Collectivité Territoriale de Corse

Dévoilement de la plaque du collège de San Fiurenzu - Maria Ghjentile

Lundi 16 Octobre 2017



Dévoilement de la plaque du collège de San Fiurenzu - Maria Ghjentile
Le Président du Conseil Exécutif de Corse, le Président de l’Assemblée de Corse et le Recteur de l’Académie de Corse ont dévoilé, en présence de la Conseillère exécutive chargée de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche, la nouvelle plaque du « Cullegiu di San Fiurenzu – Maria Ghjentile / Collège de Saint- Florent – Maria Ghjentile ».
 
Le nom de cet établissement a été adopté, par délibération de l’Assemblée de Corse du 27 juillet dernier, sur proposition du principal du collège et de la communauté éducative, et après consultation du conseil municipal de San Fiurenzu, en application de l’article L 421.24 du Code de l’Education.

La dénomination est un acte symbolique important dans la vie d’un établissement scolaire. Le plus souvent, le nom d’un collège fait référence à une personnalité dont l’action a été reconnue au niveau local, national ou international et avec une portée éducative considérable. Désormais, le collège de San Fiurenzu portera le nom de Maria Ghjentile, rendant ainsi hommage à une figure emblématique du Nebbiu et, à travers elle, les valeurs universelles telles que le courage, l’honneur, la lutte, la mémoire, à transmettre aux générations futures.

Plusieurs personnalités élues ainsi que l’écrivaine Marie Ferranti et le groupe I Campagnoli se sont associés à cette manifestation.

Le de San Fiurenzu - Maria Ghjentile

Avec 203 élèves, le collège de San Fiurenzu dispose d’un effectif sans cesse en hausse alimenté par les groupes scolaires de la micro région : les écoles de San Fiurenzu, Patrimoniu, Oletta, Santu Petru di Tenda, Muratu et Rutali.

La Collectivité territoriale de Corse et les EPLE

La CTC a la charge depuis 1983, date du transfert des compétences, de la construction, du développement et de l’entretien du patrimoine scolaire de l’île (collèges et lycées).

Elle gère ainsi un patrimoine d’environ 333 266 m2 répartis en 47 établissements scolaires publics du second degré : 30 collèges, 16 lycées (10 lycées d’enseignement général et polyvalents dont 2 lycées privés, 3 lycées professionnels, 2 lycées agricoles et 1 lycée maritime et aquacole) et 1 établissement régional d’enseignement adapté (EREA) pour une capacité totale d’accueil de 22 620 élèves.

La CTC poursuit chaque année ses efforts entrepris pour l’amélioration et le renouvellement des établissements scolaires. Pour 2017, le budget consacré à ce secteur représente 17,89 M€ en investissements et 0,6 M€ en fonctionnement (dont 3,840 M€ de travaux d’entretien et de maintenance).

Maria Ghjentile

Dévoilement de la plaque du collège de San Fiurenzu - Maria Ghjentile
Situation politico-militaire en 1769 dans le Nebbiu

Maria Ghjentile figure en bonne place dans la galerie des héros populaires corses. Son histoire se déroule en 1769 au couvent d’Oletta et sa maison, en ruines, est encore visible sur la colline de Monticellu, à Poghju d’Oletta.

Le Nebbiu a été l’une des régions les plus meurtrie de l’île : les romains l’ont ravagée pendant un siècle. Elle a subi la domination des Maures et les querelles survenues au sein de la famille Casta (Capurali Castinchi). La guerre d’indépendance du temps de Sampieru dura 4 ans et de 1729 à 1769 durant lesquelles il y eux des morts violentes. Vers la fin de 1768 et cela en raison de son importance stratégique, le village d’Oletta se trouvait aux mains des Français. Le Marquis d’Arcambal commandait une garnison qui comptait 1 500 hommes. Il fut contraint de proclamer la loi martiale car il savait que Paquale Paoli pouvait compter sur le dévouement et le soutien d’un grand nombre d’habitants. En ce début d’année 1769, après quarante années d’une lutte aussi épuisante qu’inégale, l’indépendance du jeune Etat corse de Pasquale Paoli vit ses derniers moments. Pour parvenir à annexer la Corse, la France de Louis XV n’a pas lésiné sur les moyens. Une disparité de moyens, comme le disait le jeune Bonaparte en 1789 : « Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la Liberté dans des flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. Les cris du mourant, les gémissements de l'opprimé, les larmes du désespoir environnèrent mon berceau dès ma naissance. »

Dans la nuit du 13 au 14 février 1769, des militaires corses d’Oletta se soulevèrent contre l’armée française. En s’en prenant à l’église qui servait de caserne aux français, les conjurés, non seulement vengeaient leurs compatriotes, mais libéraient le village. Leur « conspiration » est éventée et le marquis d’Arcambal fut averti à temps du complot qui se tramait contre lui et ses soldats. Des dispositions furent prises. Si quelques conjurés réussirent à s’enfuit, quatorze furent arrêtés et torturés, et sept furent condamnés à subir le supplice de la roue. Leurs corps furent exposés sur la place du couvent. Parmi le nombre des conjurés se trouvait Bernardu Leccia, le fiancé de Maria Ghjentile. La sentence était dure pour une conspiration. Bernardu Leccia avait rejoint l’armée de Pasquale Paoli qui se battait contre l’occupation française. Il fut pris, torturé et pendu avec six de ses camarades. Cette cruauté ne sembla pas contenter les vainqueurs. Ils l’aggravèrent par l’interdiction de donner aux morts une sépulture.

Maria Ghjentile ne pouvait accepter de bafouer les valeurs chrétiennes et admettre que Bernardo devienne la pâture des oiseaux de proie. Elle décida, au risque d’être condamnée à mort aussi, de l’ensevelir.

L’histoire de Maria Ghjentile

Une histoire d’amour et de courage au féminin. De l’amour passionnel et dévasté d’une femme : « le ciel est recouvert de nuages... au dehors il faisait sombre... les oiseaux nocturnes jetaient leurs cris sinistre... un silence de mort planait sur le village d’Oletta... Enveloppée dans sa faldetta noire, Maria Ghjentile se dirigea vers le couvent. Elle détacha Bernardu de l’échafaud, le chargea sur ses épaules et le porta en toute hâte à l’église Saint François où les parents de son fiancé ensevelissaient leurs morts... Elle plaça son bien aimé dans la tombe familiale... Après une dernière prière elle rentra chez elle ayant au cœur la satisfaction du devoir accompli. »

Le lendemain on s’aperçut de la disparition du corps et on soupçonna ses parents qui furent arrêtés et condamnés à mort. Ils protestèrent de leur innocence, mais en vain. Ils devaient subir à leur tour le supplice de la roue. Maria Ghjentile ne pouvait admettre la mort de trois innocents. Elle était responsable. Toujours animée par les mêmes sentiments qu’elle ne pouvait trahir, elle se sentait prête à et résignée à assumer toutes les conséquences si tragiques fussent-elles. La voilà donc devant le général De Vaux, implorant clémence.

« D’après vos lois, je suis coupable d’un grand délit, je suis prête à en assumer toutes les conséquences. Je ne demande ni pardon, ni égards, je demande simplement d’être jugée et que trois innocents condamnés par erreur soient immédiatement mis en liberté. » Difficile cependant d’admettre qu’une jeune fille soit capable d’un pareil héroïsme mais le Général De Vaux fit preuve de magnanimité. « Je vous félicite pour votre conduite. Le sentiment qui vous a porté à désobéir à nos ordres est si désintéressé que je vous demande d’aller en mon nom délivrer vous-même les parents de votre fiancé. » Par son courage et son obstination, Maria Ghjentile permit un verdict de clémence à cet épisode tragique de son village. Les autres conjurés furent dignement ensevelis.