Collectivité Territoriale de Corse

Intervention du Président du Conseil exécutif de Corse en introduction au débat sur les orientations de la politique culturelle de la CTC

Samedi 26 Novembre 2005



Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Conseillers,

De tous les débats thématiques auxquels je vous ai convié jusqu'à présent, celui d'aujourd'hui est sans aucun doute l'un des plus délicats pour ne pas dire le plus sensible.

En abordant la question culturelle, nous touchons à un domaine ou se mêlent l'immatériel et le concret, deux notions de prime abord antinomiques, qu'il faut pourtant savoir concilier, sans que l'une ignore l'autre, faute de quoi on tomberait soit dans l'irréalisme, soit dans le prosaïsme.

Autrefois, c'était essentiellement l'éducation, qu'elle soit scolaire ou parentale, qui donnait à l'homme les bases plus ou moins solides de sa culture. Puis, selon sa position sociale, son niveau de vie, son milieu de vie, chacun avait, ou avait moins, ou n'avait pas les moyens d'approfondir son enrichissement personnel.

C'est bien pour permettre une plus grande égalité d'accès à la culture et favoriser une meilleure cohésion sociale, que, dans la plupart des pays, les pouvoirs publics ont décidé de se doter de moyens d'intervention pour mettre en oeuvre une politique de développement culturel.

Cette démarche est assez récente et son accomplissement a été favorisé par le développement des moyens de communication, par l'ouverture sur le monde, par l'élévation du niveau des connaissances ainsi que par l'amélioration générale du niveau de vie.
Ainsi, et il faut s'en féliciter, ce qui n'était jusqu'alors réservé qu'à une élite, s'est progressivement démocratisé, tandis que se multipliaient les structures, les vocations, les métiers et l'engagement bénévole dans un monde culturel de plus en plus foisonnant.

En Corse, ce phénomène est encore plus récent qu'au plan national, en raison des retards accumulés en matière d'équipements publics et privés, de liaisons avec le monde extérieur, d'éducation, et de moyens d'existence de la population.

Il y a trente ans, dans le domaine culturel, la Corse était un véritable désert. Elle était même moins favorisée qu'elle ne l'était avant la seconde guerre mondiale. Aucun équipement culturel, après la disparition des deux théâtres de Bastia et d'Ajaccio, un enseignement artistique embryonnaire, des spectacles extrêmement rares, des musées et des bibliothèques sans moyens, un patrimoine ignoré et en voie de dégradation ou de disparition, des acteurs culturels en petit nombre, peu considérés, très peu aidés, parfois suspectés… Quant à notre culture propre, elle semblait réduite pour toujours à un simple folklore sans aucun fondement ni valeur.

Ce rappel était nécessaire. Il permet de mieux mesurer le chemin parcouru.
Nul ne peut contester qu'aux côtés de l'Etat et d'autres collectivités, la Région, puis la Collectivité Territoriale ont puissamment contribué depuis plus de vingt ans à assurer une expansion considérable du domaine culturel.

Aujourd'hui, l'élan est donné. La présentation que vous fera dans un instant ma collègue Simone GUERRINI, à qui je tiens à rendre hommage pour son travail et son implication passionnée, vous permettra de constater combien le paysage culturel s'est diversifié, enrichi et contient de potentialités indéniables et encourageantes. Il faut se féliciter que le vent de la polémique n'y souffle plus, puisque notre identité culturelle n'est plus un sujet tabou mais un trésor commun dont la population peut bénéficier au même titre qu'elle peut accéder à la culture universelle.

Ce paysage foisonnant, ce monde vivant et bouillonnant, il nous appartient désormais de les gérer, de les ordonner, de leur donner les moyens d'un développement harmonieux.
Notre politique culturelle doit principalement viser à enrichir, à épanouir les femmes et les hommes qui vivent sur notre île, à permettre l'éclosion et la valorisation des talents, ainsi qu'à faire rayonner la Corse.

De la prise en compte de ces objectifs découlent pour nous des principes d'intervention et des priorités dans les choix.
L'élitisme, la "ségrégation" culturelle, les privilèges pour les populations urbaines ou favorisées, les concessions à la médiocrité, voilà ce qu'il nous faut éviter.
La démocratisation culturelle, au profit de toutes les populations, y compris celles qui vivent en milieu rural ou socialement défavorisées, la quête permanente de la qualité, voilà qu'il nous faut rechercher, ce vers quoi doivent tendre nos politiques en la matière.

Cependant la mise en oeuvre d'une telle politique suppose fortement une totale implication des acteurs culturels dans un secteur où se côtoient le médiocre et l'excellence, ce qui doit nous amener à assurer à la fois la qualité des opérations subventionnées comme la meilleure utilisation des fonds publics.
A cet égard, je souhaite que certaines réactions récentes soient appréciées à leur juste mesure.
Que d'aucuns demandent des améliorations au projet qui vous est soumis, cela apparaît légitime, surtout lorsque leur expérience, leur talent justifient qu'on les écoute.
En revanche, que d'autres adressent publiquement des critiques infondées ou donnent des leçons en taisant leurs propres torts, cela ne saurait être accepté.

Avec un budget qui s'élève en 2005 à près de 12,5 millions d'euros, la Collectivité Territoriale a engagé un effort financier considérable en faveur de l'action culturelle. Elle lui consacre trois fois plus de crédits par habitant que n'en consacrent, dans les autres régions de la métropole, les conseils régionaux et l'Etat confondus.
J'affirme que notre Collectivité n'a pas pour vocation à soutenir des structures qui n'ont d'autre objectif que leur propre existence et qui ont tendance à oublier que si elles sont subventionnées c'est uniquement pour qu'elles puissent offrir au public des prestations de qualité.
Je dis qu'elle n'a pas non plus l'intention d'encourager la prolifération de "para-fonctionnaires" de la culture qui vivent à l'année des subventions perçues, alors que leurs prestations sont épisodiques voire concentrées sur quelques jours.

Non, Mesdames et Messieurs les Conseillers, nous ne sommes pas tenus de soutenir tous les projets, quels que soient leur qualité, leur faiblesse ou leur coût, ce dernier étant parfois surévalué voire fantaisiste. Notre Collectivité n'est pas un guichet distribuant des fonds publics sans discernement et sans compter pas plus qu'elle n'a pas vocation à effacer les déficits qui se creusent ici ou là du fait de gestions imprévoyantes.
Je ne voudrais pas que l'on se méprenne. Ce que je viens de dire pour l'action culturelle vaut naturellement pour tous les secteurs où notre Collectivité intervient en faveur de ceux qui attendent son soutien.

Cela étant précisé, j'affirme que notre Collectivité continuera bien entendu à soutenir puissamment la création, la diffusion, la formation et les équipements culturels, à condition, que la rigueur, la qualité, l'opportunité, l'impact sur la société soient au rendez-vous.
Je me devais de le dire car il fallait que cela soit clair.
Bien entendu, toutes celles et ceux qui répondent aux critères que je viens de citer, non seulement n'ont rien à craindre mais contraire tout à gagner de la nouvelle politique qui est proposée. Ils doivent d'ailleurs être remerciés pour le travail accompli au service du développement culturel de notre île. L'essentiel du mérite leur revient et les Collectivités, au premier rang desquelles la nôtre, se doivent de les encourager.

J'en terminerai en insistant sur un point : celui de l'évaluation. Il est essentiel. Une réorganisation de nos services est donc indispensable après les dysfonctionnements générés par le transfert des compétences et dont, je le reconnais, ont pâti les structures culturelles.
Au-delà, je souhaite que, dans des formes restant à définir, soit réalisé un audit général dont les conclusions permettront d'affiner nos modalités d'intervention et d'éclairer nos choix. Sans doute aurait-t-il dû être commandé plus tôt, ainsi que Simone GUERRINI le souhaitait. Je n'ai pas voulu qu'il puisse être perçu comme une démarche de suspicion ou de remise en cause à l'égard du monde culturel. Aujourd'hui je sais qu'il répond à une attente à laquelle j'entends faire droit.

Voilà, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers, ce que je voulais vous dire en préambule à la présentation du rapport préparé par ma collègue Simone GUERRINI avec l'aide des Services placés sous son autorité que je remercie pour leur implication.
Puisse ce débat être riche et serein. Il permettra de faciliter l'examen des projets de règlements d'aides que vous avez souhaité approfondir en commission, démarche à laquelle je souscris volontiers.