Collectivité Territoriale de Corse

La feuille de route du tourisme en Corse

Lundi 26 Septembre 2011

Séance publique du 6 octobre 2011 : Vanina Pieri, Présidente de l'Agence du tourisme de la Corse, présente les grandes orientations du tourisme corse à l'horizon 2014



Une politique touristique ambitieuse et responsable

Vanina Pieri, Présidente de l'ATC
Vanina Pieri, Présidente de l'ATC
Le tourisme est un fait de société. Les industries du tourisme, du voyage et des loisirs tiennent à présent une part prépondérante dans l’économie mondiale et sont les plus dynamiques en termes de croissance, d’échanges, de créations d’emploi et d’activités. Elles peuvent être également soumises aux aléas de l’actualité.

Mais, si le développement du tourisme a permis l’accès du plus grand nombre, notamment grâce aux congés payés, à ce qui était un luxe auparavant, ses excès, principalement sous la pression du tourisme de masse uniformisé, l’ont fait devenir et percevoir comme destructeur d’harmonie sociale, de culture, d’environnement et d’identité. Ce temps là est terminé. Aujourd’hui, si la question de l’existence du tourisme qui représente plus du tiers du commerce mondial des services ne se pose plus au niveau économique, elle est remplacée par celle de son acceptabilité par les populations et les territoires.

L’évolution des sociétés,la prise de conscience environnementale et l’élévation générale des niveaux de vie et d’éducation demandent en effet de repenser le tourisme sur de nouveaux modes de consommation et de nouveaux critères qualitatifs basés sur le développement social, la valorisation des cultures et la préservation de l’environnement.

La Corse à la recherche du moteur de son développement et dont les ressources touristiques sont universellement reconnues et encore préservées ne peut qu’inscrire son tourisme dans cette logique de développement durable qui est au cœur de notre volonté politique. Ce qui suppose du temps, de la pédagogie, une vision globale sur le long terme et une approche transversale et structurée des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.

Depuis plus de 50 ans, la production de textes concernant le devenir du tourisme en Corse se caractérise par la profusion d’avis souvent contradictoires. Avec en filigrane, une éternelle question revenant de manière lancinante : Quel tourisme pour la Corse ?

Nous voulons nous inscrire en rupture avec cette tradition du « mal nécessaire » et d’une certaine forme de pensée unique qui a amené la Corse à vivre l’activité touristique sur les seuls modes du constat et de l’incantation, où la seule règle était celle du marché, portant en son sein ces mécanismes de dérégulation.

Bien au contraire, une politique touristique cohérente et maîtrisée doit s’appuyer sur une volonté politique forte et audacieuse. Les nombreuses rencontres et réunions organisées sur le terrain avec tous les acteurs ont clairement démontré que cette volonté était non seulement collectivement partagée mais attendue avec impatience.

Il nous faudra également briser certains tabous et nous affranchir de positions trop idéologiques à l’égard de propositions indispensables à la production d’un tourisme moderne et concurrentiel de qualité, en phase avec les réalités de son temps.

Un tourisme pour la Corse

Les Corses ont conservé un sentiment ambivalent sur « leur » tourisme : le vécu d’un développement anarchique et sans cohérence produit par une activité subie comme une fatalité saisonnière, avec parallèlement, malgré le sentiment d’un énorme gâchis de nos potentialités, l’impression positive d’avoir échappés, pour le moment, aux dérives irrattrapables qui mettraient en péril leur mode de vie, leur identité et leur environnement. Le développement non maitrisé du tourisme peut conduire à la perte d’accès à la terre, aux ressources et aux sites fréquentés par la population locale.

Ce paradoxe porte en lui une qualité exceptionnelle. Il permet aujourd’hui à la Corse de faire partie du cercle très restreint et envié des destinations privilégiées où tout reste possible. Le pire comme le meilleur. Il est impératif de saisir cette opportunité unique en faisant le bon choix, celui d’un développement maitrisé préservant et valorisant nos ressources naturelles, culturelles et humaines. Nous proposons à la Corse le choix d’un tourisme durable et responsable, celui d’un tourisme éthique, en un mot, un choix de société.

C’est dans cette logique que l’Agence du tourisme de la Corse compte inscrire son action en cohérence avec la politique globale de la CTC et conformément à ses missions qui sont l’observation de l’activité touristique, le développement de l’offre, la promotion de la destination et la coordination des acteurs.

En d’autres termes, construire une politique touristique ambitieuse, appuyée par une stratégie cohérente et avec des moyens à la hauteur de ces ambitions et des enjeux pour la Corse.

Cette politique doit affirmer par l’action, le positionnement volontariste de la Corse comme laboratoire et terre d’excellence en Méditerranée.

Nous avons la chance de bénéficier aujourd’hui d’un potentiel humain exceptionnel tant sur les plans professionnel qu’intellectuel, désireux de s’investir et d’entreprendre dans l’île et pour qui le développement de ce tourisme de qualité, moderne et responsable est la meilleure manière de valoriser nos atouts. Et toutes les formes de tourisme peuvent et doivent y participer, du plus populaire au haut de gamme car sans la mobilisation de tous les acteurs il sera impossible d’avancer. Ce qui fait la richesse de notre offre, c’est bien sa diversité. L’enjeu est donc de tisser des liens, de jeter des passerelles pour rendre l’offre touristique régionale lisible et complémentaire et non plus en opposition.

Nous avons la chance de bénéficier aujourd’hui d’un potentiel humain exceptionnel tant sur les plans professionnel qu’intellectuel, désireux de s’investir et d’entreprendre dans l’île et pour qui le développement de ce tourisme de qualité, moderne et responsable est la meilleure manière de valoriser nos atouts. Et toutes les formes de tourisme peuvent et doivent y participer, du plus populaire au haut de gamme car sans la mobilisation de tous les acteurs il sera impossible d’avancer. Ce qui fait la richesse de notre offre, c’est bien sa diversité. L’enjeu est donc de tisser des liens, de jeter des passerelles pour rendre l’offre touristique régionale lisible et complémentaire et non plus en opposition.

Nous avons également la chance d’avoir un outil statutaire opérationnel nous permettant d’affirmer notre volonté politique de mener à bien cet ambitieux chantier qui ne peut s’inscrire que dans la durée. Nous n’en sommes qu’aux fondations.

L’important aujourd’hui est donc d’impulser une méthode nouvelle qui nous amènera à totalement reconfigurer l’organisation régionale actuelle pour la rendre plus opérationnelle et en s’appuyant sur une gouvernance participative. Les décisions prises et imposées loin des réalités du terrain ont toujours fait la preuve de leur inefficacité.

Cette méthode impose que nous œuvrions collectivement pour construire ce tourisme durable, respectueux de notre environnement et de notre identité, en produisant des richesses pérennes partagées par tous et sur tout le territoire. Il est impératif que chacun comprenne, et à tous les niveaux de responsabilité, que sans production de richesses il ne peut exister de développement social harmonieux et de partage possible. Tous les éléments évoqués dans cette feuille de route doivent permettre au tourisme d’y contribuer comme moteur d’une économie dynamique et régulée.

Un tourisme construit collectivement

Le tourisme ne pourra en effet s’inscrire dans une logique de développement durable que s’il échappe à la mono-fonctionnalité économique, le « tout tourisme », et qu’il produit un effet de levier sur tous les autres secteurs de l’activité insulaire.

Ce document à l’horizon 2014 n’a aucune prétention à l’exhaustivité, il définit les grands axes stratégiques qui guideront notre action en balayant le possible des différents champs prioritaires d’intervention. Il se nourrira au fil du temps des contributions des professionnels, des élus et des représentants de tous les organismes des secteurs d’activité concernés autour de 7 grands chantiers :
  1. Structurer l’offre touristique au niveau régional
  2. Favoriser le rapprochement entre l’agriculture et l’activité touristique
  3. Rééquilibrer les flux et jouer la complémentarité des territoires
  4. Construire une stratégie promotionnelle partagée
  5. Instaurer une fiscalité du tourisme
  6. Répondre aux besoins en formation et favoriser les échanges de savoir-faire avec l’espace méditerranéen
  7. Favoriser les partenariats et coordonner les acteurs.

Depuis plus d’un an, un certain nombre d’actions ont déjà été engagées dans ce sens afin d’impulser rapidement la dynamique nécessaire à nos orientations :

- La signature d’une 1ère série de conventions avec les Offices de tourisme, les professionnels, l’Université de Corse et Atout France sur un contrat de destination

- Un plan d’actions de promotion concerté et validé par les acteurs qui tient compte des axes stratégiques énoncés (rééquilibrage des flux, étalement de saison, diversification de la clientèle, logique marketing),
  • capable de répondre aux besoins en ingénierie avec un nouveau positionnement davantage axé sur une présence importante sur le terrain et un rôle d’accompagnement beaucoup plus prégnant
  • prônant un management basé sur des valeurs (service public, autonomie, responsabilisation, esprit d’équipe) et intégrant une définition d’objectifs et une logique d’évaluation
- Un partenariat étroit avec l’Office des transports (OTC), l’Office de l’environnement (OEC), l’Office du développement agricole et rural (ODARC), l’Agence de développement économique (ADEC).

- L’organisation d’un séminaire de travail préparant la rédaction d’un livre blanc du tourisme -qui servira de contribution au PADDUC,

- Une refonte de la ligne éditoriale et du règlement des aides pour rendre notre action cohérente,

- La définition et la mise en œuvre du nouveau classement des structures d’hébergement, des Offices du tourisme et des stations, et destiné à accélérer leur montée en qualité.

Une nouvelle organisation interne 

La bonne gestion du développement durable d’une destination touristique est un processus complexe impliquant le secteur privé comme moteur principal, tous les niveaux de gouvernance, un bon nombre d’organismes publics ainsi que les groupes d’intérêt des résidents. Mais sans une impulsion forte et soutenue de la puissance publique, il serait difficile en Corse de mettre toutes ces forces en mouvement. L’Agence du tourisme de la Corse se propose d’être le coordonateur et l’animateur de cette volonté de changement.

Un tourisme construit collectivement

Il convient dès à présent de mettre en face de ces propositions des actions concrètes permettant de les installer dans les faits et dans le temps.

Une destination touristique concurrentielle est un ensemble d’attractions, d’équipements, d’infrastructures, d’installations, d’entreprises, de ressources et d’initiatives dont la bonne combinaison offre aux touristes les produits et les expériences qu’ils recherchent et à la population locale les retombées économiques qu’elle est en droit d’en attendre. Le tourisme insulaire doit prendre conscience des potentialités réelles du territoire, potentialités jusqu’alors laissées à la seule appréciation du marché. Au 1er rang de ses potentialités figurent l’agriculture, avec la richesse de sa production, et le patrimoine vivant, dont il faut poursuivre la valorisation.

grandes_orientations_du_tourisme_corse_a_l_horizon_2014.pdf Grandes orientations du tourisme corse à l’horizon 2014.pdf  (208.4 Ko)


Un tourisme producteur

Mettre l’économie du tourisme au cœur de l’économie insulaire, passe en priorité par un rapprochement des secteurs touristiques et agricoles qui sont les activités principales de la Corse. Tourisme et agriculture sont indissociables. Il ne peut exister de tourisme durable sans les hommes qui travaillent sur leur terre et sans une reconnaissance et une valorisation des produits locaux, des traditions et des savoirs faire qui font partie intégrante de l’identité et de l’attractivité d’un territoire. La Corse forte d’une vieille civilisation agropastorale et dont certains produits sont caractéristiques d’une forte identité, réduite souvent à l’état de folklore, a toutes les qualités pour réussir cette complémentarité. Pourtant, Il est unanimement reconnu que le tourisme en Corse tel qu’il a été pratiqué depuis des années n’a pratiquement pas eu d’effets positifs d’entrainement sur l’agriculture.

La réponse réside pour une part dans la soudaineté d’un essor touristique inorganisé qui explique la difficulté pour les professionnels corses à répondre en termes de production à une demande diversifiée et massive concentrée dans le temps. La conséquence en a été l’accroissement considérable des importations de denrées de bases et de produits standardisés favorisés par le développement rapide de la grande distribution au détriment des productions identitaires locales. Le tourisme, s’il a permis un développement général de la consommation, n’a donc pas entraîné d’augmentation notable de la production agricole qui reste soit marginale par rapport aux besoins, soit sous-utilisée, voire dévalorisée dans sa qualité.

D’autre part, les activités agricoles sont encore trop souvent perçues comme une nuisance pour le tourisme et réciproquement le développement touristique est ressenti par les agriculteurs comme une entrave à leurs activités d’autant plus que tourisme et agriculture sont en compétition en matière d’occupation de l’espace avec de très fortes pressions sur le foncier agricole.

Aujourd’hui, il est impératif et urgent d’inverser cette tendance et de saisir l’opportunité touristique comme un levier favorisant la pérennité des exploitations agricoles par l’assurance d’un débouché pour des productions locales de qualité et la création d’activités complémentaires.

L’ATC propose d’engager immédiatement une réflexion stratégique avec les acteurs des différentes professions afin d’appréhender tous les paramètres sociaux, économiques et touristiques nécessaires à la mise en œuvre de cette priorité. Elle devra être force de propositions concrètes et innovantes et favoriser la mise en synergie des moyens propres à chaque organisme concerné.

Un tourisme riche de son patrimoine vivant

Si ce patrimoine naturel de la Corse, bien que très mal exploité, est une de ses principales sources de réputation et d’attractivité, son patrimoine vivant, lui, est encore insuffisamment mis en valeur en termes de destination. Le patrimoine archéologique et historique en fait partie et peut être lui aussi considéré comme le symbole d’une occasion manquée faute d’une impulsion forte donnée par la puissance publique pour en faciliter les conditions d’exploitation.

Ce patrimoine est devenu partout dans le monde et principalement en Méditerranée un produit incontournable de l’éco-tourisme et du tourisme de connaissance. Ce patrimoine contribue fortement à l’attractivité d’un pays ou d’un territoire souvent même sous forme de vitrine dans les actions de communication. C’est une forme de tourisme international très concurrentiel et de haute qualité qui doit concilier protection des sites, recherches archéologiques et exploitation économique intégrée. Elle doit également satisfaire à des critères de rentabilité par le recours à des techniques modernes d’organisation, de gestion et de promotion avec notamment l’utilisation des technologies interactives du multimédia et de la communication.

La Corse a la chance de posséder de nombreux sites archéologiques, préhistoriques ou antiques uniques et de qualité, attestant de la richesse de son histoire et de son identité déjà mise en valeur dans les musées. Ce sont autant de centres d’intérêt touristique majeurs en grande partie en zone rurale et souvent difficile d’accès qu’il est indispensable d’intégrer de manière rationnelle dans un plan d’ensemble de valorisation de cette ressource. Pour devenir une destination attrayante pour les touristes et augmenter sa fréquentation un site doit offrir en effet toute une gamme de services et d’infrastructures et bénéficier d’une promotion commerciale efficace susceptible d’entrainer le développement d’une économie locale animée par des entrepreneurs privés, de manière pérenne et tout au long de l’année. Les agriculteurs pourraient en être souvent les premiers bénéficiaires. Cette valorisation est rendu difficile par une trop grande complexité administrative. Il faut donc engager une réflexion approfondie associant universitaires, gestionnaires des sites, organismes compétents et collectivités locales. L’ATC se propose d’être à l’initiative de cette concertation en amont, indispensable à l’organisation de ce secteur, à sa protection et à sa promotion.

Un agro-tourisme identitaire

A travers un agro-tourisme original et adapté à nos spécificités, les terroirs corses forts de leur identité doivent devenir de véritables facteurs de différenciation et d’attractivité de la destination. Seule cette association permettra de favoriser un étalement de la fréquentation sur l’année et le développement d’un tourisme différent, non exclusivement axé sur le balnéaire mais bien sur la complémentarité entre les territoires en valorisant, notamment, l’art de vivre et les produits du terroir. La gastronomie en fait intégralement partie. C’est pourquoi le développement de l’agritourisme et de l’œnotourisme, y compris dans leur variante haute gamme, doivent faire l’objet d’une attention et d’un soutien particulier propres à favoriser les initiatives. L’ATC engagera donc dans le respect de ses compétences, des études spécifiques sur ces secteurs afin de permettre leur structuration et leur mise en marché.

L’objectif final est de concevoir l’agriculture comme une activité indispensable au développement d’un tourisme de qualité et le tourisme comme une activité indispensable au maintien et à l’installation des agriculteurs sur leurs terres. Parmi toutes les activités susceptibles de porter un agritourisme valorisant nos ressources, le golf, facteur d’étalement de saison, en fait naturellement partie. Cet exemple est emblématique de toutes les appréhensions et frilosités insulaires et mérite à ce titre un développement particulier. Paradoxalement, ce « blocage » insulaire aura permis d’éviter tous les excès et permettrait de faire aujourd’hui de la Corse une destination golfique originale et appréciée.

Il peut paraitre infondé de placer le golf comme un des éléments d’un agritourisme attractif et de qualité. Ce serait oublier que le golf à l’origine a été inventé par des bergers qui ont su en faire un des éléments essentiels du développement économique de leur territoire. Le modèle écossais peut être donné en exemple par l’imbrication réussie du golf dans l’environnement et l’économie traditionnelle d’un pays à forte identité et où la majorité des terrains ont toujours conservé leur vocation agricole première, (exploitation, entretien, pacage des animaux) et agritouristique (hébergement, restauration, gastronomie, valorisation de l’artisanat et des produits locaux).

Le golf en Corse est encore victime de clichés réducteurs, bien loin de sa philosophie d’origine. Cette activité sportive de plein air et de loisir vert est devenue l’une des plus pratiquée dans le monde avec plus de 65 millions de pratiquants et connait une croissance importante soutenue par sa médiatisation et une recherche générale d‘harmonie avec la nature. La pratique golfique correspond à un réel marché en développement pour la Corse, notamment auprès d’une clientèle nord européenne importante, à la recherche de nature et de produits naturels, présentant de surcroît l’avantage de participer à l’étalement des séjours sur toutes les saisons y compris l’hiver.

Le golf peut être considéré comme un produit d’appel touristique à forte valeur ajoutée en termes de destination et comme une source de création d’activités complémentaires agritouristiques sur le modèle écossais.

Un tourisme maîtrisé

La protection des ressources est en effet devenue un axe essentiel de la production d’un tourisme durable. Elle passe par des outils et des moyens assurant à notre Collectivité la maîtrise de sa politique et de ses choix face à des logiques de marché susceptibles de provoquer un développement incontrôlé. C’est le cas en matière de gestion des flux et de leur répartition dans l’espace et le temps.

Il ne peut pas exister d’action publique efficace en matière de tourisme basée sur l’unique motivation d’une approche en termes quantitatifs de flux et une logique comptable du nombre de personnes entrant sur le territoire. Il faut appréhender la problématique dans sa globalité et ne pas déconnecter le tourisme de l’aménagement rationnel de l’espace et du schéma de développement voulu pour la Corse. Toute politique publique doit impérativement intégrer ces conditions d’acceptabilité pour la population et le territoire qui s’évalue en impacts économiques, mais également sociaux et environnementaux afin d’en corriger ou d’en atténuer les effets négatifs menaçant la durabilité. Il est par exemple indispensable d’envisager une gestion régulée des grands sites soumis à une sur-fréquentation improductive et dangereuse pour leur pérennité.

Cette maîtrise du tourisme passe par une politique adaptée en matière de transport, conforme à notre nouvelle stratégie marketing en termes de clientèles et de destinations et favorisant un rééquilibrage des flux au niveau européen et un étalement sur l’année.

Elle passe aussi par la collecte et l’analyse qualitative de données indispensables à la définition des politiques publiques, à leur évaluation et au suivi de l’efficacité des actions engagées.

Elle trouve son illustration dans l’élaboration et la signature d’un Contrat de Destination avec Atout France à échéance 2013. L’axe stratégique pour la Corse est la mise en place d’une liaison aérienne à partir de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle en interface avec les principaux marchés émetteurs européens et la Corse de manière à favoriser la diversification nécessaire des clientèles. Ce Contrat de Destination est une opportunité unique pour la Corse de consolider notre ouverture vers les marchés européens et de s’ouvrir à la demande mondiale. L’ensemble des actions stratégiques que nous allons engager sur la qualité et la compétitivité de notre offre, sur le marketing et l’observation permettra de répondre aux exigences actuelles de ces marchés.

La mise en œuvre implique obligatoirement une structuration de l’offre touristique au niveau régional en jouant sur la complémentarité des territoires et des activités, notamment mer et montagne, en appréhendant le littoral comme une porte d’entrée sur l’intérieur permettant d’impulser une nouvelle politique publique en faveur du rural. Autant d’actions destinées à accompagner la montée en puissance d’un tourisme de qualité.

Un tourisme de qualité

Sur un marché aussi concurrentiel, la Corse ne peut faire que le choix d’un tourisme de qualité. Il commence dès l’accueil et bien avant avec l’image que nous souhaitons donner de notre île à travers sa communication. Il suppose obligatoirement une amélioration de l’offre d’hébergement, la structuration des filières et leur professionnalisation et une formation adaptée aux critères d’un tourisme moderne et aux exigences des clientèles ciblées. Avec notamment l’étude de la création d’une école des métiers du tourisme et une mise à plat des offres actuelles afin de les mettre en adéquation avec les évolutions des activités.

En poursuivant l’effort de rénovation des structures d’hébergement touristique, l’ATC souhaite améliorer la qualité de l’offre par le passage aux nouvelles normes de classement en valorisant la qualité et la montée en gamme de l’ensemble des établissements. La refonte partielle du règlement des aides proposera de soutenir la compétitivité de l’offre marchande, d’introduire des mesures spécifiques particulièrement en zone rurale et d’installer progressivement des normes éco environnementales de construction et d’amélioration.

Cette politique de qualité passe également par la prise en compte du patrimoine bâti identitaire, par exemple en créant des capacités d’accueil dans les villages par la réhabilitation et la valorisation en produit touristique du bâti ancien. Ce maillage territorial devra s’envisager autour d’un label misant sur l’authenticité et les traditions.

Les activités de loisirs et de pleine nature constituent l’une des filières stratégiques de la politique touristique de l’île. Le patrimoine naturel de la Corse offre un terrain privilégié pour leur développement et correspond à une croissance forte de la demande. Toutefois, il s’agit là aussi d’en réguler et d’en organiser les pratiques afin de préserver et de valoriser l’environnement afin d’offrir des prestations professionnelles pérennes et de qualité.

Afin d’accompagner la montée en gamme du tourisme insulaire, il est fondamental de donner du sens au label « CORSICA Made » en tant que marqueur de qualité et d’identité. Il doit être en relation avec l’économie de la Corse en général. Il peut être défini comme un label de qualité et d’authenticité, incitateur d’excellence et marqueur d’identité dans les secteurs aussi variés que l’agro-alimentaire, l’environnement, l’hôtellerie ou la restauration, l’artisanat ou les activités de pleine nature. Au-delà du seul secteur touristique, c’est l’échelon régional et en particulier l’ODARC, qui doit porter ce label. Le tourisme n’en constituant, en effet, qu’une des déclinaisons, une vitrine permettant l’exposition et l’accès au meilleur de l’offre Corse.

Les productions agricoles et agroalimentaires insulaires pourraient servir à l’expérimentation de l’utilisation de ce label en fonction d’un cahier des charges à définir avec tous les professionnels des filières concernées avec par exemple la création d’un concept de petit-déjeuner corse inséparable d’une offre identitaire d’hébergement.

Véritable produit d’appel du « Corsica made », ce petit-déjeuner devra être composé impérativement d’un certain nombre de produits artisanaux d’origine locale, à définir (miel, confiture, fromage, produits frais, charcuterie, céréales, jus de fruits, pain...).

Une telle initiative favorisera le développement ou la création de filières agroalimentaires locales. Des mesures incitatives, une conditionnalité de certaines aides, ou l’obtention d’un label de qualité Corsica made, devraient permettre son appropriation par les hôteliers.

L’ATC propose, en partenariat avec l’ODARC, d’engager une réflexion avec les acteurs et les producteurs des filières agricoles et les professionnels de l’hôtellerie sur la création et la généralisation de ce produit.

Un tourisme responsable

Envisager le tourisme comme un moteur du développement local revient à parler d’action publique structurante et notamment dans sa dimension d’ingénierie et d’accompagnement de projets. Cela implique de fédérer les professionnels du secteur, et les responsables des collectivités locales autour du modèle touristique régional choisi. Au premier rang des décideurs politiques à associer figurent les maires et les présidents des structures intercommunales qui ont pleines compétences en matière d’aménagement du territoire. Aussi la convention d’ingénierie conclue entre l’ATC et Atout France a pour objectif premier le conseil et l’appui en faveur des projets structurants au niveau des territoires.

L’opérationnalité de celle-ci se manifeste par la réalisation d’expertises, d’études et d’accompagnement de projets et missions spécifiques d’intérêt touristique majeur.

Expertise et accompagnement en matière de projets publics d’envergure, pluri-thématiques ou pluri- disciplinaires, de stratégies territoriales, de moyens d’évaluation, de faisabilité d’objectifs et d’éléments de développement durable entrent dans le champ d’application de cette convention au service de l’aménagement touristique.

La plupart de nos communes et EPCI font preuve de créativité et d’intelligence dans le domaine de l’aménagement du territoire. Pour autant, souvent dépourvus de moyens d’ingénierie, ils tardent ou renoncent à concrétiser leurs projets, pourtant souvent pertinents.

La genèse et la philosophie de cette convention entre l’opérateur touristique national et régional tendent à leur apporter ce soutien.

Parler de tourisme responsable revient également à évaluer les investissements et à trouver les sources de financement nécessaires à la mise en œuvre de la politique touristique. Il faut, là encore, affirmer clairement que ce n’est pas à la seule population insulaire de supporter le surcoût des équipements touristiques et des impacts pour le territoire. Le touriste doit être appréhendé comme un contributeur à part entière à l’effort collectif.

La Corse ne peut se contenter d’être la seule destination où tout ce dont profitent majoritairement les touristes est gratuit !

Une réforme de la fiscalité d’ensemble liée au tourisme et à l’environnement est indispensable afin de pouvoir mettre en perspective les ambitions fortes d’un tourisme durable et des ressources solides et pérennes.

Un tourisme responsable suppose un touriste contributeur et conscient de son impact sur sa destination de séjour, ce qui élèvera d’autant plus ses exigences de qualité, tant au niveau de l’accueil et des services qu’au niveau des équipements et des prestations proposées. D’autant que le tourisme moderne a parfaitement intégré la nécessité pour les touristes de participer à l’entretien et à la préservation des sites destinés à les recevoir et d’une manière générale aux efforts liés à la protection de l’environnement.

Afin de dégager des ressources supplémentaires, il faut clairement envisager de nouvelles taxations au niveau régional. Plusieurs pistes pourraient être envisagées comme une taxe de séjour régionale, les écotaxes (Bavella, Parata, Restonica...) ou les écotaxes liées aux activités sur les sites (plongée sous-marine, randonnée, canyoning...) et sur les camping- cars.

L’ATC souhaite donc ouvrir le chantier de la fiscalité liée au tourisme en coordination avec les autres Agences et Offices.

Untourismeresponsabledoitaussisesoucier des conditions sociales de sa production avec une attention particulière pour les conditions de travail, les travailleurs saisonniers, l’emploi précaire et le droit à la formation. Les employeurs de main d’œuvre locaux sont bien évidemment confrontés au premier chef à ce phénomène, minoré ou amplifié selon la durée d’ouverture des établissements et l’étalement de la saison touristique.

L’ATC, entend pleinement avoir un rôle actif dans la politique d’annualisation du temps de travail, en partenariat avec le service public de l’emploi et les professionnels. Ce dispositif devrait être envisagé à titre transitoire et en proposant aux bénéficiaires de rallonger chaque année un peu plus leur temps d’activité, permettant ainsi une adéquation entre l’offre touristique et les objectifs d’étalement sur l’année. Les effets escomptés de la nouvelle politique touristique devrait permettre à moyen terme un développement de l’activité normalement étalé dans le temps.

Un tourisme impliqué

Compte tenu de l’implication du tourisme au cœur de l’économie corse et de son importance dans l’aménagement du territoire insulaire, l’ATC compte prendre toute sa place dans l’élaboration du nouveau PADDUC qui fixera les grandes orientations en matière d’aménagement et de développement durable pour les années à venir.

Etre responsable du tourisme oblige en effet à définir les objectifs et les limites du développement touristique. La conception d’un tourisme durable nous demande de prendre en compte tous les aspects sociétaux de cette activité, d’en mesurer les conséquences et les impacts, et de veiller à ce que cette forme de développement favorise un épanouissement collectif où passé, présent et futur participent de la même réflexion.

Cette vision éthique du développement s’impose dans la mesure où toutes les décisions que nous prendrons aujourd’hui doivent s’appuyer sur nos racines et nos expériences passées en sachant qu’elles conditionneront notre avenir immédiat, celui des générations futures et celui d’une terre à laquelle nous sommes tous profondément attachés. C’est à cette responsabilité collective que cette feuille de route à travers son ambition clairement affichée entend nous sensibiliser.