Collectivité Territoriale de Corse

Discours introductif de Gilles Simeoni, Président du Conseil Exécutif de Corse, à l'occasion du Sommet Baléares - Sardegna - Corsica : "Le pas que nous accomplissons ensemble aujourd'hui est immense..."

Lundi 21 Novembre 2016




 

Madame la Présidente,
Monsieur le Président de la Région autonome de Sardaigne, caro Francesco,
Monsieur le vice-Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres du Gouvernement des îles Baléares et Mesdames et Messieurs les Conseillers de la Région autonome de Sardaigne,
Monsieur le représentant de la Commission des îles de la CRPM,
Mesdames et Messieurs les élus,
Care amiche, cari amichi,
 
Estem molt contents de sera qui avui.
Gracies per calida benvinguda.
Esperem que aquest dia sera el primer d una seria de reuniones i de cooperacio per al futuro de las nostres illes.

Je voudrais d’abord, en quelques mots et bien au-delà des conventions protocolaires, vous remercier, Madame la Présidente, pour la qualité de votre accueil et la chaleur de votre hospitalité.
En nous permettant hier soir, de découvrir le somptueux passé de votre ville et de vos îles, à l’occasion d’une inoubliable promenade dans la douceur du crépuscule majorquain, vous ne nous avez pas seulement permis de passer un moment privilégié. Vous nous avez aussi rappelé à toutes et à toutes ce qui est sans doute le ciment le plus efficace des relations que nous allons construire ensemble : l’histoire, l’architecture, la langue, la culture, le rapport au monde et au temps, tout ce qui fait que, quelle que soit la complexité et la diversité de nos identités collectives respectives, nous nous sentons les uns et les autres profondément méditerranéens.

Je voudrais également souligner en quelques mots combien, nous qui nous battons depuis tant d’années pour faire reconnaître notre peuple et ses droits, regardons avec intérêt les institutions des Illes Balears, qui bénéficient notamment d’un statut d’autonomie, mais aussi d’un véritable pouvoir législatif et réglementaire, et de la coofficialité entre le catalan et le castillan : comment ne pas établir le parallèle avec les attentes, les besoins et les demandes de notre île ?

La rencontre d’aujourd’hui entre le Gouvernement des Illes Balears, le Gouvernement de la Sardaigne, et le Conseil exécutif de Corse est un moment décisif, peut être historique – l’avenir nous le dira –.
Il y avait certes eu des précédents, comme la démarche Imedoc, embryon d’une coopération multilatérale. Elle n’a malheureusement pas prospéré.

Les temps ont aujourd’hui changé. Et ils sont porteurs d’un nouvel espoir et d’une nouvelle dynamique.
Ensemble, nous voulons construire une démarche opérationnelle, nous permettant de mieux exploiter nos atouts respectifs, d’imaginer des complémentarités fécondes entre nos territoires, de défendre efficacement nos intérêts communs, aussi bien vis-à-vis de nos Etats de rattachement que des institutions européennes.

A cet égard, l’insularité est bien sûr une clé d’entrée importante, notamment dans la perspective des nouvelles politiques de cohésion de l’Union Européenne à partir de 2020.
Il faut que nous en ayons pleinement conscience, et j’ai eu moi-même l’occasion de le souligner, pour le critiquer, à l’occasion des récentes rencontres que nous avons eu avec des représentants de la Commission européenne : à ce jour, il n’est prévu aucun dispositif spécifique pour nos territoires dans le cadre de ces futures politiques.

Il est donc vital que nous inventions et obtenions un cadre de soutien ad hoc pour les îles de Méditerranée, reposant notamment sur l’article 174 du Traité sur le fonctionnement des institutions de l’Union européenne, à l’image du statut d’ultrapériphéricité d’ores et déjà reconnu à certains territoires de l’Union.
Pour obtenir cette prise en compte par les institutions étatiques et communautaires, nous ne pouvons pas continuer à avancer séparément : ce serait se condamner à l’échec.
Tout au contraire, en parlant ensemble et d’une même voix, nous nous donnerons les moyens d’être entendus, et écoutés.
Cet objectif s’est concrétisé, dès le lendemain de notre accession aux responsabilités en décembre 2015, par le rapprochement stratégique que nous avons initié avec la Sardaigne et le peuple sarde, rapprochement qui s’est notamment concrétisé par un accord de coopération signé entre par nos deux Exécutifs, et la création d’un Conseil corso-sarde entre nos deux Assemblées délibérantes.

Cette approche bilatérale, que la proximité historique, géographique et culturelle entre nos deux îles commande et rend naturelle et inéluctable, se prolonge aujourd’hui d’une démarche trilatérale : le processus s’élargit, et parce qu’il s’élargit, il se renforce.
La densité de la session de travail de ces deux jours à Palma le démontre et le confirme : la culture comme soubassement et ciment de nos actions, la question des transports, de la fiscalité, et du tourisme durable comme premiers thèmes d’action à approfondir entre nous, aux fins de les décliner et de les faire prendre en compte par nos interlocuteurs à Paris, Madrid, Rome, et Bruxelles.

C’est le sens de la présence à mes côtés de quatre des huit membres du Conseil exécutif de Corse : Marie-Antoinette Maupertuis, Présidente de l’Agence du tourisme et Conseillère en charge des Affaires européennes, qui a eu un rôle clé dans la préparation de la réunion d’aujourd’hui, de Jean-Christophe Angelini, Président de l’Agence du développement économique de la Corse, Josepha Giacometti, Conseillère exécutive en charge de la Culture, du patrimoine, et de la formation, et Jean-Félix Acquaviva, Président de l’Office des transports de la Corse.

Nous aurons bien sûr besoin d’autres réunions et rencontres pour affiner notre réflexion et nos propositions.
Mais je souligne le travail considérable d’ores et déjà réalisé, y compris au plan technique, et remercie l’ensemble des élus et des fonctionnaires de Corse, de Sardaigne, et des Baléares pour la qualité des contributions et du matériau sur lesquels nous pouvons nous appuyer.
Avec un mot particulier pour Carine Balli-Acquaviva, Davia Guerrini, et Sandrine Muti qui ont été les chevilles ouvrières de l’organisation matérielle et logistique côté corse.

D’autres thèmes, après ceux d’aujourd'hui, seront bien sûr à aborder. Nos collègues du Conseil exécutif de Corse qui ne sont  pas ici aujourd’hui – et nous pouvons vous dire combien ils auraient aimé être présents – attendent avec impatience que nous abordions, à l’occasion de prochaines sessions, les thématiques de l’énergie, de l’agriculture, de l’environnement, de l’eau, des politiques linguistiques… à chaque jour suffit sa peine.
Les plus longues marches commencent par un pas.

Le pas d’aujourd’hui est immense : il doit nous conduire vers l’émergence d’un pôle structuré en Méditerranée Occidentale, un pôle dont l’existence et l’action seront profitables aux îles et aux territoires qui en seront partie prenante : Illes Balears, Sardegna, Corsica aujourd’hui, mais aussi et pourquoi pas demain, la Catalogne, la Toscane, d’autres îles encore… la complexité du monde actuel, l’acuité des enjeux, nous imposent d’être ambitieux, innovants, créatifs.

Et le plus sûr atout et le meilleur argument de notre projet méditerranéen est qu’il fonctionne au profit de chaque partie prenante selon la logique du « gagnant-gagnant ».
Il permet certes à nos territoires de se faire entendre et d’être pris en compte.
Il propose aussi à l’Union européenne de se rééquilibrer vers le Sud, dynamique positive pour les Etats qui y ont intérêt, dont la France, l’Italie et l’Espagne.

Il contribue enfin à la stabilisation d’un espace stratégique, a fortiori dans le contexte de tension et de terrorisme auquel il va falloir durablement faire face.
Notre engagement en faveur de la Méditerranée n’est donc pas seulement une façon de défendre l’intérêt des îles et des citoyens que nous représentons à travers nos mandats respectifs.
Il est aussi une déclinaison concrète, efficace et opérationnelle, des valeurs universelles de tolérance, de partage, et de solidarité entre les hommes, les religions, les cultures et les peuples que nous plaçons au cœur de nos engagements.

Fernand Braudel nous l’a dit avec force : « Ce ne sont pas les espaces géographiques qui font l’histoire, mais bien les hommes, maîtres ou inventeurs de ces espaces… ».
Les hommes, mais aussi, et bien évidemment, les femmes, aurait-il pu ajouter…
Soyons donc, selon les mots du poète, les « maîtres de notre destin et les capitaines de notre âme »…
Soyons, avec humilité et détermination, les inventeurs, ou plutôt les réinventeurs de la Méditerranée.
Une Méditerranée qui soit le lieu du dialogue et des échanges, de la douceur de vivre et du bonheur d’être Homme, plutôt que l’épicentre des risques et des conflits.

C’est un défi immense.
Mais c’est aussi une chance à saisir, pour les générations d’aujourd’hui, et pour celles de demain.
E cusi sia.