Collectivité Territoriale de Corse

Lancement des Assises : Intervention de Paul Giacobbi, Député de la Haute-Corse, Président du Conseil exécutif

Mardi 26 Octobre 2010



Lancement des Assises : Intervention de Paul Giacobbi, Député de la Haute-Corse, Président du Conseil exécutif
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Tous et toutes, merci d’être présents.

 
L’importance de l’audience autant que sa qualité montrent à quel point ce sujet est fondamental en général et combien il est fondamental pour la Corse en particulier.

Les problèmes fonciers sont essentiels d’une façon générale. Je le rappelais l’autre jour à l’Assemblée de Corse - et il faut le redire - la crise économique que nous vivons aujourd’hui dans le monde entier, sur l’ensemble de la planète a pour origine - on ne le souligne jamais assez - la spéculation immobilière qui s’est emparée à un certain moment des Etats-Unis d’Amérique et les modalités folles de son financement. Il n’y a pas d’autre origine à la crise et il est très important de le souligner. Ces fameux milliers de milliards de dollars de créances irrécouvrables ou d’actifs illiquides dans les banques viennent fondamentalement de l’excès de spéculation immobilière, en particulier en Occident et tout spécialement aux Etats-Unis.
C’est donc un sujet qui, sur un plan général, revêt une importance capitale.

C’est un sujet qui revêt en Corse une importance encore plus grande, non pas parce que la spéculation y serait beaucoup plus effrénée qu’ailleurs, mais parce que nous sommes, en tant que communauté, en tant que résidents de cette île, viscéralement attachés à notre terre.
Certainement nous le sommes sur le plan personnel, sur le plan humain, sur le plan culturel, sur le plan historique, parce que nous sommes une île, parce que nous avons une histoire, encore plus attachés que d’autres à notre terre. Et on peut effectivement considérer que l’habitant – et je ne fais pas de discrimination – de Brooklyn ou de Bombay est attaché à sa terre, mais nous le sommes peut-être encore infiniment plus : donc ce n’est pas une question exclusivement monétaire.

Ce débat, qui va s’ouvrir aujourd’hui, mais se prolonger un certain temps, des semaines, des mois, non pas pour se perdre dans la longueur, mais pour aller au fond des choses, aujourd’hui, au nom de l’Exécutif, avec mes collègues du Conseil exécutif - qui sont je crois à peu près tous présents et Maria Guidicelli qui est en particulier chargée du foncier entre autres - nous tenons à ce qu’il soit libre. Nous tenons à ce que chacun puisse s’exprimer, à ce que personne ne se sente frustré, à ce qu’aucun tabou ne soit érigé, à ce que tous les sujets puissent être abordés. Et vous le verrez tout à l’heure, puisque nous avons commencé à préfigurer, mais de manière très libre, nous n’avons fait que dessiner quelques propositions, quelques idées. Vous verrez que dans les ateliers  - qu’il s’agisse de l’atelier « logement », qu’il s’agisse de l’atelier « foncier » - nous proposons déjà, sans aucun ordre de priorité, à peu près tous les sujets auxquels les uns et les autres ont pensé à propos des problèmes du foncier en Corse. Aucun sujet ne sera évité, naturellement.

Il faut aussi, bien sûr, que la liberté ait son corollaire et ce corollaire c’est un minimum d’organisation, mais encore une fois, pas pour contraindre, mais au contraire pour permettre que les choses se déroulent, s’expriment et se concluent de la manière la plus efficace possible, étant entendu, bien sûr, qu’il ne s’agit pas ici de voter, d’orienter, de décider ou d’exclure ; il s’agit de creuser toutes les pistes, d’examiner tous les problèmes, d’en évaluer l’intérêt, l’efficacité, les difficultés et plus généralement les contours. Il appartiendra ensuite, sur la base de ces réflexions, à l’Assemblée de Corse d’en débattre, de fixer les orientations, de choisir les chemins. Et il appartiendra aux uns et aux autres d’échanger en partenariat bien sûr avec l’ensemble des collectivités concernées, en partenariat aussi bien sûr avec l’Etat, y compris dans sa branche législative car on s’imagine bien que sur des sujets de cette nature, qui touchent à la propriété, qui touchent à la personne civile, qui touchent parfois à la citoyenneté, et ce n’est pas extrapoler que d’imaginer qu’il sortira de ces assises ou qu’il sortira demain des orientations de l’Assemblée de Corse, des éléments qui effectivement nécessitent des révisions législatives, et de la part de l’Assemblée, des propositions dans le domaine législatif.

L’Exécutif, dans ce débat, est à la fois très en avant et très en retrait. Il est là, comme les autres, pour intervenir. Nous aussi nous avons la parole et elle est libre, mais nous n’avons pas l’intention de caporaliser ni cette séance, ni les ateliers, ni les séances suivantes. 

Nous avons évidemment un devoir de veiller à la bonne organisation.

Nous avons un devoir de faire en sorte que chacun puisse s’exprimer.

Nous avons un devoir d’apporter des moyens : des moyens d’étude, d’expertise en complément de toute l’expertise que d’ores et déjà nous avons ici, si chacun d’entre vous y contribue et je connais suffisamment de personnes ici pour le savoir, qu’il y a déjà une capacité d’expertise considérable et d’expérience, pour aller peut-être un peu plus loin sur certains points. Et l’Assemblée de Corse aussi pourra intervenir, y compris en amont : je pense en particulier à la commission présidée par Pierre Chaubon.

A titre personnel, je voudrais simplement dire quelques mots que j’avais dits en substance à l’Assemblée de Corse, à mon sens, personnels. Il ne s’agit pas « d’une feuille de route » comme on dit maintenant, que je prétendrais imposer à tous ceux et celles qui sont là. J’envisage au moins et je serais un peu satisfait au titre du Conseil exécutif, s’il ressort de nos débats à terme des moyens de lutter contre la spéculation foncière, s’il ressort à terme de nos débats des moyens de maîtriser le foncier ; ce qui n’est pas tout à fait la même chose, car on peut avoir une absence de spéculation et une absence de maîtrise. 

La maîtrise du foncier au profit de qui ? Au profit au moins de trois entités essentielles : 

- d’abord le bien commun, la terre de Corse ne peut pas nous être enlevée pour servir des intérêts qui nous seraient totalement extérieurs ou ne peut pas être enlevée dans ce qui nous appartient à tous et à toutes, c’est-à-dire la nature, l’environnement, le patrimoine. Je suis heureux de souligner, par exemple, puisqu’il y a ici la présence du Conservatoire du Littoral, qu’il y a là des choses qui appartiennent non seulement au patrimoine de la Corse, mais qui appartiennent parfois au patrimoine de l’humanité. Il ne faut surtout pas oublier, s’agissant de la Corse, cette part qui nous est chère et qui est chère d’ailleurs à bien plus que la Corse. 

- il y a ensuite, bien sûr, ceux qui sont en Corse, ceux qui y vivent - les citoyens, les résidents en Corse - qui sont a priori ceux qui fondamentalement devront avoir la maîtrise pour leurs besoins propres, pour
leurs activités, pour leur logement, du foncier. On ne peut pas imaginer, et c’est un des problèmes-clé, qu’une grande partie du territoire de la Corse puisse échapper aux Corses eux-mêmes. Cela a l’air d’une banalité, mais c’est une banalité que l’on doit toujours avoir présente à l’esprit. 

- enfin, car on les oublie beaucoup, les collectivités publiques - et nous allons beaucoup en parler - les collectivités locales qui ont besoin, c’est vrai, de maîtriser suffisamment de foncier pour réaliser des projets communs d’infrastructures, de logements et en particulier le logement social et des services publics. Cela intéresse l’ensemble des collectivités, y compris d’ailleurs l’Etat qui a aussi son rôle à jouer et qui le joue, même si c’est vrai que l’Etat n’est plus en Corse aujourd’hui le propriétaire foncier qu’il était avant. La décentralisation, le statut particulier de la Corse ont fait, par exemple, que les routes nationales sont des routes qui appartiennent à la Collectivité Territoriale de Corse, que les forêts appartiennent aujourd’hui également à la CTC - ce sont des exceptions d’ailleurs dans les régimes nationaux - que la voie ferroviaire appartient aussi à la CTC, que les ports, les aéroports et j’en passe, appartiennent aussi à la CTC. Aujourd’hui, le domaine de l’Etat, en tant que tel en Corse, est réduit. Il existe encore et l’Etat naturellement conserve un rôle considérable sur le plan régalien. 

Je voulais vraiment vous remercier d’être présents, vous remercier de votre attention, remercier tous les experts, toutes les autorités, tous les élus et tous les citoyens qui ont tout à fait leur place ici.

Comme toujours, dans ce genre de sport, on commence très solennellement, on commence dans l’enthousiasme et la difficulté sera évidemment de durer, de manifester de la persévérance. C’est la raison pour laquelle je souhaite que, sous la direction de notre amie Maria GUIDICELLI, on essaye d’insuffler tout au long de nos travaux la persévérance. Si nous arrivons à sortir de ce problème, à trouver des débuts de solution, peut-être allons-nous remonter le temps et nous souvenir qu’une grande partie, pour ne pas dire là aussi « l’essentiel » comme souvent, des problèmes qui ont agité et qui agitent en Corse la conscience de notre île, des problèmes qui ont entraîné des difficultés et pourquoi ne pas le dire, des problèmes qui ont entraîné aussi des violences sont nés, parfois, de problèmes fonciers, sont nés même, si l’on fait une analyse historique, essentiellement au départ de problèmes fonciers. 

Ainsi, nous répondrons à une attente qui n’est pas tout à fait celle d’aujourd’hui, qui est probablement beaucoup plus profonde en Corse, beaucoup plus ancienne, pas tout à fait centenaire, en tout cas au moins demi-centenaire.




Source : http://www.corse.fr/foncierlogement/Lancement-des-...