Collectivité Territoriale de Corse

Débat sur la violence : intervention de Christine Guerrini au nom du groupe Rassembler pour la Corse

Séance publique du 15 décembre 2010

Mercredi 15 Décembre 2010



Les jeunes

Débat sur la violence : intervention de Christine Guerrini au nom du groupe Rassembler pour la Corse
La  « violence des jeunes » est une réalité qui malheureusement occupe l’actualité de façon quasi quotidienne dans notre région.

Cette violence, elle affecte toute notre société à des degrés divers  selon que l’on soit acteurs, victimes, parents d’enfants qui ont été ou sont eux-mêmes acteurs ou victimes de violence et bien sur tous les citoyens lambda profondément choqués, ébranlés, traumatisés et peinés pour les familles et leurs victimes.

Cette violence, elle entraîne des préjudices graves non seulement pour les victimes, mais aussi pour les familles, les amis et la société.

Cette violence, elle nous désarçonne et plus grave elle désarçonne nos institutions.

Cette violence, elle alimente des discours généralement catastrophistes sur le rajeunissement et la violence des jeunes délinquants, des discours fortement amplifiés par les journalistes dont certains n’hésitent pas à verser dans le sensationnalisme et à relayer sans explication ou peut être trop d’explication le moindre fait divers… arrivant à désigner ainsi les jeunes comme seuls responsables de la violence.

Et c’est vrai que les faits semblent justifier cette affirmation : on a assisté, ces dernières années, ces derniers mois, à une explosion d’actes qui apparaissent de plus en plus violents et qui sont agis par des acteurs de plus en plus jeunes. Mais, il faut quand même rappeler une réalité qui permet de relativiser cette perception un peu simplificatrice.

Ceux qui sont les premières victimes de cette violence, ce sont les jeunes eux-mêmes : 80 % des actes commis par des jeunes sont à destination d’autres jeunes

Ce n’est alors pas tant à l’autre que les jeunes destinent d’abord l’expression de leur violence. En témoignent la fréquence de conduites à risques qui parfois tournent mal ; ce qui explique pour une bonne part que les accidents soient la première cause de mortalité des jeunes. Fréquence des suicides bien sûr mais aussi de nombreuses formes de retournement de la violence sur soi qui, pour être moins radicales, n’en sont pas moins très préoccupantes : toxicomanies, troubles alimentaires et automutilations par exemple.

Mais cela est rarement évoqué, au contraire de l’étonnement généralisé quant à l’importance des actes violents commis par des jeunes.  

Pourtant, la violence dans un établissement scolaire qui réunit trois cents adolescents n’a rien d’étonnant ! Ce qui n’est pas naturel et qui est le fruit de l’éducation, c’est la convivialité et la paix, c’est la capacité d’établir une relation pacifique avec l’autre.

En réalité, la violence n’est pas en soi un phénomène nouveau. Les jeunes du XXIe Siècle ne sont pas différents de leurs prédécesseurs du XXe Siècle ou d’autres temps d’ailleurs

Permettez- moi une réflexion d’un poète illustre, Hésiode, vivant au VIIIè Siècle avant JC :
« Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible … Notre monde atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être loin. »

On peut voir à quel point la violence des jeunes n’est pas nouvelle tant cette citation d’Hésiode paraît refléter notre actualité. C’est un point de départ essentiel à toute réflexion que de prendre un certain recul par rapport à la force de l’émotion suscitée par un drame

Aujourd’hui le problème se situe surtout du côté des adultes. La vraie question est bien d’essayer de comprendre pourquoi notre génération rencontre plus de difficultés que les précédentes à gérer la violence des jeunes ?

La réponse est peut-être à chercher du côté des déficits d’éducation.

Non que les parents, les enseignants et les éducateurs soient moins performants qu’autrefois. Mais le climat de notre société rend plus difficile le processus éducatif.

Trois crises y contribuent notablement.

  • La crise de l’autorité tout d’abord ou plutôt la crise de crédibilité des porteurs d’autorité
La grande évolution qui a marqué ces dernières années, notre région c’est que la position de pouvoir ne génère plus automatiquement une position d’autorité. En effet l’autorité est fondée sur la crédibilité de la personne qui la revendique. Les parents en premier lieux : qui dans notre région sont de plus en plus  en difficulté et non pas démissionnaires comme je peux l’entendre.

La différence est importante : être démissionnaire, c’est savoir ce qu’on devrait faire mais ne pas avoir le courage de le faire. Non, le problème des parents c’est qu’ils ne sont plus crédibles.

À cause, d’abord, de la fragilisation de la cellule familiale qui n’est plus perçue par l’enfant comme capable de le protéger.

Une cellule familiale  éclatée, un père, une mère, repères sacrés, sans emploi, peu estimés.

Une difficulté croissante à transmettre des repères (les lieux où se diffusent les valeurs se sont multipliés, au point de marginaliser parfois la famille, autrefois source principale de cette transmission).

Des parents de plus en plus obligés d’argumenter le bien fondé de leurs décisions.

Une institution, comme l’école,  atteinte aussi  dans sa crédibilité : elle qui devrait préserver l’égalité des chances… et qui est l’endroit le plus inégalitaire qui soit.

Sans parler du peu de crédit de ceux qui sont censés faire ou appliquer la loi et qui sont les premiers à ne pas la respecter : Comment éduquer à la citoyenneté, quand ceux qui sont chargés de promulguer la législation, chargés d’en être les garants, sont dénoncés à longueur de colonne dans les médias comme étant ceux qui la truquent ?

  • La seconde crise à laquelle notre société est confrontée concerne l’apprentissage du vivre ensemble. 
Au sein de la famille corse ou autre, ce qui domine, c’est le refus de dire non, de peur de mettre en péril la relation affective.
Dans la rue, dans nos villages, les gens ne se sentent pas concerné par l’éducation de l’enfant qui n’est pas le sien : il s’offusque ou rit d’une transgression dont il est témoin, mais n’interviendra pas pour autant, comme avant.

Alors que le niveau de liberté individuelle dépasse tout ce que les sociétés humaines précédentes ont pu connaître, tous les liens sociaux sont de plus en plus précaires 

L’école est devenue parfois le seul lieu de socialisation où l’on apprend la vie de groupe.

Pourtant, certains enseignants refusent cette fonction voulant se limiter à la seule transmission des savoirs et on peut les comprendre lorsque nous voyons les manifestations de violence des parents si ce n’est celles des grands parents lorsqu’un jeune est puni.

  • La troisième crise est celle de la vision d’avenir. 
L’une des sources les plus importantes du bien être réside dans la capacité à se projeter dans la vie future.
Il est bien difficile de grandir dans une société où les adultes entrevoient avec pessimisme leur devenir.
Il est bien difficile pour un jeune de penser que l’école d’aujourd’hui et de demain ne sera pas comme pour leurs parents un  moyen d'accéder à un travail, à une accession sociale - L'école ne représente plus ce qu'elle représentait pour les autres générations
Il est bien difficile aujourd’hui pour un jeune de se dire que Pour la première fois dans l’Histoire, ils  vivent et vivront moins bien que leurs parents

Il est bien difficile aujourd’hui pour un jeune de ne pas succomber au rêve de l’argent facile : Pour consommer il leur faut de l'argent, et puisque le but est de consommer de plus en plus, sans s'imposer de limite, il faut que l'argent soit facile. L'exemple vient de haut : " À la délinquance financière des élites répond en écho la délinquance des jeunes avec en ligne de mire le même but : l’argent facile. C’est toute une culture de la violence, de la vulgarité et du mépris qui s’étale complaisamment ". 

Que faisons-nous aujourd’hui et que pouvons nous faire au-delà des incantations ?

Aujourd’hui par ce débat nous donnons une visibilité à la question de la violence

Aujourd’hui nous avons le courage de nous confronter à « une vérité qui dérange » et qui est aussi déroutante que le réchauffement climatique, qui nous met aux prises avec une aussi grande complexité… qui nous renvoie sans doute aussi à nous-mêmes.

Aujourd’hui ce sont d’abord des notions élémentaires de sociabilité, de civilité, de vie en commun et de respect (de l’autorité, de l’aîné, du plus faible…) qu’il convient de restaurer..

Apportons leur des réponses dans ce sens : travaillons en commun, remettons nous en cause, désignons nous collectivité comme  un pilote à l’échelon régional, définissons des objectifs réalistes et évaluables.,

J’ai pour moi, pour eux un verbe, espérer.

discours_christine_guerrini.pdf Discours Christine Guerrini.pdf  (71.99 Ko)