Collectivité Territoriale de Corse

La Corse de Lucien Peri (1880-1948), peintre paysagiste de l'Ecole d'Ajaccio

Vendredi 7 Décembre 2007



La Corse de Lucien Peri  (1880-1948), peintre paysagiste de l'Ecole d'Ajaccio
Pierre Claude GIANSILY
La Corse de Lucien Peri (1880-1948)
peintre paysagiste de l'Ecole d'Ajaccio

ASSOCIATION LE LAZARET OLLANDINI


Introduction
Voici, au Lazaret Ollandini, la deuxième exposition consacrée à un peintre de l'Ecole d'Ajaccio : après Léon Charles Canniccioni l'an passé, Lucien Peri est présenté aujourd'hui.

Ces deux grands artistes ont quelques points en commun, notamment d'avoir accompli une longue carrière et connu le succès en France et à l'étranger et, bien sûr, d'avoir peint avec originalité la Corse qu'ils aimaient plus que tout. Il existe aussi d'autres points communs entre ces deux grandes figures de l'art corse, par exemple la durée de leur présence au meilleur niveau et la consécration officielle qu'ils ont recueillie dans les Sociétés d'artistes auxquelles ils appartenaient : Canniccioni à la Société des Artistes français et Peri à la Société Nationale des Beaux-Arts. Ils ont chacun une forte personnalité et, si leur peinture et leur sensibilité artistique diffèrent sur de nombreux points, on peut dire qu'ils se complètent avec bonheur.

Comme nous avons présenté en décembre 2006-janvier 2007 « Léon Charles Canniccioni, peintre des types et coutumes de la Corse » pour montrer cet aspect si fort et original de son oeuvre, le thème retenu aujourd'hui est « La Corse de Lucien Peri, peintre paysagiste de l'école d'Ajaccio » afin de montrer la belle façon dont il a peint son île, dans sa diversité.

Il s'agit ainsi de découvrir comment Lucien Peri -qui a peint également de nombreuses régions françaises comme la Sologne, la Bretagne, la Bourgogne, les Alpes, les Landes- a décrit avec une originalité inégalée les paysages de Corse que des dizaines d'artistes de renommée et d'horizons divers ont essayé, en même temps que lui, de traduire avec leur technique, leur sensibilité ou avec une approche plus personnelle.

L'ensemble des oeuvres rassemblées montre la démarche technique de Lucien Peri : dessins, pochades, aquarelles et huiles de différentes tailles et formats, de toutes ses périodes d'activité, montrent son évolution picturale. Devant ces pièces (de quelques centimètres carrés ou de moyens et grands formats) on éprouve un sentiment d'admiration du travail accompli. De là, transparaît le sens extraordinaire de la composition qui constitue un des traits de la peinture de Lucien Peri. De cet ensemble émerge aussi cette vision de transparence et de clarté obtenue par ces coups de brosses rapides dans une matière colorée dont Lucien Peri a le secret. En fait, tout concourt dans son oeuvre peint à provoquer chez le spectateur un sentiment de pure beauté.

Aucun artiste n'a su montrer mieux que lui, par la transparence de ses aquarelles et la finesse de ses huiles, la mer, ses golfes et ses promontoires, les montagnes et collines de Corse avec leurs variantes dans les couleurs vertes, bleues, violettes. Peri illustre à merveille « l'heure violette » du crépuscule sur les montagnes aux sommets parfois enneigés, après les belles journées d'hiver, cette atmosphère et cette couleur si difficiles à saisir et, pour équilibrer la composition, un motif avec des tons clairs dans cette synthèse de la nature qu'il nous présente régulièrement, alliant harmonieusement eau, ciel et terre.

Pendant plus de vingt ans, la peinture de Lucien Peri a été en vogue à Paris et en Corse et cet artiste a été ainsi un ambassadeur remarqué de l'Ile de Beauté, y compris au delà des frontières nationales.

(Le présent ouvrage) Le catalogue, édité à l'occasion de l'exposition évoque Lucien Peri avec des éléments de biographie décrivant sa vie d'homme si attachant et d'artiste si séduisant.

Cet ouvrage présente également la manière dont les artistes de l'Ecole d'Ajaccio mais aussi les artistes bastiais et ceux installés à Paris, Marseille et en Afrique du Nord ont peint la Corse à la même période et donne un éclairage sur l'art de son temps.

Enfin, on y trouve de précieuses informations sur celui qui faisait l'unanimité par ses qualités. Homme ouvert, franc, toujours de bonne humeur, convivial, il était aussi affectueux, sensible, attentif, partageant volontiers les bons moments avec ses amis et sa famille. Lui qui, après son installation à Paris, parlait toujours de la Corse avec fierté et un soupçon de nostalgie et qui a transposé dans sa peinture sa sensibilité pour créer une oeuvre qui a dépassé son époque et rejoint l'approche des grands paysagistes de cette première moitié du XXe siècle en France.

Pierre Claude Giansily
Commissaire de l'exposition



Lucien Peri est un homme très « chic », comme on dit alors. Toujours soigné et bien habillé, portant d'élégants vêtements à la mode, il a de la prestance avec sa taille de 1,69 m. Il a aussi le goût des belles choses et dans l'Ajaccio du milieu des années vingt, il fait sensation avec sa Citroën de couleur « jaune citron » qui est la première voiture à cinq places en ville et sur laquelle se posent tous les regards.

Itinéraire de l'artiste
C'est le 3 mai 1880, qu'est né à Ajaccio Lucy, Lily Peri. Ces prénoms ont été choisis par sa mère qui voulait une fille et auxquels son père a fait ajouter « dit Lucien ».

Son père Pascal Peri, né le 17 décembre 1844 à Ajaccio, est professeur de mathématiques au collège Fesch d'Ajaccio. Il a commencé dans l'enseignement en 1866 et a occupé plusieurs postes en France et en Algérie. Il a ensuite pris part à la guerre de 1870 avant de revenir à Ajaccio. Pascal Peri s'est marié à Ajaccio, le 23 septembre 1878 avec Angèle Marie Ottavi, née le 21 juin 1845, également à Ajaccio.

Lucien Peri a un frère, Antoine, qui naît à Ajaccio le 4 novembre 1885, avec lequel il gardera des liens réguliers même si après 1928, date de son installation définitive à Paris, ils ont moins d'occasion de se voir car Antoine réside à Ajaccio où il a ses affaires et se déplace peu hors de l'île. Le 22 août 1891, Pascal Peri, qui avait des soucis de santé depuis quelques années, décède à Paris dans sa 47ème année. Malgré les difficultés, Angèle Marie veille à ce que ses deux enfants fassent de bonnes études secondaires au collège d'Ajaccio, puis au lycée de Bastia.
Lucien Peri vit les années de son enfance à Ajaccio dont il fréquente le collège. Garçon doux et agréable, il est attiré par le dessin et la peinture. Une fois ses études secondaires terminées il est vivement encouragé à faire des études supérieures et ne peut ainsi s'orienter vers des études artistiques.
C'est en 1900 qu'il commence ses études de droit à Paris. En juillet 1902, le conseil de révision de la Corse le dispense de service en sa qualité d'aîné de veuve. Il commence à peindre et réalise cette année Le vieux-port de Bastia, une huile sur toile qui est sa première oeuvre datée, recensée aujourd'hui. Il va mener jusqu'au milieu des années vingt une vie intense, rythmée notamment par ses déplacements et ses lieux de résidence alternés entre Ajaccio, Bastia, Marseille et Paris.

Les débuts d'une carrière de peintre

En 1904, Lucien Peri vit à Bastia . Au cours du mois de novembre, il expose des aquarelles dans les vitrines d'un magasin du boulevard Paoli. La critique les remarque car à vingt quatre ans il a déjà une belle réputation à Bastia et René Sangy dans Le Petit Bastiais du 12 novembre 1904 écrit :

« ….Lucien Peri est un paysagiste ému possédant le secret de la séduction ! Devant la Vallée du Fango, -devant les grands sapins sur les branches desquels se mourait du soleil épars, j'ai cherché
quant à moi, l'endroit solitaire où je me serais assis pour jouir de l'agonie lente de ce crépuscule irréel… Je m'étonne de n'avoir point lu encore un éloge sincère de toutes ces aquarelles blondes, bleues et mauves, alors qu'Emile Brandizi livrait toujours au public ses marines d'Erbalunga et de Saint-Florent et Lucien Peri poétisait sur les bords du Bevinco endormi le soir.
Et je conçois la surprise de ces deux amis, quand ils liront ces lignes hâtives. Mais Lucien Peri, afin de continuer ses études, part demain pour Paris ; et j'ai tenu à lui offrir ce témoignage de ma sympathie cordiale, avant que le succès ne le couronne, dans la ville unique où son talent mûrira… »

Lucien Peri cherche sa voie et repart sur le continent ; en octobre 1905, il réside à Marseille, rue Victor Hugo, car il est répétiteur au « Petit Lycée » de Marseille. C'est à cette époque qu'il met un terme aux études qui le destinaient au Barreau.

Il revient en Corse peu après et, en 1908, il s'installe rue du général Fiorella à Ajaccio . En mars 1909, il expose dans la vitrine du photographe Laurent Cardinali , cours Grandval, et au même moment, François Corbellini présente ses oeuvres juste à côté, dans les vitrines de Gini, le marchand de couleurs et matériel pour artistes. Ces deux expositions d'aquarelles sont commentées de belle façon dans la presse locale et un article publié dans Ajaccio Gazette du 7 mars 1909 indique :

« L'aquarelle semble être la peinture préférée des artistes ajacciens, ainsi nous est-il donné d'admirer journellement dans les vitrines de MM. Cardinali et Gini, des aquarelles exposées par le Maître M. Corbellini, dont la renommée n'est plus à faire.
« M. Corbellini aime les tonalités chaudes, et possède au plus haut degré l'harmonie des couleurs ce qui fait le véritable artiste, et la justesse du dessin.
« M. Peri, plus jeune, a un sens artistique très prononcé, ses expositions sont très remarquées. On admire surtout dans ses aquarelles la légèreté de son coup de pinceau, les coloris clairs et transparents, aux teintes variées si savamment mêlées et une promptitude de l'exécution. Nous ferons toutefois remarquer que les aquarelles de M. Peri ne sont pas toujours finies, ce qui dénote la promptitude de l'exécution et qui porte un léger préjudice à la perfection de l'oeuvre.
« M. Peri ne tardera pas à être un maître aquarelliste. »


Au début des années dix, Peri habite à Paris, rue Clovis, et travaille au lycée Henri IV. Dans la capitale il fréquente les milieux artistiques et accomplit les formalités pour présenter son travail dans un des grands Salons parisiens. Il choisit la Société Nationale des Beaux-Arts dont l'état d'esprit des membres, les valeurs esthétiques et les perspectives d'action correspondent plus à son tempérament et à sa perception du métier de peintre. La Société des Artistes français, bien plus conservatrice que la Nationale, qui rassemble essentiellement les adeptes de l'Académisme ne l'attire pas. La Société des artistes Indépendants qui regroupe des artistes ayant rompu avec « l'Académie » et qui ont des idées très novatrices, apparaissant souvent comme des provocateurs ne l'attire pas plus. En 1910, il fait son premier envoi au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts avec Le bassin du Luxembourg en automne, puis, le grand magazine L'illustration du 3 décembre 1910, reproduit une de ses aquarelles : Les falaises de Bonifacio dans un article de René Bazin intitulé « Les quatre beautés de la Corse ».

La Corse est en effet à la mode : pour la beauté de sa nature, son climat, son authenticité, son histoire et ses habitants… et aussi, ses artistes. Dans Le Figaro illustré d'octobre 1911 figure un long reportage intitulé « La Corse », par Henry Spont, qui dit à leur propos :

« Ensuite, il y a la-bas un peintre qui a dérobé une à une toutes les couleurs du ciel et de la mer et les a fixées sur la toile avec une fougue si juste, une si sobre maîtrise, que je n'ose pas après lui me risquer. Le sage et enthousiaste Corbellini possède un pinceau magique. Ses aquarelles, comme celles de Lucien Péri, semblent faites avec des gouttes de lumière… »

En 1911, Lucien Peri vit une partie de l'année à Ajaccio, cours Grandval, où il a une clientèle aisée qui apprécie son travail puis, il s'installe à Bastia et c'est dans cette ville qu'il se marie, le 2 octobre 1912, avec Marie Bartoli, fille de feu le notaire Eugène François Bartoli ; le couple habite dans un appartement de la promenade des quais.

L'année suivante, Peri effectue un séjour prolongé à Uriage-les-Bains (Isère) et dans le Dauphinois. Il réalise de nombreuses aquarelles de la région dont les quinze qui illustrent l'édition du guide du syndicat d'initiative « Le paradis des enfants » pour la saison du 25 mai au 5 octobre 1913. En janvier 1914, il adresse à l'exposition internationale des Beaux-Arts de la Principauté de Monaco, Soir de pêche aux îles Sanguinaires.

C'est le 25 juin que naît Francine, Myriam Peri à Bastia. Le couple profitera trop peu de ces moments de bonheur puisque le 2 août, le jeune papa est appelé à l'activité militaire par le décret de mobilisation du même jour ; il rejoint alors le 7ème régiment d'artillerie à pied stationné à Ajaccio, puis le 77ème régiment d'artillerie lourde, unité avec laquelle il accomplira la campagne contre l'Allemagne jusqu'à son terme. Au cours de cette longue période, il assez peu d'occasions de peindre. On a recensés trois oeuvres datées 1915 qui représentent Ajaccio et ses environs, Route de La Parata (deux) et Plaine de Capo di Feno, réalisées sans doute lors d'une permission dans sa ville natale. On a également recensé une aquarelle datée du 15 avril 1916, figurant une scène de guerre sur la commune de Mont Notre Dame, dans l'Aisne, où les combats furent particulièrement violents, qui est conservée dans un musée anglais qui en a reçu le don en 1925.

Le 21 septembre1916 survient à Paris le décès de son épouse Marie, ce qui l'affecte profondément. Sa fille Francine est confiée à une tante, la baronne Ferrand de Masson, installée à Paris. Francine grandira à Paris auprès de cette tante et son père veillera toujours, après la guerre, à se trouver près d'elle aussi souvent que possible. Le 11 novembre 1918, c'est la fin de la guerre au cours de laquelle il a souffert physiquement lors des combats et le 19 février 1919, il est « mis en congé illimité de démobilisation ». Il rejoint Paris dans un premier temps puis retourne à Ajaccio. Il gardera un certain temps des séquelles de surdité à une oreille en raison de l'intensité des tirs d'artillerie sur le front car il se trouvait dans l'artillerie lourde sur voie ferrée (ALVF).

Les années vingt : succès et notoriété

En 1920, Lucien Peri est en Corse, à Bastia, Saint-Florent,... ; il fait de nombreuses études et peint sur le motif en divers lieux du département. Puis il retourne à Paris où il fait la connaissance de Marie Lamaizière qui, comme lui est veuve, et avec laquelle il a beaucoup d'affinités ; le 13 juin de l'année suivante il se marie avec elle, à Paris. Séjours en Corse ; Lucien Peri partage à présent ses activités entre Paris et Ajaccio. Au Salon de la Nationale de 1922, il adresse Matin sur les côtes de Corse, oeuvre reproduite dans le catalogue illustré du Salon. Il passe une grande partie de l'année 1923 en Corse et fait de nombreuses sorties avec son ami Martin Baretti pour de mémorables parties de pêche ou de chasse à Campo dell'Oro ou à Sagone et dans la plaine du Liamone.

Le 30 janvier 1924, sa mère, âgée de 79 ans, décède à Ajaccio. Il ne fait pas d'envoi au Salon de la Nationale en mars et se consacre entièrement à la peinture, en Corse. L'année 1925 est particulièrement riche en réalisations et commandes : première de couverture de l'ouvrage d'Henri Ferrand Grenoble Capitale des Alpes françaises publié aux éditions J. Rey-B. Arthaud ; une de ses aquarelles, Un coin du Scudo figure en couverture du numéro de septembre de La Corse touristique. C'est la première fois que la couverture de cette revue reproduit une oeuvre d'un artiste corse. La collaboration de Peri à cette belle revue qui consacre une large place aux artistes se poursuivra pendant une quinzaine d'années. Peri illustre de trois aquarelles le conte de Noël « La rédemption de Panto », par Jean de la Parata, publié dans La Corse touristique pour son numéro spécial de décembre 1925. Cette même année, il réalise sa première pour une cité balnéaire réputée pour son architecture baroque de la fin du XIXe siècle : Royan .
La Corse touristique de janvier 1926 figure en couverture une aquarelle de Peri intitulée Les Calanches de Piana ; peu après, il présente au Salon de la Société des Beaux-Arts de Nice qui ouvre en mars, Marais de Liamone ainsi qu'une Marine, il reprend ses envois à la Nationale avec Monticello, Corse et réalise la couverture du livre de Raoul Blanchard : La Corse. Il effectue un long séjour en Corse, se rend à Zonza et peint les montagnes, Bavella, et une partie de l'extrême sud notamment la région de Porto-Vecchio.

En 1927 Peri séjourne à Ajaccio et s'installe dans la « Villa des Myrthes », sur le boulevard Madame Mère. De là, il va fréquemment peindre les merveilleux sites de la routes des Sanguinaires. En mars, il se trouve à Marseille, à l'exposition organisée par la revue U Lariciu, galerie Jouvène-Lambert et séjourne quelques temps dans la cité phocéenne, à La Valbarelle. Au cours de l'été, Peri et son épouse font un séjour en Bretagne. Ils vont à Saint-Cast, sur la Côte d'Emeraude, avec Martin Baretti qui rend visite à sa soeur Marie-Antoinette, et son beau-frère Pierre Olivaux , propriétaire de l'Hôtel Royal Bellevue de Saint-Cast (et à Paris, de l'hôtel de Nice et des Beaux-Arts). Les Peri et les Olivaux sympathisent et se retrouveront souvent à Paris et en été, à Saint-Cast où, près de là, à Huelgoat, dans la résidence bretonne des Olivaux.

Lucien Peri adresse une oeuvre intitulée Bastia Le vieux port au XXXIVème Salon de la Société des Beaux-Arts de Nice qui se tient en mars 1928. Le même mois, il participe à la deuxième édition de l'exposition organisée par la revue U Lariciu à Marseille, galerie Lambert, inaugurée en présence du préfet des Bouches-du-Rhône, Hilaire Delfini, et de Siméon Flaissières, maire de Marseille. Un article de Carulu Giovoni publié dans la revue U Lariciu du 2ème trimestre 1928 évoque :

« … C'est par des moyens tout à fait opposés que le prodigieux coloriste Lucien Peri, chasseur de mouflons et de croquis, vous accroche au passage.
« Quel secret possède l'artiste ? Nous avons vu ces jours-ci un remarquable et remarqué peintre marseillais examiner le phénomène avec une profonde attention.
« Comparez la douceur du Golfe de Porto à la puissance du Col de Bavella ; arrêtez à l'audace de ce Col de Vico, où la ferme de Matteo Falcone offres des ruines colorées sur un fond de sombres montagnes ; ensuite, arrêtez-vous à la contemplation de cet Etang du Taravu, où des roseaux se mirent dans le miroir glacé de l'eau dormante ; ces paysages s'implanteront dans votre mémoire et vous poursuivront dans vos rêveries.
« Et ne laissez pas de vous faire montrer un Baptême du feu aux somptueuses couleurs. »

Comme preuve de la reconnaissance de la qualité du travail de Peri, intervient cette année 1928 le premier achat par l'Etat d'une de ses oeuvres intitulée Col de Bavella, Corse. Les succès s'enchaînent avec une exposition remarquée à Grenoble, puis la commande de l'affiche d'Evian-les-Bains (où une plage a été aménagée sur le bord du lac), station qui connaît alors un très grand succès. L'affiche de Peri montre ce lieu sous son plus bel aspect et adopte ses thèmes favoris : l'eau et ses jeux de reflets, les arbres. Peri séjourne dans le Dauphinois et à Aix-les-Bains.

C'est par Nancy, femme de Martin Baretti (qui est anglaise) et par la soeur de Martin, Lina Baretti (créatrice de bijoux de mode réputée à Paris et à Londres qui travaille pour les grands couturiers Coco Chanel, Cristobal Balenciaga, Elsa Schiaparelli, Maggy Rouff), que Lucien Peri est mis en relation avec les milieux artistiques anglais : musées, galeries, éditeurs d'art, collectionneurs. Ainsi, sa peinture sera appréciée de l'autre côté de la Manche et dès 1929, il présente à une grande exposition à Londres une de ses oeuvres représentant une marine de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio qui figure sur la couverture du catalogue de cette exposition organisée par la Royal Academy.

En janvier 1929, Peri expose à la galerie parisienne Georges Petit, rue de Sèze. Cette galerie présente des peintres de renommé internationale ainsi que des peintres régionaux et provençaux en particulier comme Jean-Baptiste Olive, Paul Saïn, Louis Bonamici, André Strauss, Louis Soull'ard ou Paul de Lassence, qui ont beaucoup représenté la Corse dans les années 1910-1930.

Le grand critique d'art Arsène Alexandre écrit à propos de cette exposition dans Le Figaro du 4 janvier 1929 :
« Le temps est déjà lointain où le regretté Milcendeau, poussé par son instinct, instinct d'art et d'humanité, quittait un jour sa Vendée et s'installait à Bastelica, nous envoyant des études de moeurs profondes et puissantes, avec des lettres enthousiastes sur la beauté de l'île et sur la grandeur simple des habitants qui le logeaient.
« A ce moment, les peintres ignoraient la Corse. Ils l'ont ignorée jusqu'à ces temps derniers. Aujourd'hui, elle est aussi visitée, aussi étudiée que le Maroc lui-même. Le mouvement que Milcendeau, et un peu plus tard Dionisi lui-même avaient souhaité déterminer devient d'une fécondité remarquable. Il est naturel que nous portions notre attention sur quelques uns des artistes autochtones. Récemment nous signalions M. Jean Darna chez Georges Petit.
« Voici aujourd'hui à la même galerie M. Lucien Péri. Celui-ci a pensé, et il nous semble qu'il a fait preuve de finesse et de justesse, que la Corse, si elle est saisissante dans ses aspects dramatiques, vénérable dans ses vieilles moeurs, a aussi une limpidité, une caresse qu'il faut tâcher de rendre sans recourir aux virtuosités d'un soit-disant impressionnisme. Ce sont ces qualités que l'on appréciera. »

Les années trente : la grande vogue de Lucien Peri

Lucien Peri, qui reçoit de nombreuses commandes a besoin d'un grand atelier, et c'est au cours de l'année 1930 qu'il découvre le logement correspondant à ses souhaits. Il s'installe au 44 de la rue Laugier, dans le 17ème arrondissement de Paris, dans un petit immeuble et occupe un vaste appartement avec un atelier de plus de cent mètres carrés avec verrière au dessus et tout autour (assurément le plus bel atelier qu'il ait possédé jusqu'alors) où il peut réaliser de très grands formats, répondant ainsi aux commandes qui lui sont faites. Comme il en a l'habitude, en grand amateur de la nature, il consacre de longs moments à la marche et va au Bois de Boulogne, tout proche, accompagné de son setter irlandais.

Au cours de cette même année 1930, Peri réalise la première de couverture de L'escadron blanc de Joseph Peyré (prix de la Renaissance en 1931) et l'Etat lui achète Marais de Biguglia, oeuvre qui sera déposée à la mairie de Condé-sur-l'Escaut où elle se trouve actuellement. Peri se rendra peu après dans cette région du Nord de la France et il peint des paysages du canal de la Deule : péniches, arbres et reflets sur l'eau, tout à fait dans son registre habituel.

Lucien Peri affectionne également la Sologne car, étant installé à Paris, il lui est facile de s'y rendre et tout au long des années trente, il y va régulièrement. Ces séjours sont pour lui l'occasion d'allier le plaisir de peindre les paysages des rivières, marais, étangs et leurs jeux de reflets et de lumière, avec le plaisir de chasser. Il possède d'ailleurs à cette époque des actions dans une société de chasse de La Motte-Beuvron dans le Loir et Cher. Il évoque souvent auprès de son entourage ce petit village et ses environs qu'il affectionne plus particulièrement et où il retrouve les sensations de pureté et d'étendue de la nature qu'il aime tant et qui lui rappellent la Corse où il se rend à présent à des intervalles plus espacés. Parmi les autres lieux de Sologne qui l'ont inspiré : Saint-Viâtre, Marcilly, Chalès.

Une importante fresque lui est commandée pour le pavillon des Missions à l'exposition coloniale de Vincennes de 1931. L'audience de Peri s'amplifie et, au début des années trente, il produit des lithographies chez l'éditeur Braun. Un peu plus tard, il signe un contrat avec une galerie de Bristol et avec l'éditeur Frost et Reed Fine Art, associé à la Société Rudolf Lesch Fine Arts de Londres et New York. Il se rend ainsi régulièrement à Bristol pour y signer ses lithographies qui sont diffusées notamment en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Australie, Nouvelle Zélande, Argentine…. Au Salon de la Nationale de 1932, il présente Le quai de l'arsenal (Paris) et Paysage, Environs de Porto-Vecchio, oeuvre de très grande taille à rapprocher de son précédent envoi de Londres.

En 1933, Peri est nommé sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts Ainsi, ses oeuvres sont admises automatiquement aux Salons sans être examinées préalablement par le jury. Il présente cette année Etang d'Araso (Corse), oeuvre saluée unanimement par la presse parisienne relayée par la presse insulaire et on peut lire dans la revue U Lariciu du 2ème trimestre 1933 :

« Notre sympathique concitoyen, M. Lucien Peri, vient de recevoir la consécration d'une carrière d'artiste aux dons multiples à qui le public a depuis longtemps rendu hommage et à qui manquait seul le témoignage de ses pairs.
« Le tableau qu'il vient d'exposer au Salon de 1933, l'Etang d'Araso (Corse), dont toute la presse parisienne a reconnu les mérites exceptionnels, vient de lui valoir la suprême récompense : Lucien Peri vient d'être nommé sociétaire et membre du jury.
« Nos lecteurs n'ont pas oublié que son affiche sur la Corse, commandée par l'Essitac, a remporté le premier prix au concours organisé par la Foire de Paris.
« Nous adressons à Lucien Peri, avec l'Essitac, nos très sincères félicitations. »
Cette affiche est incontestablement une réussite remarquable tant sur le plan esthétique que commercial. La Corse, affiche pour l'ESSITAC, est une belle affiche pour la promotion de la Corse, spécialement réalisée par un des meilleurs artistes corses du moment. Elle connaîtra une très grande diffusion pour l'époque, à la fois par l'ESSITAC puis par la PLM bien que son nom ne figure pas sur l'affiche et par la compagnie de navigation Fraissinet ; cinq mille autres exemplaires seront diffusés auprès d'autres collectivités de France ou de l'étranger.

En 1934, l'Etat achète à Peri Fiume d'Oso, oeuvre présentée au Salon de la Nationale de cette même année ; dans la foulée, il signe un contrat avec un des plus grandes galeries parisiennes, la galerie Borghèse, située au numéro 35 de l'avenue des Champs Elysées, où il expose en permanence en compagnie d'autres artistes de renom comme Raoul Dufy ou Guirand de Scevola. Peri produit alors beaucoup et ses paysages, petits et grands formats, de Bretagne : Côte d'Emeraude et Brière, de Sologne et de Corse ont un succès considérable. C'est l'époque de la grande vogue de Lucien Peri.

Au printemps 1935, Lucien Peri obtient la consécration de sa carrière avec une médaille d'or au Salon de la Nationale où il expose une oeuvre de Bretagne et quatre de Corse dont Les lavandières de Porticcio qui est reproduite dans l'Illustration du 11 mai 1935. Le même sujet est également reproduit en lithographie par Frost & Reed et diffusée jusqu'en Australie, où elle est vendue par la célèbre Notanda Gallery de Sydney. Au cours de l'été, il effectue avec son épouse un long voyage en Bretagne avec Pierre Olivaux et sa femme. Ce périple les mène au Cap Fréhel, à Saint-Briac et, plus vers l'ouest et le sud, à Pont-Aven, Concarneau,.. Peri découvre la Brière et ses paysages d'une grande diversité avec ses marais, chaumières, bateaux…, dans lesquels il puisera son inspiration au cours des années suivantes.

En juillet 1936 est publié l'ouvrage de Lorenzi de Bradi Corse pour lequel Peri réalise la couverture présentant une vue plongeante sur Ajaccio, prise tout près de la bergerie du mont Cacalo, ainsi que, pour son édition spéciale, six autres aquarelles d'une grande finesse présentant des lieux qu'il traite peu habituellement, comme Bonifacio ou Calvi, et des sujets familiers avec ces vallées ou rivières aux tons jaunes et violets tout en nuances. L'Illustration du 11 juillet 1936 consacre un article à cet ouvrage avec une reproduction du Vieux port de Bastia. Peri présente au Salon de la Nationale cinq oeuvres (appartenant à la galerie Borghèse) dont Les eucalyptus, oeuvre reproduite au catalogue illustré du Salon, photographiée par François Vizzavona, photographe officiel des Salons et de nombreuses institutions comme l'Académie de France à Rome, le syndicat de la propriété artistique, ou les ministères de l'industrie et des Beaux-Arts.

Pour l'exposition internationale de Paris de 1937, dont le pavillon de la Corse est inauguré (avec retard) le 29 septembre par le colonel Fontana, président du comité , un diorama est
présenté à l'intérieur du bâtiment. Pour ce diorama très remarqué les organisateurs ont fait appel aux deux artistes corses les plus célèbres de la capitale : Lucien Peri et Léon Canniccioni. Un article publié dans la presse corse de novembre 1937 donne ces commentaires :
« …Comment alors ne pas aller vers cette île unique, cette perle ajoutée à la couronne de France comme dirait Sacha Guitry, cette île de Beauté et de Santé, où des paysages uniques ont gardé intacts leurs moeurs, et leurs coutumes légendaires… »
« Et quelle diversité entre la côte Orientale basse et marécageuse et la côte Occidentale, découpée en Calanques inoubliables, en baies rocheuses aux grandes échancrures comme les golfes d'Ajaccio, de Sagone, et de Porto ; du reste un remarquable diorama dû au pinceau des Maîtres Corses Peri et Canniccioni nous transporte aux rivages du golfe de Porto, où dans une lumière intense, les regards éblouis vont de la mer profonde aux cimes neigeuses du Monte Rotondo et on ne sait ce qui vous attire le plus de ces lointains merveilleux dont on ne peut plus détacher les yeux, ou de ce golfe ravissant aux eaux si bleues et aux rochers si fauves ? »

Au Salon de la Nationale de 1938, Peri adresse Serra di Ferro (oeuvre reproduite en carte postale) puis, le ministère des Beaux-Arts, qui lui en avait passé commande, lui achète Paysage corse, une huile de très grand format qui ira orner les salons de la préfecture de Seine-et-Marne. Il réalise par ailleurs l'affiche Cannes pour la Société PLM, exercice difficile pour les affichistes, dont il s'acquitte avec son brio habituel rendant bien les différents plans et lui donnant sa touche personnelle. A la fin de l'année, il quitte la galerie Borghèse et signe un contrat avec la galerie des Champs-Élysées, installée au 79, Champs Elysées où il exposera jusqu'en 1948. Peri possède avec Jean-Gabriel Domergue des parts dans cette galerie; leurs noms figurent en lettres de néons sur la façade car leurs oeuvres y sont présentées en permanence avec celles de quelques autres artistes de premier plan. C'est dans la vitrine de cette galerie que les passants pourront voir certains des grands formats de Peri aux tonalités si caractéristiques commentés régulièrement par la presse parisienne.

Les années quarante : poursuite de l'action créatrice

L'entrée en guerre oblige en 1939 Lucien Peri à trouver des solutions d'attente pour son travail et ses relations avec son galeriste s'en trouvent modifiées. Il ne fait pas d'envoi au Salon cette année ni l'année suivante. Il quitte Paris à la fin de 1939 et séjourne à Auch, dans le Gers, où sa femme le rejoint. En juin 1940, il obtient un contrat et occupe un emploi de contrôleur au service des réfugiés de la préfecture du Gers dont le préfet Eugène Bosc, est une de ses connaissances corses. A l'occasion de ce séjour dans la région, Peri et son épouse se rendent dans les Landes et dans les Pyrénées, vers Amélie-les-Bains, où sa femme a de la famille. A l'automne 1940, son épouse est à Saint-Léger sur Dheune, en Saône et Loire, où il se rend à plusieurs reprises ; il met à profit ces brefs séjours pour peindre Saint-Léger et ses environs. Loin de Paris et de sa clientèle, Lucien Peri décide en 1941 de quitter la Bourgogne, de retourner près de la capitale et il loue une maison à Boulogne-Billancourt ; il retrouve ses habitudes, travaillant avec toujours autant de méthode et de volonté ; il retrouve aussi une partie de ses fréquentations et amis.

Depuis 1940, et pour quelques années, les Salons de la Nationale et des Artistes français sont réunis et se tiennent au Palais de Tokyo. Cette année 1941, Peri fait l'envoi de trois oeuvres au Salon : deux de Corse et une de Sologne et en 1942, il adresse cinq oeuvres : deux de Corse et trois de Sologne. Un article de Pierre Malo, « Salon 42 », publié dans la presse parisienne de mars 1942 indique :

« Lucien Peri expose cinq toiles d'une composition harmonieuse qui évoquent les enchantements de l'eau, du ciel et des arbres. Les paysages de Corse et de Sologne, baignés de rêve, ont été reproduits par un pinceau infaillible. La virtuosité de l'artiste s'ajoute ici, sans lui nuire, à la poésie du décor. »

En février-Mars 1942, les bombardements sur Paris et sa banlieue entraînent un nouveau déménagement du couple qui va habiter une grande maison à Rambouillet. Peri retrouve alors des endroits qu'il connaît bien et peint les lieux avoisinants : forêts, lacs et étangs, comme « l'étang du Coupe-Gorge » ainsi que les étangs de Hollande. A Rambouillet où la fin de l'hiver est rude, il peint des paysages sous la neige dont les contrastes de couleurs l'enchantent. Parmi ses visiteurs du dimanche, sa nièce Madeleine (Mimi), la fille de son frère Antoine, et son mari Marcel Jégou ; ils déjeunent au restaurant de la Gerbe d'or et évoquent la Corse et toutes sortes de sujets. L'année suivante, le couple s'installe rue Berteaux-Dumas à Neuilly-sur-Seine. Peri adresse cinq oeuvres au Salon figurant la Corse, la Sologne et la Brière. En février 1944, une de ses oeuvres, Nonza, est reproduite dans le programme du 1er Grand gala organisé et présenté par Tino Rossi. Cette manifestation est donnée le 2 février à la Grande Salle Pleyel à Paris, au bénéfice des prisonniers de guerre corses. En mars, Peri est présent au Palais de Tokyo, le jour de l'inauguration du Salon où il adresse cinq oeuvres dont deux de Corse : Maquis à Porto au printemps et Aleria,.

Peu après la libération, Lucien Peri et son épouse retrouvent à Paris leur appartement de la rue Laugier. Il adresse cinq tableaux au Salon de la Nationale de 1945 représentant la Bretagne, les Landes et la Corse avec Taravo (fleuve qui coule près de Pila Canale). Cette même année, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur au titre des Beaux-Arts, preuve s'il en est de la considération donnée à l'ensemble de son oeuvre peint et aux qualités de l'homme et de l'artiste.

Lucien Peri effectue en 1946 le dernier envoi de sa carrière au Salon avec trois oeuvres dont Lavo Santo (Corse), puis les derniers jours de décembre, il effectue ce qui sera son dernier voyage en Corse. Il arrive avec son épouse à Ajaccio où il retrouve son frère Antoine et sa famille ainsi que Martin Baretti et de nombreux amis ajacciens. La presse locale signale peu après sa présence à Ajaccio et rappelle ses qualités de peintre paysagiste corse de grande renommée et d'homme à la personnalité attachante. Ainsi, Le Patriote, du 7 janvier 1947 indique :

« Nous éprouvons une joie réelle à signaler l'arrivée dans notre ville d'un vieil ajaccien, Lucien Peri, venu se reposer dans les douceurs de notre climat, en même temps que revivre les journées ensoleillées qui ont inspiré son grand talent.
« Qui n'a admiré, à une époque déjà lointaine, les premières aquarelles qui enrichissaient les vitrines ajacciennes et nos intérieurs familiaux.
« Puis son art s'affirma et sa vocation l'enleva à sa ville natale pour le porter au sommet d'une carrière qu'il a parcourue avec une modestie et une simplicité des plus attachantes.
« Dans les milieux artistiques de la capitale, où sa personnalité n'a pas tardé à marquer sa place, il s'est élevé par le seul mérite de son talent. C'est ainsi que Lucien Peri dont la signature confère aujourd'hui à ses tableaux une réelle autorité a été successivement exposant aux divers salons de Paris, puis Grand Prix, membre du jury, et enfin, nommé chevalier de la Légion d'Honneur au titre des Beaux-Arts.
« …Lucien Peri est un paysagiste -évocateur des eaux calmes et stagnantes- des sites dont la douceur infinie exprime tout ce que la nature renferme de constant et d'immuable.
« …Notre distingué concitoyen est au surplus demeuré le plus délicat des amis, d'une affabilité toute cordiale et pleine d'une indulgente bonhomie. Nous lui souhaitons ainsi qu'à Madame Peri un agréable séjour en Corse, et nous lui présentons nos compliments affectueux. »

Le début de l'année 1947 se passe en Corse, à Ajaccio et sa région, à Vizzavona et Peri savoure ses retrouvailles avec son île. En février, il est de retour sur le continent pour un séjour de près de trois mois à Huelgoat, chez les Olivaux ; il souffre de problèmes de tension et rejoint Paris en mai. Le 7 mai, il adresse sa dernière lettre à Martin Baretti, où il lui donne des détails sur des envois d'oeuvres et fait part de ses récents problèmes de santé. En mai 1948, les Peri et les Baretti se rencontrent à Paris ; dernière occasion pour Lucien et Martin de parler peinture et de la Corse, et d'évoquer les bons moments passés ensemble, dont certains remontent à si loin.

Le 28 juillet 1948 intervient le décès de Lucien Peri à son domicile parisien. Il est enterré peu après au Creuzot, où il repose auprès de sa femme, décédée en 1960. La même année son éditeur anglais publie deux lithographies intitulées Still Waters et San Cipriano, derniers hommages de l'artiste à cette nature qu'il a toujours aimée avec force