Collectivité Territoriale de Corse

Ghjurnata internaziunale di i diritti di e donne Inaugurazione di u bustu di Maria Gentile, dichjarazione di u Presidente di u Cunsigliu esecutivu di Corsica

Jeudi 9 Mars 2017

Aiacciu, l’8 di marzu 2017



C'est donc aujourd'hui le 40ème anniversaire de la Journée internationale des droits des femmes. Une journée dont la pertinence est quelquefois critiquée, mais qui a le mérite de rappeler qu'en matière d'égalité des droits entre hommes et femmes, le chemin à parcourir reste encore long. Ainsi, et à titre d'exemple, selon les statistiques de l'Union européenne, les femmes perçoivent en moyenne, à travail égal, 23% (26% en France) de moins que leurs homologues masculins ; et encore ce chiffre ne tient-il pas compte de la difficulté pour une femme d'accéder, à compétences égales, au même emploi qu'un homme. Beaucoup reste à faire, a fortiori dans un contexte mondial où les droits humains en général, et donc aussi ceux des femmes, apparaissent souvent menacés ou en régression, par exemple dans les pays et continents menacés par l'obscurantisme ou l'islamisme radical. Mais nos sociétés sont elles aussi concernées par la violence des rapports femme/homme, y compris la violence conjugale. L'actualité en a encore fourni des exemples dramatiques, y compris en Corse. Le combat pour l'égalité des femmes et des hommes reste donc, hélas, partout dans le monde, plus que jamais à l'ordre du jour. Et nous devons nous interroger ici aussi sur la façon de faire plus et mieux ; objectifs chiffrés, démarche spécifique et volontariste, politiques innovantes. C'est un bon sujet de réflexion et d'action, et le Conseil exécutif de Corse fera des propositions concrètes à l'Assemblée de Corse, au- delà du traditionnel rapport sur l'égalité hommes-femmes joint chaque année au budget primitif.

Mais la politique a besoin aussi de symboles. Et en ce jour anniversaire, la Collectivité territoriale de Corse, les institutions de la Corse, ont choisi de rendre hommage à une héroïne de l'histoire de notre île : Maria Gentile, de Poghju d'Oletta, qui lors de la répression des troupes du Roi de France en 1769, avait souhaité donner à son fiancé une sépulture digne de ce nom, bravant ainsi l’imperium de l'envahisseur, et y substituant les règles que l’amour et la dignité commandaient d’appliquer.
Une histoire qui décline, presque à l'identique, un mythe fondateur de notre civilisation : celui d'Antigone qui brava les ordres et la colère de Créon, pour enterrer son frère Polynice, faisant ainsi primer la loi des hommes sur celle de la Cité. Pour prix de sa bravoure et de son défi, Antigone périra enterrée vivante. Maria Gentile, elle, échappera à la peine de mort qui lui avait été infligée. Voyons-y le signe que les forces de la vie sont toujours plus fortes que celles de la mort.

Lorsque le Président de l'Assemblée de Corse m'a fait part de l'idée qu'il a eue de solliciter Gabriele Diana pour sculpter un buste de Maria Gentile et l'installer aux côtés des statues de Pasquale Paoli et Napoléon, j'ai bien sûr aussitôt souscrit à cette proposition. Rendre hommage à Maria Gentile, c'est, pour nous, saluer toutes les femmes, connues ou inconnues, qui, dans l'histoire de la Corse, se sont levées pour défendre ce qu’elles avaient de plus cher : leur être, leur famille, leur pays, leur liberté. C'est aussi exprimer notre solidarité et notre gratitude à toutes celles qui, partout dans le monde et à toutes époques, ont eu à souffrir dans leur chair, ou se sont dressées contre l'injustice.

Je regrette certes de ne pas avoir pu être physiquement présent à l'inauguration de ce buste, étant retenu à Malte par des engagements politiques impérieux au service de la Corse. Mais je n'ai pas voulu non plus reporter cette cérémonie, car il fallait absolument, pour qu'elle prenne tout son sens, qu'elle se tienne un 8 mars. Merci à celles et ceux dont le talent littéraire, comme celui de Marie Ferranti, le travail universitaire ou encore la créativité artistique, ont permis de redonner à Maria Gentile la place qui lui revient de droit dans notre histoire et dans l’imaginaire collectif de la Corse d’aujourd’hui.

Merci, du fond du cœur, à Gabriele Diana qui a tenu à faire don à la Collectivité territoriale de Corse, et par suite au patrimoine collectif du peuple corse, de son œuvre. Grâce à ses mains d'or, celle ou celui qui franchira la porte de cette maison, a Casa di u populu corsu, sera donc accueilli par le visage apaisé et serein de celle qui incarne la volonté d'être de ce peuple, une volonté que rien, à travers les siècles, n'a pu briser ni faire céder. Eppuru, dui seculi dopu, simu quì... Ghjè un ghjornu felice per e donne. Ghjè un ghjornu felice per noi tutti.