Collectivité Territoriale de Corse

Conférence de presse de rentrée du Président du Conseil exécutif de Corse - 2008

Cunfarenza di stampa di rientrata di u Prisidenti di u Cunsigliu esecutivu di Corsica

Lundi 1 Septembre 2008

Intervention d'Ange Santini, Président du Conseil exécutif de Corse



Conférence de presse de rentrée du  Président du Conseil exécutif de Corse - 2008
" Permettez-moi tout d'abord, en introduction, de vous faire part de deux remarques sur l'été qui s'achève :

Il a été globalement satisfaisant en Corse sur le plan touristique
Après une avant-saison convenable et malgré un début juillet en demi-teinte, la fréquentation des établissements touristiques insulaires a connu une augmentation significative en août (de 4 à 5 % des nuitées), contrairement à une situation nationale plutôt morose. Encore une fois les atouts naturels, et notamment climatiques, de la Corse ont fait la différence, ainsi que la compétence des professionnels, leur choix de jouer la carte d'un tourisme de qualité, et l'amélioration des structures d'accueil qui, d'ailleurs, est fortement encouragée par la CTC. Cela renforce notre conviction, que j'ai déjà exprimée à maintes reprises, que tout doit être fait pour favoriser l'allongement de la saison touristique et une offre de qualité tout au long de l'année : ce supplément d'activité est indispensable à un développement équilibré de notre île. C'est avec cet objectif que nous avons décidé d'encourager la venue des compagnies à bas coût tout au long de l'année.

Je crois aussi que nous pouvons tous nous féliciter, pour l'instant, de la baisse remarquable des incendies de forêts et des surfaces brûlées en juillet et août.
Il est évidemment trop tôt encore pour que le bilan définitif en soit dressé, et il nous faut garder toute notre vigilance dans les semaines qui viennent. Mais je veux d'ores et déjà rendre un hommage tout particulier aux différents services, de l'État et des départements, ainsi qu'à tous les professionnels dont l'action a permis ce résultat. La Corse, je le rappelle, est l'île la plus boisée de Méditerranée, mais si ce patrimoine naturel n'a pas de prix, sa protection a un coût : près de 56 millions d'euros y avaient été consacrés l'an dernier par les collectivités locales, soit près de 180 euros par habitant. C'est pourquoi la Collectivité Territoriale, elle-même « propriétaire forestier » a, par le biais de son Office de l'environnement, fait depuis 2006 de la protection des forêts contre l'incendie un des axes essentiels de sa politique forestière. Elle sera évidemment un aspect tout aussi important du volet valorisation environnementale du PADDUC.


Je l'ai dit à plusieurs reprises et tiens à le répéter : la Corse change, la Corse progresse, et la Collectivité Territoriale s'affirme comme l'acteur central de ces changements.

Je veux dégager quelques points forts qui ont marqué l'action de la CTC depuis un an mais j'aborderai aussi en toute transparence les faiblesses ou les points sur lesquelles il nous faut accentuer notre effort. Enfin, des priorités nouvelles apparaissent et le PADDUC sera cette année une étape essentielle dans la définition de notre avenir.

Des avancées significatives

Conférence de presse de rentrée du  Président du Conseil exécutif de Corse - 2008
Les ressources en eau

La politique de la Collectivité territoriale de Corse, mise en oeuvre par l'Office d'équipement hydraulique, porte ses fruits, même si elle a été servie en 2007-2008 par une météo favorable : au 25 août dernier, le taux de remplissage des ouvrages s'élève à 69 %, contre 37 à la même époque en 2007. On peut donc prévoir une satisfaction maximale des besoins en eau potable et agricole dans les mois à venir.

L'agriculture

La politique agricole décidée par la CTC depuis 2002 et mise en oeuvre par l'ODARC était inspirée par une volonté triple :
  • de soutenir une agriculture de qualité,
  • de favoriser la structuration des filières,
  • de mener une politique de projets.
Les AOC et IGP obtenues, ou en passe de l'être (charcuterie, noisette), l'aide aux installations (360 depuis 2001), et l'augmentation régulière du revenu agricole - même s'il est encore inférieur à la moyenne nationale - sont parmi les effets de cette stratégie dont le bien-fondé vient d'être reconnu de façon appuyée par le ministre de l'agriculture : 14 millions d'euros supplémentaires seront consacrés à son soutien. L'État participera également, avec la Collectivité Territoriale, au soutien de la SAFER, dans son fonctionnement et dans ses interventions, et je proposerai très prochainement à l'Assemblée de Corse d'user de son pouvoir de proposition d'adaptation législative pour améliorer les conditions dans lesquelles la SAFER peut exercer son droit de préemption sur les terres à vocation agricole.

La mise en œuvre des programmes contractualisés

Conférence de presse de rentrée du  Président du Conseil exécutif de Corse - 2008
La Corse est une des régions qui consomment le mieux les crédits contractualisés de l'État et de l'Europe.

C'est le cas en particulier pour les programmes communautaires et aucun dégagement d'office ni perte de crédits ne devrait être subis lors de la clôture définitive des programmes 2000-2006 (DOCUP et INTERREG III).

Pour ce qui est des programmes 2007-2013, le taux des crédits FEADER programmés pour le Programme de Développement Rural de la Corse (PDRC) s'élève à 10,20 % ; ce programme, dont la CTC est autorité de gestion, n'est opérationnel que depuis février 2008 et connaîtra donc une augmentation considérable d'ici la fin 2008. Quant au Programme opérationnel FEDER, sa programmation s'accélèrera nettement avec la fin des crédits du DOCUP.

De plus, plus de 70 projets ont été présentés dans le cadre du Programme de Coopération Italie-France Maritime (162 M€), impliquant tous un partenaire corse, et dont plus d'une dizaine sont portés par des chefs de file institutionnels corses. La sélection des projets s'effectuera dès octobre 2008.

Pour ce qui est du Programme exceptionnel d'investissements, il faisait l'objet, début juillet, d'une programmation à hauteur de 696 M€, dont 415 M€ à la charge de l'Etat. Ce sont ainsi plus de 45 % des enveloppes prévues entre 2002 et 2013 qui ont été engagées et plus de 20 % pour la deuxième convention (2007-2013).

Les équipements structurants

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L'année écoulée a vu la livraison effective ou la phase finale de grands chantiers d'équipements structurants pour le développement économique, social et culturel de la Corse :

  • le nouveau pont d'Abra, première opération routière d'envergure financée au titre du Plan exceptionnel d'investissements (PEI), inauguré le 31 juillet dernier
  • le nouveau quai croisière du port d'Ajaccio, qui permettra d'accueillir dès la fin de ce mois les grands navires de plaisance de plus de 200 m de long
  • le Centre d'Art Polyphonique de Sartène, en cours d'achèvement
  • la rénovation de la voie ferrée du Chemin de fer de Corse et la livraison des nouveaux autorails qui achèvent actuellement leur période d'essais
  • l'ouverture, cette année, du nouveau collège de Biguglia

L'économie et l'emploi

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Depuis 2004, la Corse connaît une croissance de son Produit Intérieur Brut supérieure à la moyenne nationale et une progression significative du taux de création d'entreprises. Elle continue de ce fait à rattraper son retard en matière d'emploi. Une étude publiée cet été par l'agence centrale des organismes de Sécurité Sociale rappelait que notre Région a connu la plus forte progression nationale en termes de création d'emplois sur la période 2002-2007 : + 16,3 %.

Le différentiel du taux de chômage entre la Corse et le Continent, qui s'élevait en 1997 à 4 %, est aujourd'hui quasi nul (7,9 % de demandeurs d'emploi en Corse contre 7,2 de moyenne nationale au premier trimestre 2008). Ces résultats sont encourageants, même s'il faut garder à l'esprit qu'ils reposent sur une demande forte du secteur du BTP et concernent trop souvent des emplois peu qualifiés. Ils doivent en tout cas inciter la Collectivité Territoriale de Corse à ne pas relâcher son implication en faveur de l'aide à l'emploi, et à concentrer ses efforts sur l'emploi durable et de qualité. C'est tout le sens du dispositif Cors'emploi, élaboré par l'ADEC, et qui a été approuvé par l'Assemblée de Corse le 25 juin dernier.

Le programme Cors'emploi constitue la première déclinaison du Schéma directeur de développement économique que les services de l'ADEC ont élaboré à ma demande. Ce cadre de référence, que je présenterai dans sa globalité prochainement à la presse, se veut un guide méthodologique qui intègre les différents dispositifs, programmes et règlements que je proposerai à l'Assemblée de Corse au cours des prochains mois. Il traduit un changement majeur de stratégie, en privilégiant le développement durable, l'innovation et la compétitivité des entreprises, et se caractérise par une profonde réforme de nos modes d'intervention en faveur des entreprises insulaires. L'ère de la subvention, de la multiplicité des mesures et des lourdeurs administratives a vécu. Il s'agit désormais d'offrir à nos entrepreneurs des solutions rapides et efficaces pour renforcer leurs fonds propres. Je pense notamment à la technique des avances remboursables et à une gamme cohérente d'outils financiers.

En ce domaine, comme ailleurs, il est impératif que nous passions d'une logique de guichet à une logique de projets.

Des efforts à poursuivre

Le pouvoir de proposer des adaptations législatives et règlementaires dont dispose la Collectivité Territoriale de Corse, n'a été qu'insuffisamment mis en œuvre jusqu'à présent (récemment utilisé pour le tarif de rachat de l'électricité d'origine éolienne, ainsi que pour les droits de succession). J'ai l'intention, je l'ai dit, de proposer son utilisation au bénéfice de la SAFER, mais je souhaite, d'une façon plus générale, que cet avantage institutionnel soit plus employé dans l'intérêt de la Corse et de ses habitants. Il y a un statut de la Corse, il est de notre responsabilité qu'il soit pleinement mis en œuvre. Ce pouvoir pourrait par exemple, être utilement employé pour permettre la diversification et l'accroissement des ressources financières de la Collectivité Territoriale. L'Assemblée de Corse en sera très rapidement saisie et devra en décider.

La question du logement et du foncier est cruciale dans notre île, et la CTC, même si elle n'est pas directement compétente en la matière, y est très attentive. Le principe de la création, dans le cadre du PEI, d'un fonds d'intervention foncière a été acquis. Il faut maintenant que l'Assemblée de Corse soit rapidement saisie de la question de la création éventuelle d'un établissement public foncier.

Certains retards ont été pris dans la réalisation des programmes routiers pour des raisons techniques ou du fait de retards de paiement des contreparties dues par l'État ; tout sera fait pour les résorber au cours de cette année. Je souhaite en outre proposer à l'Assemblée de Corse, avant la fin de cette année, un débat sur les grands choix à opérer en matière d'infrastructures routières.

La politique de soutien à la langue et à la culture corses, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée de Corse il y a deux ans, doit acquérir plus de visibilité. La langue corse est bien sûr un élément essentiel de notre patrimoine et à cet égard on ne peut que se féliciter qu'elle ait gagné toute sa place dans notre système éducatif. Mais le bilinguisme est aussi un atout pour l'ouverture sur l'Europe, pour l'intégration et pour la cohésion sociales. Des progrès restent à réaliser, selon le Plan que nous avons unanimement adopté, pour conforter la présence de notre langue ancestrale dans l'espace public et dans la société. Je compte fermement pour cela sur l'appui de l'État. La récente reconnaissance, à l'occasion de la réforme constitutionnelle, des langues régionales comme partie intégrante du patrimoine national est de ce point de vue une opportunité dont nous devons absolument nous saisir.

Enfin, la politique de concertation avec les autres collectivités de Corse a pris du retard pour des raisons diverses, telles que les échéances électorales des derniers mois; il faut que soit relancée la Conférence de coordination des collectivités territoriales de Corse que prévoit la loi du 22 janvier2002, et je m'y emploierai activement cette année.

Des dossiers prioritaires

Conférence de presse de rentrée du  Président du Conseil exécutif de Corse - 2008
Dans le droit fil des orientations stratégiques de notre Collectivité, certains chantiers et certaines réflexions sont prioritaires pour les douze mois qui viennent :

La formulation de propositions concrètes concernant de nouvelles ressources pour la CTC, condition sine qua non de son autonomie financière et de la réussite des programmes d'investissements lourds ; la commission des finances de l'Assemblée travaille d'ores et déjà à cette réflexion ;

Une ouverture accrue de la Corse à l'international par la venue de compagnies aériennes à bas coût, favorisées par le dispositif adopté tout récemment ;

L'achèvement des études stratégiques relatives à la territorialisation et la mise en place des antennes de la CTC dans les Territoires ;

La mise en place d'un nouveau partenariat stratégique avec l'Université de Corse, prenant en compte l'autonomie de cet établissement désormais acquise à compter de 2009.
 
L'introduction de l'éco-conditionnalité dans les règlements d'aides de la CTC ;
 
Une attention soutenue portée au problème des déchets et de leur traitement (mise en œuvre et adaptation du PIEDMA) ainsi qu'à celui de la qualité de l'eau potable.
 
- L'approvisionnement énergétique de la Corse est une question cruciale qui soulève des débats quelquefois passionnés ; elle doit être réglée aussi rapidement que possible en tenant compte, bien sûr, des inquiétudes légitimes et du principe de précaution qui doit s'appliquer en la matière, mais aussi de la nécessité impérative de ne pas prendre aucun retard rédhibitoire : la Corse ne doit plus connaître une situation telle que celle de l'hiver 2005. Les douze mois qui viennent doivent nous permettre d'avancer sur la question de l'implantation de l'unité de production en Corse du sud et, d'une manière plus générale, de faire progresser sérieusement le dossier du GALSI. Enfin, je suis déterminé à ce que nous poursuivions notre politique de soutien aux énergies renouvelables, domaine dans lequel la Corse doit conserver un caractère d'exemplarité.

PADDUC : La stratégie pour notre avenir

Le Conseil exécutif vient d'arrêter, fin juillet 2008 une stratégie de développement et d'aménagement de l'île : c'est le Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC). Il va faire l'objet d'un large débat, puis d'une enquête publique, avant d'être définitivement approuvé - je l'espère ! - par l'Assemblée de Corse au printemps prochain.

Je veux d'abord rappeler que ce plan, prévu par la loi de 2002, était attendu et espéré depuis longtemps par la Corse. Il s'agit d'assurer à notre île une croissance économique plus forte et plus durable, une croissance qui garantisse la cohésion sociale et un développement soucieux de la cohésion territoriale. Il s'agit d'une véritable Stratégie pour l'Avenir de la Corse - je préfère d'ailleurs cette appellation au sigle barbare de PADDUC -, une stratégie qui prend en compte les atouts exceptionnels de la Région. Si cette stratégie est adoptée, la Corse sera la seule région de France à être dotée de cet outil lui permettant de se projeter pleinement dans le 21e siècle.

Les propositions contenues dans cette Stratégie pour l'Avenir de la Corse sont le fruit d'un travail collectif multisectoriel de quatre années, ayant associé plusieurs dizaines d'experts ou de personnes ressources de la « société civile ». L'enjeu était bien trop important pour que ce projet soit élaboré dans la précipitation. Nous avons voulu prendre le temps de la réflexion, pour pouvoir disposer d'un cadre de référence clair, précis et innovant. J'ai également souhaité que la concertation soit la plus large possible avec les maires, les associations, le monde économique, social et culturel. Les propositions présentées sont le fruit de ce long travail et elles ont bien sûr vocation à être largement discutées et amendées.
Je comprends d'autant moins qu'elles soient parfois l'objet de caricatures et de simplifications - elles l'ont été parfois avant même d'être connues !

Je ne demande qu'une chose : qu'on en arrête avec les fantasmes, que le débat le plus large s'engage sérieusement, sans a priori ni considérations politiciennes, sur les propositions contenues dans ce texte. Et on verra vite que les inquiétudes seront levées, les critiques constructives prises en compte, et le texte amélioré pour le bien commun et dans l'intérêt de notre île.

La Stratégie pour l'Avenir de la Corse doit être l'affaire non seulement des responsables politiques, mais de tous les Corses, et en particulier des acteurs économiques, du monde associatif, culturel et de défense de l'environnement. Ce débat ne doit pas être confisqué par des idéologues ou par les professionnels du dénigrement systématique. Tous les Corses doivent s'en emparer, se l'approprier, et en faire l'outil qui, sur l'ensemble de notre territoire, nous permettra d'accroître l'activité économique, de préserver notre cohésion sociale, de valoriser notre environnement et de défendre notre identité.



Je voudrais en conclusion évoquer les relations que la Corse doit nouer, ou renouer, avec son environnement international proche. L'initiative de l'Union pour la Méditerranée, lancée par le Président de la République et qui est maintenant une initiative de l'ensemble de l'Union européenne, est une occasion que la Corse doit saisir pour affirmer sa place et son rôle dans notre mer commune.

Nous avons des intérêts communs avec nos voisins, nous devons faire face aux mêmes défis, nous pouvons et nous devons confronter nos expériences et coopérer dans des domaines tels que l'approvisionnement énergétique, le tourisme, l'enseignement supérieur, l'écologie de la Méditerranée.

Je m'emploierai, cette année, à renforcer ces liens nécessaires, en commençant par la Sardaigne puisqu'il y a une volonté politique clairement exprimée par cette île-soeur de raffermir notre coopération ".


Télécharger l'intervention d'Ange Santini

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