Collectivité Territoriale de Corse

Débat sur les langues régionales : une occasion historique selon Ange Santini et Camille de Rocca Serra

Mercredi 7 Mai 2008



" Le 7 mai, à l'Assemblée Nationale, et en préalable au projet de révision constitutionnelle qui sera présenté au Parlement à la fin de ce mois, se déroulera un débat sur les langues régionales. C'était un engagement du Premier ministre et nous nous réjouissons qu'il ait été tenu rapidement.

Ce débat est une occasion historique : celle de réfléchir sur une identité française sereine, sûre d'elle-même et de ses valeurs républicaines et ouverte à la diversité.

Mais il doit d'abord être dédramatisé. Bien sûr il est urgent, parce que la situation de nos langues l'exige. Mais l'époque n'est plus aux déchirements et aux raidissements qu'il a pu provoquer autrefois. La question des langues a toujours navigué entre les écueils : le jacobinisme borné et la folklorisation hier, un républicanisme intégriste ou la crispation ethnique récemment. Il est temps d'en sortir et d'aborder des eaux plus calmes : qui oserait encore prétendre, en 2008, que les langues régionales menacent l'unité du pays ?

Elles doivent en revanche se voir reconnaître une visibilité dans l'espace public parce que c'est la seule façon d'asseoir leur légitimité.

Cela a d'autant plus d'acuité en Corse, au regard des efforts déployés par la Collectivité Territoriale de Corse en faveur du développement de la langue corse. Depuis la loi du 22 janvier 2002 qui a renforcé les compétences de la Collectivité Territoriale, notamment en matière de langue, l'Assemblée de Corse a adopté, sur proposition de son Conseil exécutif et à l'unanimité, de nombreux textes sur cette question qui fait l'objet d'un consensus au sein de l'institution régionale. Un plan d'aménagement et de développement linguistiques pour la langue corse intégrant à la fois un projet éducatif et un projet sociétal est mis en oeuvre, et son financement assuré à la fois par l'Etat et par la Collectivité Territoriale.

Ce que la Corse a pu commencer à mettre en place, toutes les collectivités ne le peuvent pas encore. Il est donc essentiel qu'un encadrement juridique reconnaisse, enfin, la place qui est celle des langues régionales au sein de la République et leur apport essentiel à l'identité de notre pays.

Ces langues sont, en effet, un des marqueurs identitaires essentiels dont nos sociétés ont besoin en un temps où se brouillent et s'estompent les valeurs et les repères.

Le mot « identitaire » ne nous fait pas peur en Corse, et nous n'avons pas considéré qu'un certain candidat à l'élection présidentielle avait proféré un gros mot, il y a un an, en parlant d'identité nationale ! L'identité est une richesse individuelle et collective. Elle est la prise en compte d'un enracinement local, d'une histoire familiale ou même d'un choix qui font que nous ne sommes pas des personnes indifférenciées mais des êtres « culturels ». Simplement, l'identité n'est pas univoque ni uniforme et nous nous sentons pleinement dans la République en vivant, au quotidien, l'usage du français et la pratique du corse.

On le voit bien, le débat du 7 mai doit être l'occasion de réaffirmer que cette coexistence est légitime, et que le destin des langues régionales n'est pas l'affaire de leurs locuteurs seulement, mais de tous les citoyens.

L'enjeu du débat qui se tiendra au Parlement réside dans la nécessité d'un message fort sur l'appartenance de ces langues au patrimoine commun de tous les Français, et au-delà, au patrimoine de l'humanité. Les attentes sont donc fortes en ce domaine. C'est ce texte de portée générale qui est attendu et espéré."