Collectivité Territoriale de Corse

Discours de rentrée de Camille de Rocca Serra à l'occasion de la 1ère session ordinaire 2008

Jeudi 7 Février 2008



Discours de rentrée de Camille de Rocca Serra à l'occasion de la 1ère session ordinaire 2008
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Conseillers,
Chers Collègues,


J'ouvre cette première réunion de la session ordinaire de l'année 2008, le coeur gros.
Le 12 janvier dernier, à nos places, dans cette enceinte, des femmes et des hommes, des adultes et des adolescents, paradaient devant les journalistes après avoir investi par effraction l'ensemble des bâtiments de notre Collectivité. Ceux-ci ont été vandalisés, le bureau du Président du Conseil exécutif et ceux attenant, détruits par les flammes. Cet incendie n'était pas accidentel, mais volontaire.

Après ces actes graves, inqualifiables, insupportables, une réprobation quasi-unanime s'est manifestée. Aujourd'hui, cette réunion nous permet de nous réapproprier, de réinvestir, ce lieu sacré de la démocratie qu'est l'hémicycle.

Faut-il redire que notre présence sur ces bancs est due à la volonté de nos concitoyens qui nous ont mandatés pour les représenter ? On entre en effet dans cette enceinte par le suffrage universel et pas par effraction.

Est-il nécessaire de rappeler à ceux qui revendiquent le droit de parler au nom du peuple, à ceux qui prétendent usurper un mandat électif par effraction, qu'ils outragent le choix et la volonté des électeurs, se moquent des règles les plus élémentaires de l'expression démocratique et au bout du compte qu'ils n'ont aucun respect pour les intérêts généraux de l'île. Je le dis de façon très solennelle, la démocratie participative si elle peut exister, ne peut suppléer à la démocratie représentative.

Voilà, chers Collègues, sans m'appesantir sur les détails que chacun de nous connaît, et dont les images ont fait la une des médias, ce qu'a été la réalité de l'expression d'une minorité violente. Cette même expression qui gangrène le débat public au sein de notre île depuis trop longtemps, troublant les efforts constants que nous déployons pour préparer un avenir meilleur à nos enfants.

C'est ce message que j'ai tenu à porter lors de la rencontre avec le Premier ministre, la Garde des Sceaux et la Ministre de l'Intérieur. Oui en Corse, comme ailleurs, la sécurité des personnes et des biens est non seulement un droit mais plus encore une nécessité. Oui, la Corse attend de la République une justice sereine et équitable, responsable qui ne cède pas à la tentation d'une justice spectacle. Ainsi, l'image d'un élu de notre assemblée, notre collègue Jean-Christophe Angelini, inutilement, injustement pour certains menotté et exposé sur la place publique, ne sert ni la démocratie, ni la justice.

En Corse -et là sans doute plus qu'ailleurs- le discernement est gage d'efficacité et de crédibilité. Il ne suffit pas que la justice soit rendue encore faut-il qu'elle donne le sentiment à chacun que ses décisions sont légitimement fondées.

La Corse a besoin de discernement pour que les solidarités négatives cèdent la place à des solidarités de progrès.
Notre société est malade de ce désordre et de cette violence. Songez seulement qu‘hier, nous commémorions le dixième anniversaire de l'assassinat du Préfet Claude Erignac.

Oui, il est de notre devoir de renouer avec l'espoir d'une Corse dynamique, qui, fière de ce qui fonde son identité, sait se retrouver autour de grands projets porteurs d'avenir.

Aujourd'hui même, comme un être violé, notre Assemblée, debout, entend reprendre le cours de sa vie, de son travail, avec abnégation et détermination. Sans haine, mais sans oubli. Oui le dialogue est toujours nécessaire et la commission ad hoc doit poursuivre ses travaux.

C'est aussi le message que j'ai tenu à porter à Matignon, le Président du Conseil exécutif et moi-même sommes mandatés pour transmettre les décisions de notre Assemblée auprès de l'Exécutif national. Ainsi, au travers de cette délégation, j'ai souhaité montrer que la représentation élue au-delà de cet hémicycle pouvait partager sur certains points nos positions.

Trois points importants ont été évoqués afin de recréer les conditions d'un partenariat éclairé entre la Corse et l'Etat.
Le rapprochement des condamnés originaires de Corse, sujet sur lequel notre Assemblée s'est prononcée à l'unanimité en 2003 et pour lequel nous attendons des réponses et une expertise.
La langue corse, le parlementaire que je suis, comme mes autres collègues s'étant saisis de cette question au travers d'un amendement visant à permettre à la France de ratifier la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Le Premier ministre nous ayant confirmé l'engagement du gouvernement à organiser un débat à l'Assemblée nationale au printemps prochain.
Et enfin, le grand projet industriel du raccordement de la Corse au Galsi qui fait consensus et dont nous savons aujourd'hui qu'il ne pose plus de difficulté en termes de diplomatie et qu'une mission d'étude est confiée à Gaz de France.


L'ordre du jour : le budget primitif est un acte fort de la vie d'une collectivité publique. Il permet à chacun de jauger une volonté politique, de formaliser l'initiative et de se projeter dans l'avenir. L'examen de ce document qui a déjà eu lieu en commission et les débats passionnés, qui je n'en doute pas, fuseront de ces bancs, démontreront que chacun suivant ses convictions, suivant son tempérament se bat avec ses mots pour défendre sa conception de l'intérêt général.

Ensuite, parmi les rapports qui vous seront présentés l'un d'entre eux doit retenir votre attention car il constitue une première. En effet, l'exécutif souhaite avoir recours à une disposition importante de la loi du 22 janvier 2002 qui offre la possibilité à la Collectivité Territoriale de Corse de demander une adaptation de dispositions législatives ou réglementaires. C‘est dans ce champ réglementaire que notre institution souhaite modifier les tarifs de rachat de l'électricité d'origine éolienne et hydraulique en Corse.

Dans l'échange toujours constructif, notre Assemblée a su démontrer, notamment par des initiatives récentes, a quel point elle est attachée au dialogue qui permet de comprendre et de se comprendre. Il s'exprime souvent ici la force du verbe et du raisonnement qui permet de convaincre mais jamais par la menace ou sous la violence.

Il est légitime que notre institution régionale soit la caisse de résonnance des problématiques insulaires. Il est souhaitable qu'elle se fasse souvent l'écho des préoccupations ou des attentes de nos concitoyens.

Il est de notre devoir à chacun ici de porter la parole de nos mandants. Toujours dans le plus strict respect des règles démocratiques et des valeurs républicaines. Notre institution est le coeur battant de cette vie démocratique, elle ne peut souffrir de coups de force. Parce qu'elle est précisément « la Maison Commune », le lieu sacré de l'écoute, du respect, du dialogue, elle doit demeurer cet espace préservé comme tel. Chacun d'entre nous de part le mandat qui lui a été confié est le gardien de notre institution.

En s'en prenant à ce symbole, en détruisant par le feu le bureau du Président de l'exécutif, en souillant notre outil de travail, c'est un peu chacun de vous qui a été victime de cette agression.

Il ne s'agit pas, aujourd'hui, de jeter l'opprobre, de condamner ou bannir tel ou tel, encore moins de pointer du doigt des individus. Il s'agit simplement de faire prendre conscience à tous ceux qui sont tentés par des comportements violents pour exprimer un doute, une inquiétude, une injustice ou une revendication, qu'ils se fourvoient.

Hors la démocratie point de salut. Hors le respect des institutions, point de légitimité et d'écoute.

Ici même, souvent en précurseurs, nous avons montré combien les vertus de la discussion et du débat d'idées sont porteurs. Ici même, tous ensemble, aujourd'hui, réaffirmons notre commune volonté de voir notre société abandonner définitivement le mythe de la violence sous ses plus diverses expressions.

En cette année 2008 qui débute, c'est, au-delà des souhaits individuels que j'exprime pour chacun d'entre vous, le voeu le plus cher que je forme pour notre île. Il en va du respect de la plus fondamentale condition humaine mais il en va aussi de l'efficacité des efforts que nous déployons dans cet hémicycle en faveur de la prospérité de cette île.

Je vous remercie.