacement ?
Parce qu'il s'agit de ma famille politique, j'ai le devoir d'être exigeant pour la Corse. Encore une fois, ce n'est qu'un point de départ. Malgré l'acharnement d'une minorité d'irresponsables à vouloir enfermer la Corse dans la violence, je sais que l'opportunité existe. On ne peut douter de la volonté du chef de l'Etat à donner à la Corse un rôle éminent dans République. Beaucoup en Corse considèrent que le rendez-vous est historique.

4/ vous êtes vous depuis entretenu avec le président de la République de l'ordre du jour de ce Conseil ?
Quelque soit mon lien d'amitié avec lui, le conseil des ministres reste celui de la République. Ce n'est pas l'ordre du jour de l'Assemblée de Corse. J'ai cependant affiné ces dernières semaines les thématiques que je lui ai exposées. Aujourd'hui, je suis en contact avec ses conseillers à l'Elysée. Dans une logique d'argumentation, de démonstration et de pédagogie, mon travail est de proposer les thématiques que je considère primordiales.

5/ Avez-vous été amené à lui faire des propositions ?
Je suis parti du constat suivant, si la Corse semble aller mieux du point de vue de certains indicateurs économiques ; elle reste fragile, voire à peine convalescente du point de vue des indicateurs sociaux. Nous devons nous inscrire dans la recherche de ce qui unit la société insulaire et non de ce qui la divise. La langue et la culture corses sont un bon exemple de ce qui a pu diviser par le passé et qui est aujourd'hui un élément de cohésion sociale. La méthode est bonne. Pour avancer et faire des orientations stratégiques, nous devons sérier nos choix dans le cadre de nos propres responsabilités, de ce qui peut être fait dans le cadre de compétences partagées avec l'Etat et de ce qui relève de perspectives nouvelles.
Pour faire de la Corse une ambition nationale, trois axes prioritaires se dégagent à mon sens : offrir aux Corses un cadre socioéconomique dynamique dans l'environnement méditerranéen ; régler les questions essentielles pour la cohésion de la société insulaire et rendre l'institution régionale plus performante.

6/ Vous parlez de l'environnement méditerranéen de l'île, faites-vous référence au projet d'Union Méditerranéenne du président, comment la Corse peut jouer un rôle ?
La France méditerranéenne, doit être en Corse. Le projet d'Union peut nous être profitable si notre île devient la vitrine du savoir-faire français et le lieu de promotion de cette politique tournée vers la Méditerranée. Le domaine de l'environnement peut-être en ce sens un vecteur d'activité, de croissance et de rayonnement.

7/ Entre cohésion sociale et croissance quelles sont les bases d'un cadre socioéconomique dynamique ?
Dans l'immédiat, il est indispensable de palier les déséquilibres produits par l'insularité, notamment sur le pouvoir d'achat, au travers de l'extension de la prime d'insularité, mais également par un suivi spécifique de l'évaluation de la variation des prix. Mais l'action contre la cherté de la vie n'est qu'une partie indivisible d'un tout. Elle s'intègre dans le cadre d'une politique en faveur des entreprises au bénéfice de la croissance et de l'emploi. Pour cela, nous devons agir à la fois sur la structuration même du tissu économique qui souffre toujours de sa taille critique, offrir de nouvelle perspectives en matière de grands chantiers et positionner la Corse dans l'innovation, la recherche et le développement.

8/ Quelles sont les mesures que vous préconisez ?
Il convient d'une part d'évaluer et d'apprécier le bien fondé des mesures existantes pour bâtir une politique pertinente d'appui aux entreprises. Plusieurs options sont possibles, une amélioration du crédit d'impôt, la création d'outils fiscaux adaptés ou encore des mesures novatrices, ciblées au profit de filières que nous considérons stratégiques et rapidement opérationnelles. Dans le même temps et dans le cadre du partenariat avec l'Etat, nous pouvons imaginer - en dehors des schémas traditionnels et du PEI - une nouvelle ingénierie financière de grands chantiers. Le barrage d'Olivese, l'axe routier européen Bastia-Bonifacio ou encore le Galsi sont des exemples de ce qui peut être étudié. Je demande à l'Etat partenaire d'apporter à ce niveau son expertise. Enfin, il est indispensable de dynamiser la recherche. Le secteur de l'environnement est une opportunité formidable. Je pense bien sur aux énergies renouvelables, mais aussi à la biodiversité, au traitement de l'eau et aussi celui des déchets. Nous devons soutenir une économie du développement durable. Mais pour que les transferts de technologie puissent être effectifs, il faut inciter les entreprises à s'installer et se développer en Corse. Un statut « d'entreprises franches » pour tout projet ayant attrait à l'environnement serait de nature à stimuler ce secteur.

8/ La désanctuarisation n'est alors plus à l'ordre du jour ?« Sortir du sanctuaire » n'est qu'un concept socioculturel que certains ont voulu réduire à tord aux seules questions d'urbanisme. L'idée que je défends est celle d'un développement maîtrisé et harmonieux afin de générer de la valeur ajoutée - d'ailleurs, qui pourrait s'en plaindre - tout en garantissant un équilibre entre développement économique, protection de nos espaces remarquables et gestion de notre richesse environnementale. Il n'y a pas de raisons d'opposer ce qui peut être compatible et s'enfermer dans l'idéologie du « tout ou rien ».

9/ Vous proposez de régler des questions, lesquelles ?
La question foncière, celle du logement comme le besoin de justice et d'équité sont des problématiques prégnantes dans la société corse. Le foncier est un enjeu de cohésion sociale et territoriale sous ses aspects « droit de la propriété, aménagement, équilibre et destination des territoires ». Une partie de la réponse nous incombe, mais une autre partie relève du partenariat avec l'Etat. J'ai proposé qu'une mission d'expertise soit créée associant les principales collectivités de l'île et des spécialistes de la haute administration de l'Etat sous l'égide de la Collectivité Territoriale de Corse. Tout autant, la reconduction dans leur totalité les mesures d'exonération sur les droits de succession jusqu'en 2017 et les droits perçus au profit du Trésor Public jusqu'en 2022, comme la définition d'une ingénierie financière pour constituer des réserves foncières doivent aboutir rapidement.

10/ Vous dîtes vouloir rendre l'institution régionale plus performante, seriez-vous sujet à la tentation d'un débat institutionnel ?
Non, là encore il s'agit d'avoir une vision pragmatique. La question institutionnelle n'a plus l'acuité qu'elle a pu avoir par le passé, tout simplement parce que le peuple s'est prononcé sur ce sujet à l'occasion du référendum de 2003. Cependant de réelles marges d'amélioration existent pour rendre le fonctionnement interne de la Collectivité Territoriale de Corse plus performant. Tout d'abord concernant les ressources et les moyens financiers, en étudiant les modalités d'une fiscalité adaptée et en rationalisant l'organisation de l'institution. D'autre part, si la question de la réforme du mode de scrutin doit être évoquée - et vous connaissez ma position sur ce sujet - on ne peut faire l'économie d'une réaffirmation du rôle de l'Assemblée au bénéfice de la démocratie.

11/ Justement, vous avez répondu favorablement à la proposition de dialogue formulée par Edmond Simeoni. L'Assemblée de Corse, matrice du dialogue c'est possible ?
L'Assemblée de Corse est déjà le lieu du dialogue permanent. Il n'y a pas de sujets tabous, les diverses commissions spécialisées créées, le volume des questions orales et des motions en témoignent. Aujourd'hui, au travers de cette nouvelle commission ad hoc nous devons rechercher le plus grand dénominateur commun afin de nous pencher de manière constructive sur des problématiques en relation directe avec la réalité de nos concitoyens. Bien que l'approche dépasse sans nul doute nos propres compétences, nous ne devons pas transférer les problèmes dont nous pouvons trouver en Corse les solutions. Mon objectif est donc de privilégier le débat, de trouver des passerelles dans le respect des diverses sensibilités politiques. « La difficulté fait le chemin » et je reste confiant, puisque le dessein est de faire vivre la démocratie.