Collectivité Territoriale de Corse

Le projet de la mise en réseau des musées

Mardi 22 Novembre 2011



Dans le domaine des musées, pour lequel la loi du 22 janvier 2002 qui a transféré à la CTC la quasi-totalité des compétences jusque là dévolues à l’Etat, la CTC a, ces dernières années, accompagné les chantiers de restauration du Musée Fesch, du Musée de Bastia, financé la restauration des collections publiques corses, contribué à des acquisitions nouvelles de ces musées, dans le cadre du FRAM, de même, elle a participé aux activités des expositions, des publications et à l’animation de ces musées.
En 2010, elle a, ainsi, accompagné la réouverture du Musée Fesch et du Palais des Gouverneurs de Bastia.

Ainsi, dans le cadre de l’exercice de ses compétences, pour mener la politique culturelle et patrimoniale, la CTC a, aujourd’hui, la volonté de mettre en synergie l’ensemble des acteurs institutionnels et culturels se trouvant sur l’île afin de réaliser la nécessaire mutualisation de l’ensemble des moyens existants.

Sont concernés les structures suivantes :
Musée de l’Alta-Rocca à Lévie
Musée départemental de préhistoire corse et d’archéologie de Sartène
Palais Fesch - Musée des beaux arts à Ajaccio
Musée du salon napoléonien de l’Hôtel de ville d’Ajaccio
Musée de la Corse à Corte
Musée Pascal Paoli à Morosaglia
Musée d’Aléria
Musée de Bastia

La politique de mise en réseau est un des moyens à disposition qu’il convient de mettre en œuvre. Cela se justifie particulièrement dans le secteur de l’activité muséale conformément à l’article 9 de la loi du 4 janvier 2002 relative aux Musées de France qui stipule « l’Etat encourage et favorise la constitution de réseaux géographiques, scientifiques ou culturels entre les musées de France, auxquels peuvent participer des établissements de recherche et d’enseignement ».

C’est en s’inscrivant dans cette orientation, et parfaitement convaincu de la pertinence d’une telle politique incitant les partenaires à « travailler autrement », qu’a été initiée dès 2010, par la CTC une réflexion visant à fédérer l’ensemble des huit musées de l’île labélisés « Musées de France » et le Fonds Régional d’Art Contemporain de Corse (FRAC) en organisant des actions communes destinées à mieux faire connaître la richesse et la diversité des collections. Sachant que ce réseau doit être complété dans un futur proche par le chaînon manquant que constitue le projet de Musée de Lucciana couvrant les périodes allant de l’époque paléochrétienne au Haut Moyen-Âge.

Objectifs de la politique de la mise en réseau des musées

La mise en réseau des musées a donc pour but une meilleure implication et une plus grande appropriation du secteur culturel et patrimonial par l’ensemble des acteurs du territoire, en regroupant l’ensemble des forces et des moyens existants et en les mobilisant pour un travail de qualité.
Au travers, de cette mise en réseau des institutions et partenaires de la CTC, cette démarche traduit par ailleurs, l’affirmation du rôle de chef de file de notre institution.
Cette nouvelle organisation touchant l’ensemble des structures muséales situées dans les différents secteurs géographiques de l’île ayant pour finalité, d’être au service de l’ensemble du territoire.

Il conviendra ainsi d’initier et d’entreprendre une politique de plus grande coopération des établissements muséaux insulaires, en lien avec l’ensemble des partenaires institutionnels et des professionnels du milieu, y compris le CCPOM (Centre de conservation-restauration du patrimoine mobilier) pour ce qui concerne la conservation et la restauration des œuvres et le CCSTI pour la communication, la médiation culturelle et l’innovation muséographique..

Il s’agira donc de faciliter le travail des musées et de créer une dynamique commune autour d’expositions ou de médiation scientifique et culturelle, d’optimiser le renvoi des publics d’un établissement vers les autres et d’aider à la communication sur les actions engagées. A ce titre, on recherchera l’instauration de programmes pluriannuels concertés, autour de thématiques communes, avec itinérances des expositions et médiation conjointe. Dans cette démarche, et aux cotés des musées, une place devra être faite au FRAC, de manière à pouvoir dynamiser et ouvrir ces structures muséales aux pratiques artistiques contemporaines.

Cette nouvelle approche de la CTC, dans le domaine de la politique des musées, s’est déjà manifestée, il y a quelques mois, et a ainsi connu, un début d’application opérationnelle. Ainsi, la CTC a profité de la réouverture, en juin 2010 des musées de Bastia et d’Ajaccio, pour lancer une campagne globale de communication muséale régionale en faveur de l’ensemble des musées de Corse portant le label « Musée de France ».
Adhérant à ce projet fédérateur, qui a été apprécié de tous, le Musée Fesch, le Musée de Bastia et le Musée de la Corse ont convenu de promouvoir ensemble un « évènementiel estival 2010 » autour de leurs réouvertures et la présentation de leurs expositions temporaires. La présentation de ces événements s’est faite au travers d’une campagne de communication ayant pour thème « On vient en Corse, aussi pour ses Musées ».
Le renouvellement d’opérations de cette nature, a été admis par tous les partenaires. Cela contribuera à promouvoir la destination touristique de la Corse en confortant davantage sa dimension culturelle.

Description du processus de la mise en réseau des musées

L’instauration de cette politique de la mise en réseau s’inscrira dans le temps. En effet, dans sa mise en œuvre, il conviendra de convaincre, sans contraindre, tout en respectant le fonctionnement autonome de chaque établissement, et de les amener, dans l’intérêt commun, à travailler autrement.

Ces changements de méthodes et d’habitudes afférents à ce nouveau mode opératoire se feront progressivement. Ainsi, cette nouvelle politique se fondant sur l’adhésion, se fera en plusieurs étapes comme cela fut le cas dans les différentes régions continentales ou étrangères où elle s’est réalisée (réseau des musées pyrénéens, réseau culturel terre Catalane, ou le système muséal d’Ombrie...).

On peut ainsi se pencher, sur ce qui s’est fait dans la région Nord-Pas-de-Calais qui a initié avec succès, il y a une quinzaine d’années, ce même type de démarche intitulée MUSENOR.
Le fait générateur de cette politique fût le constat réalisé par les professionnels des musées du Nord, de la relative léthargie dans laquelle se trouvaient l’ensemble de leurs structures muséales et de la nécessité de relancer et de redynamiser ce secteur.
Forte de cette prise de conscience, les responsables locaux de l’Association des Conservateurs de Musées des Collections publiques de France, (AGCCPF) s’est restructurée avec le concours du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais qui lui a octroyé des moyens en permettant le recrutement d’un permanent et la constitution d’une équipe. Cette structuration de l’association des conservateurs a été le préalable à la mise en place de la politique de mise en réseau des musées du Nord.

À l’aune de cet exemple, et sans vouloir transposer intégralement ce modèle à notre situation, ni même anticiper sur la structuration juridique, qui sera définie plus tard, on peut penser que la mise en réseau des Musées de Corse pourrait se faire en associant fortement la section fédérée (AGCCPF) qui regroupe les conservateurs et des professionnels des Musées de Corse, labellisés musées de France. Cette collaboration garantissant l’approche scientifique et technique nécessaire dans la réalisation de ce type de projet.

Quelque soit la structuration juridique retenue, la CTC y assumera son rôle de chef de projet et de coordinateur auprès de l’ensemble des partenaires institutionnels et culturels concernés. Cela pourra se faire notamment au sein de la conférence de coordination des collectivités qui regroupe outre la CTC, les deux départements et les deux grandes villes, dont dépendent les huit musées de l’île labellisés « Musées de France », constitutifs du réseau.

C’est donc dans le cadre de la conférence de coordination des collectivités, au moins dans un 1er temps, tant que n’aura pas été crée l’éventuelle structure ad’hoc, que seront définis et validés, les objectifs, les programmes d’opérations ainsi que les moyens financiers et humains nécessaires qui seront accordés par conventionnement annuel ou triennale. Cette même conférence ayant à évaluer la portée des actions menées.

Il sera demandé à la section fédérée de l’AGCCPF de modifier ses statuts afin de pouvoir assumer les missions qui pourraient lui être confiées dans ce cadre.

Quelques exemples d’actions réalisées dans le cadre de cette politique menée dans les différentes régions :
  • Organisation d’expositions temporaires communes
  • Harmonisation de politiques communes d’accueil et d’ouverture au public
  • Billets d’entrée communs (Pass musée)
  • Edition de supports de communication commune
  • Mise en ligne d’une version informatisée des inventaires
  • Réalisation d’un inventaire et mise en valeur
  • Réalisation d’un site internet commun, regroupant l’ensemble des informations, de l’actualité, de l’agenda des musées, avec des visites virtuelles, présentation des collections
  • Expositions virtuelles Partenariat de prêts d’œuvres
  • Politique éditoriale commune (catalogue, brochures)
  • Définition d’une politique d’animation et organisation d’événements
  • Actions pédagogiques communes
  • Participation à la campagne de promotion de la destination Corse.

Calendrier prévisionnel de réalisation du projet

Année 2011 : Une fois, cette politique de mise en réseau des musées adoptée par l’Assemblée de Corse, sa mise en œuvre se fera dans le cadre de la réunion de la conférence de coordination des collectivités territoriales. Réalisation d’un état des lieux de la section de l’AGCCPF,
Evaluation des moyens nécessaires,
Définition du profil du poste de la personne devant travailler au projet en lien avec la section de l’AGCCPF. Cet agent serait recruté pour une mission de préfiguration de 4 ans.

Année 2012 :
Définition de la structure opérationnelle, des méthodes de travail et du contenu du projet.
Mise en place de la structure et octroi des moyens nécessaires.
Validation du programme et du calendrier d’actions à mener.
Elaboration d’une charte des musées label « Musée de France »

Année 2013 : 1ère phase opérationnelle. 1ères opérations communes. Une fois la politique de mise en réseau amorcée : la CTC pourrait créer et héberger, dans un portail numérique, un site commun à l’ensemble des musées (ce portail intégrerait le portail général de la Culture et celui de la CTC).

Année 2014 : Réalisation d’une 1ère « exposition- dossier » sur un thème transversal impliquant l’ensemble des structures muséales. (Sachant que chacun des musées de Corse a un programme d’expositions temporaires déjà arrêté jusqu’à la période 2014-2015). Mise en ligne et à disposition des publics de l’inventaire des collections numérisées de chacun des musées.

De manière concomitante, durant toute cette période seront poursuivies les campagnes de communication muséale communes.

Financements prévisionnels de réalisation du projet

A l’exclusion des aides apportées par ailleurs aux Musées de Corse par la CTC, le coût prévisionnel de ce chantier s’établit comme suit :
  • 2011
Financements salaire du coordonateur réseau - 40 000 €
  • 2012
Financements salaire du coordonateur réseau - 40 000 €
Financements études et actions de coordination - 50 000 €
  • 2013
Financements salaire du coordonateur réseau - 40 000 €
Financements portail numérique - 50 000 €
Financements 1ère opération commune -  40 000 €
  • 2014
Financements salaire du coordonateur réseau - 40 000 €
Financements exposition thématique commune - 50 000 €
  • Total - 350 000 €

Conclusion

Même si dans la plupart des expériences de mises en réseau des musées réalisées jusque là, l’opération a concerné plutôt de grosses structures regroupant d’une quinzaine de musées à plus de cent établissements, cette politique présente un intérêt certain dans la situation particulière de la Corse et de ses musées.

En effet, la constitution d’un tel réseau se justifie du fait de la richesse et de la disparité de nos structures muséales, en termes de dimensions, de leur typologie, de leur lieu d’implantation géographique, mais aussi de l’insularité, la faiblesse démographique, et de la vocation touristique de la Corse.

Ce réseau intégrant des structures de tailles diverses, devra être « profitable » à tous nos musées, sans exception, en application de la formule, « les plus forts doivent venir renforcer les plus faibles ». Par ailleurs, une fédération de ce type, permettra également de rompre l’isolement des établissements les plus excentrés. Il constituera un outil d’aménagement et de développement, il devra être avant tout, au service de l’ensemble du territoire en renforçant la destination touristique corse.

Pour qu’il soit performant, ce réseau des musées doit être réfléchi et ses objectifs doivent être débattus et clarifiés par chacun de ses membres. En ce sens, une fois définie la nature juridique de la structure opérationnelle la plus adaptée, l’élaboration d’une charte du réseau des musées paraît être une bonne amorce à la mise en place d’actions plus concrètes.

Ainsi, après avoir créé de toute pièce le Musée de la Corse, d’avoir accompagné tous les chantiers des musées insulaires, soutenu leurs programmes d’activités, avoir contribué à l’enrichissement de leurs collections, avec la mise en place de ce réseau, la politique de la CTC franchirait une nouvelle étape, en incitant nos musées, dans un souci d’excellence, à travailler autrement, pour mieux faire connaître la richesse et la diversité de nos collections et au-delà mieux appréhender la dimension culturelle de la Corse et de son histoire.