Collectivité Territoriale de Corse

L'hommage d'Ange Santini à la mémoire de Robert Feliciaggi

Umaggiu di Ange Santini è di Camille de Rocca Serra à a mimoria di Robert Feliciaggi

Mercredi 7 Mars 2007



L'hommage d'Ange Santini à la mémoire de Robert Feliciaggi
Ange Santini, Président du Conseil exécutif de Corse

Chère Madame, et vous tous parents et amis de Robert,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les élus,

Samedi prochain, à la nuit tombée, cela fera un an que notre ancien collègue et ami, Robert Feliciaggi a été froidement et lâchement assassiné.
Un an déjà !
Mais le temps n'a pas effacé le souvenir de l'effroi que nous avons ressenti alors, ni les sentiments de tristesse, mais aussi d'indignation et de colère qui nous ont envahis.
En cet anniversaire, la même émotion nous étreint.

Nous voilà réunis aujourd'hui pour cette cérémonie aussi simple que l'avez souhaitée chère Madame, parce que nous avons voulu que la mémoire de celui qui siégeait à nos côtés soit rappelée à tous ceux, élus, fonctionnaires, visiteurs qui se rendent dans cet Hôtel de la Collectivité Territoriale de Corse.

En apposant la plaque qui sera dévoilée dans un instant, nous voulons témoigner de notre amitié envers un homme chaleureux, loyal et fidèle ; témoigner aussi de notre condamnation de la barbarie qui peut s'emparer des hommes pour les conduire à ôter la vie.
Celui qui tue brise la vie. En l'occurrence, celle d'une épouse, d'un fils, d'un frère ; il plonge dans la douleur des parents, des amis et, lorsque sa victime est un homme public, le cercle de tous ceux qu'il touche s'élargit.

Notre ami Robert était un de ces hommes qui, par vocation, se consacrent aux autres, sont attentifs à les aider dans la difficulté, et s'investissent pleinement dans les mandats qui leur sont confiés.

Il siégeait dans cette enceinte depuis 1998 et la commune de Pila Canale, où il repose désormais, en avait fait son Maire.

Robert nous manque.
Pas seulement parce qu'on avait plaisir à le côtoyer, mais aussi parce qu'il était un homme de dialogue, ouvert et jamais sectaire, toujours prêt à rapprocher les points de vue et à réconcilier ceux qui s'affrontaient.

Sans doute parce qu'il se sentait profondément à la fois corse, français et africain, il avait dans notre île et à son sujet, un discours qui n'était pas d'exclusion. Il se disait volontiers « corsiste » parce qu'il pensait que l'amour d'une terre ne doit pas s'embarrasser de questions, qu'elles soient politiques ou institutionnelles, qui relèvent plus de la raison que de l'enracinement identitaire.

Pour autant, c'était un homme politique au vrai sens du terme, proche du peuple et surtout des gens que la vie ne favorisait pas.

Nous n'oublierons pas Robert, pas plus que nous n'oublierons les conditions tragiques dans lesquelles il nous a quittés et qui méritent que tous les moyens soient mis en oeuvre par la justice, afin que cet acte ne reste pas impuni.

Cette plaque que nous dédions à sa mémoire est bien peu de chose au regard de votre douleur chère Madame. Mais elle est là, comme un appel aux consciences, comme le symbole du rempart moral que nous voulons opposer aux les forces maléfiques de la violence et de la haine.

Che sta tistimugnanza fussi com'una fiamma sempre viva, a fiamma di l'amicizia, a fiamma di u ricordu.


Camille de Rocca Serra, Président de l'Assemblée de Corse

Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Conseillers,
Chère Marie-Antoinette,
Cher Jean-Claude,

Il y a un an, les circonstances effroyables de la disparition de Robert FELICIAGGI plongeaient la Corse dans un profond émoi.

Cette disparition suscita un trouble profond et jusque sur les bancs de notre Assemblée où siégeait notre collègue et ami, nous avons tous ici partagé avec nos concitoyens ce sentiment qui trouvait son prolongement dans la colère.

La colère face à un acte odieux. Cette colère sourde qui emplit le coeur des hommes, lorsqu'ils sont confrontés à une injustice, lorsqu'ils doivent avec incompréhension et impuissance accuser les coups -non pas du sort- mais les coups délibérés commis par des hommes sur des hommes.

Sur la terre de Corse, on a attenté à la vie d'un homme profondément attaché à son île et à son devenir.

Un homme est mort et avec lui un élu du peuple, un époux, un père de famille, un grand-père et un ami.

Les lois de la vie ont été transgressées au mépris de ce qu'il y a de plus sacré.

Comment expliquer, comment comprendre, comment faire comprendre ?

Pourquoi tant de déraison et de tragédies ?

Toutes ces questions qui doivent avant tout susciter un examen de conscience que j'appelai de mes voeux au lendemain du drame.

La mort de Robert est un appel au sursaut. Dans l'intérêt de la Corse, de ses enfants.

Pour rompre avec le funeste destin que si souvent d'aucuns se plaisent à instaurer en fatalité.

Par respect pour le combat de Robert, qui fort du mandat que lui avaient donné ses concitoyens, se battait avec détermination pour faire en sorte d'améliorer leur quotidien et préparer au mieux leur avenir.

Robert croyait avec optimisme en cet avenir. L'avenir d'une île, résolument tournée vers la modernité et le progrès. Apaisée et surtout forte de sa culture et de ses valeurs.

Notre hémicycle résonne encore et plus particulièrement en ce jour des interventions percutantes de Robert. Avec son timbre de voix si singulier, il savait convaincre, persuader, encourager et souvent apaiser.

Le premier anniversaire de sa disparition nous donne l'occasion de rappeler non pas ses talents qui étaient grands, non pas son action politique à la tête du Groupe qu'il présidait mais surtout ses qualités d'homme et de citoyen.

Nul ne peut les oublier.

Comme nul ne doit ignorer qu'il aura été si tragiquement ravi à l'estime de ses collègues.

Pour se souvenir, en la mémoire de Robert, en hommage à l'homme public et à son action, en témoignage de respect pour les siens, la plaque que nous dévoilons aujourd'hui devra tout autant marquer les esprits et interpeler les consciences.

Elle est à l'adresse de tous.

Cette plaque restera apposée au sein de notre institution régionale dans ce hall qui mène à la fois au bureau du groupe politique qu'il occupait et à l'hémicycle où il siégeait et où se prennent d'importantes décisions pour le lendemain de notre île.

Inclinons-nous aujourd'hui en sa mémoire.