Collectivité Territoriale de Corse

"Le SRDEII, un document stratégique pour construire notre émancipation économique", discours de Gilles Simeoni, Président du Conseil exécutif de Corse

Jeudi 17 Novembre 2016



Intervention du Président du Conseil exécutif de Corse prononcé ce matin au théâtre de Furiani à l'occasion du séminaire organisé dans le cadre de l’élaboration du Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII)
 

Discours d’ouverture SRDEII

Monsieur le Président de l’Assemblée de Corse,
Monsieur le Préfet de Corse,
Monsieur le Maire de Furiani,
Mesdames et Messieurs les Conseillers exécutifs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Care amiche, cari amichi,
 
C’est pour moi un grand plaisir que d’introduire aujourd’hui ce séminaire destiné à conclure la phase de concertation organisée dans le cadre de l’élaboration du Schéma de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation.

Je voudrais avant toute chose remercier chaleureusement le Maire de Furiani, Michel Simonpietri, son conseil municipal, et l’ensemble de la Commune de Furiani de nous accueillir, avec l’hospitalité et la chaleur qui sont, en quelque sorte, leur marque de fabrique.

Notre présence ici fait sens. D’abord pour exprimer bien sûr l’étroitesse des liens qui nous unissent. Mais aussi, de façon plus générale, pour traduire la philosophie globale qui est la nôtre, concernant le rapport à construire entre la Collectivité territoriale de Corse et l’ensemble des territoires de l’île : un rapport marqué du triple sceau de la proximité, de l’équilibre, et de l’équité.

Proximité, équilibre, et équité, entre Bastia et Aiacciu. Entre le Nord et le Sud. Entre les grandes communes et les plus petites. Entre les territoires du littoral et ceux de l’intérieur et de la montagne.
Cette exigence est forte et elle est au cœur de notre action et de nos choix : son respect s’imposera avec encore plus d’acuité encore avec l’avènement, à compter du 1er janvier 2018, de la future Collectivité de Corse.

Au-delà de ce rappel, notre rendez-vous d’aujourd’hui est important, en termes de méthode comme sur le fond. Concernant la méthode, vous connaissez notre volonté de transversalité.
Au plan interne, et concernant la procédure d’élaboration du Schéma de Développement Economique d’innovation et d’Internationalisation, celle-ci s’est traduite par une implication, autour du Président du Conseil exécutif, de l’ensemble des conseillers exécutifs : celles et ceux concernés au premier chef par le cœur du dispositif, Jean Christophe Angelini (ADEC), Nanette Maupertuis (ATC et innovation), Jean Félix Acquaviva (Transports et Comité de massif).
Mais aussi les cinq autres, car l’économie, c’est aussi, par exemple, la formation, l’agriculture, l’aménagement du territoire, l’environnement et les ressources naturelles…

Plus largement, notre volonté a été aussi d’associer l’ensemble des acteurs institutionnels, opérateurs économiques, et citoyens à l’élaboration de ce schéma.
Le moment venu, il appartiendra bien évidemment au Conseil économique, social et culturel de la Corse de donner son avis sur le projet de Schéma.

Enfin, et à tous les stades de la procédure, l’Assemblée de Corse, son Président et ses vice-Présidents, ses commissions, sont appelés à enrichir la réflexion et il appartiendra, in fine, à l’Assemblée de Corse de se prononcer sur le projet de Schéma proposé par le Conseil exécutif.
 

Avec la large consultation ainsi organisée, nous avons voulu nous donner le maximum de chances de réussir. Car la forme et la méthode rétroagissent nécessairement sur le fond.
Et le fond consiste ici à doter la Corse d’un cadre structurant de l’émancipation de la Corse.
Vous le savez, notre volonté politique est en effet de construire une économie qui sorte des schémas jusqu’à aujourd’hui malheureusement dominants du clientélisme, de la rente, de la spéculation, du bricolage, de la mono-spécialisation et de la dépendance. Ces schémas, aggravés par la crise économique et sociale européenne et mondiale, nous ont mené vers la situation que nous connaissons tous : chômage, précarité et pauvreté, très fortes inégalités, déficits de qualification de la population active, faibles revenus du travail,… Ces données sont éloquentes : elles reflètent les conséquences désastreuses d’une politique assumée pendant plusieurs décennies de non-développement.

Nous n’avons donc plus le choix : il nous faut agir. En particulier en concentrant nos efforts vers une action structurée, méthodique, ambitieuse mais réaliste, autour d’un grand projet économique, incluant nécessairement un véritable statut fiscal et social. C’est tout le sens du projet de Riacquistu economicu è suciale que la majorité territoriale porte avec une très grande détermination : donner enfin la chance aux Corses, et en particulier aux plus jeunes, de développer leurs compétences, d’agir et d’entreprendre, de créer et d’innover, de prendre la relève des entreprises que leur auront transmis leurs ainés, d’exporter et de rendre le territoire attractif pour les investissements internationaux. Le chantier est immense. Il ne nous fait pas peur, bien au contraire : il nous stimule et donne sens à notre engagement. 

La Collectivité territoriale de Corse a, dans ce projet de Riacquistu, une responsabilité majeure. Il lui appartient en effet de fixer un cap, de poser les orientations stratégiques à partir d’une vision politique globale de l’avenir de la Corse et de son peuple. L’économie que nous voulons bâtir s’inscrit dans les grandes mutations -écologiques, énergétiques, numériques, démographiques- de notre époque. Nous voulons une économie marchande moderne, plus horizontale et plus diversifiée. Nous voulons, dès que cela est possible, optimiser nos segments à haute valeur ajoutée, fluidifier les rapports entre recherche et entreprises pour développer une économie du savoir, conforter les dynamiques d’innovation et favoriser les nouveaux espaces de travail collaboratif (fablabs, co-working,…). Mais nous souhaitons aussi conserver et valoriser notre identité collective et notre patrimoine, matériel, immatériel, et environnemental. Et sommes très attachés à ce que l’économie que nous construisons soit respectueuse des équilibres les plus fondamentaux de la société corse, à l’instar, par exemple, des choix prioritaires que nous faisons en faveur des territoires de montagnes ou de l’importance que nous accordons à l’économie sociale et solidaire. C’est la philosophie du Riacquistu.
 

Sur le plan opérationnel, il appartient à la Collectivité territoriale de Corse de doter le territoire des grandes infrastructures(transports, numérique, énergie, déchets, formation,…) sans lesquelles aucune ambition économique n’est possible. Il lui appartient également d’accompagner les acteurs et entreprises dans leurs  projets de création, de production, de valorisation. Cela suppose un climat de confiance, ressource principale pour créer l’esprit de coopération si propice au développement économique. Avec les entreprises, leurs dirigeants et leurs salariés, avec les institutions compétentes (chambres de commerce et d’industrie, chambres des métiers, chambres d’agriculture, CRESS….), avec les opérateurs financiers, avec le monde de l’enseignement et de la recherche, l’Université, avec l’ensemble des représentants syndicaux, nous voulons développer des partenariats resserrés et efficaces.

Nous souhaitons également que l’Etat soit au rendez-vous de cette nouvelle donne et qu’il agisse en partenaire loyal, tout comme nous plaiderons devant les instances européennes pour un statut fiscal auquel l’article 174 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne fournit une assise juridique incontestable.
 
La Collectivité territoriale de Corse, avec ses agences et offices, est aujourd’hui en ordre de marche pour relever l’ensemble de ces défis. Sa mission est exaltante. Les embuches et obstacles ne manqueront probablement pas. Raison de plus pour s’engager au plus vite et démontrer notre capacité à transformer le réel. Le SRDEII nous y aidera.

Je veux saluer ici celles et ceux qui ont été la première ligne des artisans de ce travail considérable et de grande qualité :
  • Jean-Christophe Angelini, Président de l’ADEC
  •  Marie-Antoinette Maupertuis, Présidente de l’ATC et responsable de l’innovation et des affaires européennes et internationales
  •  Jean-Felix Acquaviva, Président de l’OTC et l’ensemble des services qui se sont investis sans compter, avec des remerciements particuliers à Guillaume Guidoni
Je veux également remercier l’ensemble des participants et contributeurs qui, à l’occasion de réunions plénières, séminaires ou ateliers, ont pu échanger, analyser, faire valoir leur vision de l’économie et proposer des perspectives de travail et d’action.

Le travail qui vous est présenté aujourd’hui est aussi un signal d’optimisme, le reflet, certes à compléter et à parfaire, des atouts et de l’intelligence collective d’une île qui ne se résigne pas au non-développement ou à l’échec ; d’une île qui veut au contraire bâtir un avenir en mobilisant toutes ses forces vives ; d’une île qui, forte de son histoire, de sa culture, de son courage, de sa nature et de sa biodiversité, de sa jeunesse, de sa diaspora, a tous les atouts pour réussir ; d’une île qui veut trouver -retrouver- sa place naturelle dans un ensemble européen et méditerranéen pour lequel nous devons construire ensemble un horizon de paix, de développement et de solidarité.
 
L’économie n’est jamais une fin en soi, mais le moyen indispensable pour que nous puissions continuer à vivre dignement sur une terre qui nous a fait Corses, et que nous souhaitons transmettre aux générations futures avec le sentiment d’être restés fidèles à notre idéal politique de liberté. En ce sens précis, le combat pour le développement économique de la Corse est aujourd’hui, et plus que jamais, le corollaire indispensable de son émancipation culturelle, sociale et politique.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de bons travaux.