Collectivité Territoriale de Corse

Conférence-débat sur « la mise en œuvre des politiques linguistiques et de la coofficialité » le 31 mars 2016 à l'hôtel de la CTC

Jeudi 31 Mars 2016



En marge de la tenue de l'assemblée générale de l'ALE, Xavier Luciani, conseiller exécutif de Corse chargé de la langue corse a saisi l’opportunité de la présence de Meirion Prys Jones, directeur du Réseau européen pour la promotion de la diversité linguistique (NPLD), pour animer une réunion‐débat sur "la mise en œuvre des politiques linguistiques et de la coofficialité".

Une quarantaine de spécialistes mettront en perspective la question de la vitalité de la langue corse avec la situation du Pays de Galles et de la langue galloise, et l'action du NPLD dans sa mise en réseau des politiques linguistiques au sein de l'Union européenne. 

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La politique linguistique de la CTC

Les axes d’intervention
  • La revitalisation de la langue : donner l’opportunité d’apprendre, d’entendre et de parler le corse, en priorité à la jeunesse. Cela signifie qu’il faut donner ces possibilités dans tous les secteurs : les crèches, l’école, les associations sportives et de loisirs, le réseau des «case di a lingua», les media, les entreprises, les communes et les administrations, une charte de la langue renouvelée.
  • Une éducation bilingue pour tous :
Convention avec l’Etat : après le CPER, une convention d’application du plan de l’enseignement du corse, telle que prévue par la loi
• Création d’un conseil académique et territorial liant l’Etat et la CTC pour une application conjointe du Plan de développement de la CTC
• Intégration réelle de la langue et de la culture corse dans les fondamentaux du système d’enseignement, débouchant sur des compétences reconnues et valorisées pour les élèves.
‐  Intégration de la langue corse dans la formation de tous les professeurs travaillant en Corse.
‐  A partir de 2019, un seul concours bilingue pour les professeurs des écoles.
‐  Plan exceptionnel de formation des enseignants à la langue corse.
‐  Généralisation du système bilingue dans les écoles primaires et généralisation progressive au collège et au lycée.
‐  Généralisation de l’immersion dans les écoles maternelles.
‐  Enfin, certification généralisée (B1, B2, C1) pour tous les étudiants de l’Université de Corse.
  • La formation professionnelle : intégration de la langue corse dans toutes les formations professionnelles avec certification, le certificat de langue corse étant désormais reconnu comme diplôme de qualification professionnelle.
  • Formation en immersion des adultes : marché annuel de formation renforcé, aides aux associations, centres d’immersion,...
  • Les services publics territoriaux doivent devenir bilingues à moyen terme.
  • Les services publics de l’Etat de même pourraient signer la charte de la langue corse, comme l’a fait la Poste.
  • Les activités de loisirs et sportives pour les enfants et les jeunes : il importe de soutenir une offre généralisée de services en langue corse.
  • Les media : arriver à un bilinguisme à moyen terme : 50 % du temps d’antenne dans l’audiovisuel public, signature de la Charte de la langue dans la presse.
  • Les entreprises : soutien aux activités en langue corse, reconnaissance de sa valeur économique, avec l’aide des dispositifs de l’ADEC, tout particulièrement aide à la formation des personnels, mais aussi des projets spécifiques.
  • La feuille de route numérique sera proposée au plus vite cette année, car c’est désormais une voie de développement incontournable.
  • La promotion de la Corse à l’extérieur demande de saisir chaque opportunité de coopération pour valoriser la principale spécificité de la Corse, la langue.
     
Aujourd’hui en Corse, il semble que la société bilingue soit un objectif accepté par tous, mais la manière de la construire n’est pas encore complètement partagée. Pourtant, les expériences et les politiques menées au sein des autres régions européennes confirment que le fondement d’un développement linguistique moderne est la co‐officialité.
Dans l’attente que l’Etat assouplisse sa position, la collectivité territoriale de Corse compte avancer sur ce terrain et soutenir toutes les volontés, pour faire de la co‐officialité une conclusion naturelle d’une dynamique collective.
Ainsi, cette année sera consacrée d’une part à la sensibilisation de tous les acteurs de la société et d’autre part, au travail prospectif et stratégique sur tous les axes d'intervention. 

pianu_lingua_2020_vote__version_fcse.pdf Plan Lingua 2020.pdf  (1.75 Mo)


Le NPLD : Réseau européen pour la promotion de la diversité linguistique ­ Network to promote linguistic diversity

Le réseau pour la promotion de la diversité linguistique (NPLD) est un réseau constitué à l'échelle européenne travaillant dans le domaine de la politique et de la planification linguistiques.

C’est la seule organisation soutenue par l'Union européenne œuvrant pour la protection des langues non officielles.

L'objectif principal du NPLD est de faire prendre conscience au niveau européen de l'importance vitale de la diversité linguistique. Il vise également à faciliter l'échange des meilleures pratiques entre les gouvernements, les décideurs, les praticiens, les chercheurs et les experts de toute l'Europe.

Le NPLD travaille avec la Commission européenne, l'Union européenne, le Parlement et le Conseil de l'Europe. Ces dernières années le réseau a été actif, il a établi des liens et des partenariats solides avec des personnalités, tels que le Commissaire européen chargé de la langue et des langues minoritaires, les députés européens et d'autres partenaires engagés dans la promotion des langues minoritaires.

Son financement provient des frais d’adhésion de l'ensemble de ses membres, à savoir 15 000 € par an, ainsi que d’une subvention européenne versée pour trois ans qui était pour la période 2013‐2015 d’un montant de 414 255 € sous le nom de projet NPLD 2020.

Il apporte une visibilité internationale aux langues régionales en Europe, s'assurant qu'elle couvre toutes les langues, sans aucune considération politique.

Il constitue une plateforme unique qui permet d'avoir accès aux experts européens et aux développements actuels en termes de planification et de management des langues. Il produit et publie des rapports provenant d'experts européens reconnus portant sur les problématiques actuelles liées aux langues qui comptent peu de locuteurs; cette pratique offre à ses membres l'opportunité de créer des groupes de travail sur des sujets spécifiques. Le NPLD dispose d'un secrétariat proactif, qui est une antenne pour le multilinguisme en Europe et partout dans le monde, et a développé une bibliothèque numérique à partir de mots‐clés, exclusivement réservée à ses membres.

La CTC est membre du NPLD depuis 2010.
Pour en savoir plus, voir le site web du NPLD :
http://www.npld.eu/

Meirion Prys Jones, directeur du NPLD, présente le contexte gallois

Meirion Prys Jones a longtemps travaillé dans le domaine de l'éducation. Pendant 18 ans il a officié dans trois écoles secondaires (10 ans), puis en tant que consultant, conseiller, puis inspecteur de l'éducation au Pays de Galles. Il est également qualifié en tant qu’inspecteur des écoles au Pays de Galles. 
En 1994, il rejoint le Welsh Language Board nouvellement créé, d'abord comme chef du Département de l'éducation, puis en tant que directeur pendant 8 ans. Au WLB il a dirigé une équipe de 80 personnes réparties dans 14 bureaux pour les différentes régions du Pays de Galles, et gérant un budget de 13 millions de £ (16.5 millions d'€).

En 2007, il a été élu président du Réseau européen pour la promotion de la diversité linguistique (NPLD). Depuis 2012, il est le directeur de ce réseau.

A l'occasion de cette conférence débat, Meirion Prys Jones a abordé les questions relatives à la mise en place de politiques linguistiques transversales dans le cadre de la co‐officialité. Il s’appuie notamment sur l’expérience menée à travers l’office de la langue galloise ayant pour objet la promotion de la langue galloise.

Il met en exergue les réussites de cet organisme et quelles idées peuvent être transférées à d’autres situations linguistiques. Un débat a suivi où la parole a été librement partagée entre les acteurs insulaires présents.

S’agissant du NPLD, il a mis en lumière l’intérêt pour les communautés linguistiques de faire partie de ce réseau européen et s’est attaché à rendre compte de l’action de ce réseau ces dernières années ainsi que de ses projets actuels. Enfin, il a mis les priorités d’action pour réussir la revitalisation de nos langues. 


Le contexte gallois : contexte législatif et normatif / contexte linguistique, social,...

Deux langues sont officielles au Pays de Galles : l’anglais et le gallois.
Le gallois, langue historique du Pays de Galles, celtique de branche brittonique, ne présente pas de similarité avec l’anglais (elle est plus proche du breton et du cornique) et compte plusieurs dialectes dont la variation principale réside entre Nord et Sud. Le gallois est parlé principalement au pays de Galles ainsi que sporadiquement en Angleterre. C’est au Nord du Pays de Galles que le gallois est le plus ancré. Dans les zones rurales du Nord‐Ouest, le gallois est la langue maternelle d’une grande partie de la population contrairement au Sud‐Est plus industrialisé.
La diminution du nombre de communautés galloisantes constatée tout au long du XXe siècle s’explique en partie par un important flux migratoire, une forte émigration et une absence de statut juridique de la langue.

En 1967, le Parlement britannique adopte la loi sur la langue galloise accordant une égalité d’usage entre l’anglais et le gallois dans les tribunaux. En 1993, la nouvelle loi sur la langue galloise confère un statut bilingue à plusieurs aspects de la vie socio-économique, installe un Bureau pour la langue galloise chargé de la promotion et de la régulation de la langue et offre une place plus importante dans les administrations : chaque service public a pour obligation de concevoir et de mettre en place un programme linguistique intégrant le gallois.

En 2001, la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires par le Royaume‐Uni reconnaît le gallois comme langue régionale. En 2011 est mis en place le Commissaire à la Langue Galloise (remplaçant le Bureau) afin de renforcer et de protéger les droits des locuteurs : chacun a la possibilité et le droit de se plaindre auprès du Commissaire à la Langue Galloise s’il estime que son droit civil à parler le gallois a été entravé. 

Une signalisation routière bilingue est normalisée et mise en place sur tout le territoire national.

Les conseils municipaux et le gouvernement gallois publient leurs documents officiels et leurs publicités sous forme bilingue. Afin d’inciter la population à utiliser le gallois dans les administrations et les commerces, le Bureau pour la langue galloise a créé un badge destiné à être porté sur soi pour montrer que l’on veut interagir en gallois. L’initiative rencontrant un franc succès a été reconduite par le Commissaire à la Langue Galloise. Le gallois est aussi largement représenté sur Internet par l’affichage dynamique bilingue de nombreux sites et par sa présence sur les réseaux sociaux. De nombreux festivals (musique, littérature, jeunesse), concours de poésie et évènements (théâtre, concerts) en langue galloise sont organisés et reçoivent des aides financières de l’état.

Les travaux et enquêtes sociolinguistiques successives indiquent que 50 % de la population du pays de Galles parlait le gallois au début des années 1900, 18% en 1991, 20.8 % en 2001 et 19 % en 2011 selon le dernier rapport.
Suite à la multiplication des écoles bilingues à partir des années 60, le nombre d’enfants et d’adolescents parlant le gallois a nettement augmenté et la tranche des 4‐16 ans est depuis 1990 la plus galloisante (40 %).
Le gallois est enseigné à tous les niveaux d’éducation : de la petite enfance à l’université. En ce qui concerne les crèches, le système en immersion a permis de faire augmenter de 10 % en 1971 à 25 % en 2011 le nombre d’enfants de 3 à 4 ans capables de s’exprimer en gallois. Ensuite, les établissements publics dispensent les enseignements soit en gallois langue première (20 %), soit en bilingue (12 %) soit en anglais langue première et gallois langue seconde (50 %). Le gallois est inscrit au programme scolaire national et est obligatoire jusqu’à 16 ans. 32 % des écoles primaires et 22 % des établissements du secondaire ont le gallois pour langue d’enseignement principale ou unique. Plus de 25 % des élèves sont scolarisés dans des établissements bilingues et 20 % dans des établissements où l’enseignement se fait en gallois. Il convient de noter que, dans le Nord‐Ouest du pays de Galles, la majeure partie des collèges et des lycées est bilingue et une Charte de la langue galloise a été mise en place dans certains établissements. Par ailleurs, il existe des « clubs » assidument fréquentés dans certains établissements proposant des activités autour de la langue galloise afin d’encourager sa pratique en dehors des cours. Afin d’être rapidement opérationnels dans leur mission d’enseignement bilingue, les enseignants gallophones qui n’ont jamais assuré de cours en gallois suivent un stage intensif. L’Université de Bangor dispose d’un important département de recherche en terminologie et de nombreux enseignements sont dispensés en gallois ou bien en bilingue par traduction simultanée.

En ce qui concerne les activités extrascolaires, l’organisation URDD Gobaith Cymru à destination de la jeunesse galloise propose un ensemble d’activités en immersion linguistique (sport, sorties, voyages) exclusivement animées et encadrées en langue galloise ce qui renforce la pratique auprès des jeunes.

Concernant la presse, il existe des journaux hebdomadaires et mensuels en gallois ainsi que des magazines et plusieurs périodiques bilingues. La station de radio publique nationale BBC Radio Cymru créée en 1977 émet en FM et sur Internet environ 100H par semaine. La chaîne de télévision publique S4C créée en 1982 a produit 2003 heures de programmes en gallois en 2012. L’émission la plus populaire est une série en gallois et ces dernières années l’accent a été mis sur les émissions pour la jeunesse. Des sociétés de production régionales sont très développées et certains de leurs programmes sont exportés à l’étranger. Le secteur des médias en plein essor est créateur d’emplois et contribue à la revitalisation linguistique du pays de Galles de par une offre de programmes touchant toutes les générations.

Des avancées technologiques sont notables par la création de nombreux outils linguistiques : base de données nationale de la terminologie standardisée, aide pour la lexicographie et la traduction automatique, stratégie pour la traduction, correcteur grammatical et orthographique, logiciels, applications compatibles smartphones.
Afin d’accompagner les particuliers, les organisations et les entreprises locales dans leur démarche
bilingue et agissant comme des relais, une trentaine
d’agences locales de planification linguistique et communautaire Mentrau Iaith, ont été créées depuis 1991.
Le but de cet accompagnement est d’encourager l’utilisation du gallois à tous niveaux d’activitésqu’elles soient rattachées à l’environnement familial, professionnel ou loisir. Chaque Mentrau Iaith offre un service de traduction, de conseil, d’information sur les cours de gallois destinés aux adultes et sur les activités périscolaires pour les enfants. La présence forte d’un réseau de Mentrau Iaith sur tout le territoire permet une transmission importante de la langue en expliquant les avantages du bilinguisme dès le plus jeune âge aux parents et contribue de manière significative au développement économique local.