Collectivité Territoriale de Corse

Le schéma territorial de la formation initiale à la culture 2011-2014

Mardi 22 Novembre 2011

Mettre à niveau la formation culturelle des enfants et des jeunes de l’île et accompagner les adultes dans des pratiques artistiques amateurs facteurs de cohésion sociale, de liens intergénérationnels et d’identité culturelle



Introduction : contexte et enjeu

L’éducation artistique des jeunes est sans conteste le 1er vecteur de la démocratisation culturelle : c’est elle qui garantit le mieux le fameux « droit à la culture », droit fondamental s’il en est puisque garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et inscrit en tant que tel dans le préambule de la constitution de la Ve République.

La France se signale pourtant par un éparpillement de ses dispositifs : l’éducation culturelle relève a priori des missions des établissements scolaires mais dès 1967, sous l’impulsion d’André Malraux, se sont développés en dehors de l’Education Nationale des établissements d’enseignement artistique spécialisés, les Conservatoires en musique, en danse et en théâtre. Ceux-ci ont peu à peu réussi à dispenser une offre bien plus complète et exigeante que celle assurée par les écoles. Il reste que cette offre ne concerne aujourd’hui qu’une minorité et que des disciplines entières, comme les arts plastiques ou les arts visuels n’ont été que très partiellement prises en compte.

Cette politique à deux vitesses est observable en Corse comme ailleurs. L’île s’est dotée assez tôt, dans le courant des années 1980, sous l’impulsion des collectivités locales dont la CTC et les communes d’Ajaccio et de Bastia, d’un Conservatoire de musique et de danse implanté dans les deux principales villes.
En dehors de ce conservatoire s'est développé un certain nombre de centres culturels venant compléter la carte de l’enseignement artistique hors Education Nationale.
Par ailleurs, les établissements scolaires ont également mis en place en Corse un certain nombre de programmes et de projets de formation artistique, du primaire au secondaire jusqu’à l’ouverture de Bac « Arts » (cinéma, théâtre, danse etc.).
Néanmoins, à l’instar de ce qui s’observe au niveau national, la communication entre ces deux mondes restent difficile alors qu’elle paraîtrait naturelle. Par ailleurs, ni l’un ni l’autre ne réussissent à garantir à tout à chacun une offre homogène qui fasse fi des inégalités de territoire particulièrement accentuées sur notre île.

Ainsi, s’agissant des centres culturels et du Conservatoire, on peut constater les faiblesses suivantes :

Une offre restreinte : il n’existe d’offre publique structurée que pour la musique et la danse (Conservatoire de musique et de danse de Corse), rien de comparable en théâtre, en arts visuels ou aux arts du cirque et de la rue. Par ailleurs, la transmission des musiques traditionnelles est encore peu organisée institutionnellement.

Mal répartie : des territoires entiers sont dépourvus de toute offre de formation artistique initiale soutenue par les collectivités locales (Cortenais, Castagniccia, Sartenais-Valincu etc...).
Par ailleurs, quand une offre existe, elle est dispensée dans des conditions et pour des contenus sans commune mesure ave ceux d’un conservatoire.

Inégalement accessible : il coûte plus cher à une famille habitant dans une zone rurale d’inscrire ses enfants à une pratique artistique qu’à une famille habitant en agglomération.

Peu qualifiante : hors arts visuels, la Corse ne possède pas de structure d’enseignement artistique supérieur. Le cycle d’orientation pré-professionnel en musique et en danse préparant, dans le cadre du Conservatoire, l’entrée au supérieur est également sous-développée par rapport aux autres régions.

Peu ouverte à la culture et à la langue corse : les principales structures d’enseignement artistique de l’île n’abordent que très rarement la question de la culture et de la langue corse comme langue de création artistique.

A contrario, s’agissant de l’éducation artistique en milieu scolaire, on peut constater les faiblesses suivantes :

Une offre restreinte : En dehors de la musique et du cinéma qui bénéficient tout deux de dispositifs nationaux permettant aux enfants d’assister en temps scolaire à des concerts et à des projections (via les « Jeunesses musicales de France » et les dispositifs « Ecole et cinéma » ou « Lycéens au cinéma »), la Culture a du mal à pénétrer les établissements scolaires notamment pour des disciplines comme la danse, le théâtre ou les arts plastiques.

Peu ancrée dans une démarche de projet au long cours : La culture à l’école se limite trop souvent à 1 ou 2 sorties culturelles par an. Les projets plus ambitieux permettant d’impliquer les enfants dans une réelle démarche artistique sont trop souvent considérés comme une « option » laissée à la seule initiative de quelques enseignants particulièrement motivés faisant appel à une myriade d’associations plus ou moins formées à la conduite de projets culturels et souvent peu capables d’en assurer la pérennité et d’accompagner l’élève dans une démarche d’épanouissement au long cours.

Enfin, il faut également souligner que tant au niveau des établissements d’enseignements artistiques spécialisés qu’à celui des établissements scolaires, les liens avec les équipements de diffusion culturelle comme le Musée de la Corse, le Palais Fesch, le FRAC, la Cinémathèque, le CMP ou les théâtres municipaux et les équipes artistiques, s’ils se sont considérablement développés ces dernières années, manquent encore de cohérence.

Les objectifs de la Collectivité Territoriale de Corse

Il est clair que de part son statut de collectivité « chef de file » en matière d’action culturelle et en tant que responsable de la définition de la politique culturelle de la Corse, la CTC se doit de répondre à cet enjeu fondamental qu’est la formation artistique de nos jeunes. Il en va de l’égalité des chances de nos enfants.

Il en va également de la capacité de la Corse à inventer de nouvelles façons d’apprendre, de créer et de vivre ensemble. Il faut insister ici sur la nécessité d’encourager les pratiques artistiques amateurs auprès des adultes. C’est en incitant les adultes à s’investir dans une pratique artistique qu’on incite les parents à transmettre à leurs enfants le goût pour la culture et que l’on garantit une certaine forme de cohésion sociale, que l’on renforce les liens intergénérationnels et que l’on construit une identité. Ceci est particulièrement vrai pour le chant qui comme chacun sait, revêt une importance toute particulière dans notre patrimoine culturel.

La CTC entend ainsi, au travers de ce schéma territorial de la formation artistique et culturelle, réaliser huit objectifs :

Territorialiser l’offre d’enseignement artistique : Ouvrir des antennes du conservatoire dans les territoires où aucune offre n’existe et développer les associations existantes dans les autres territoires afin qu’elles puissent se mettre à niveau, se fédérer et inscrire leur action dans une charte régionale « Arte scola », en convention avec le Conservatoire, tout en garantissant leur capacité d’innovation en termes de pédagogie.

Elargir l’enseignement et la sensibilisation à toutes les disciplines artistiques : Au théâtre, aux arts visuels et aux arts du cirque et de la rue.

Promouvoir les pratiques culturelles des adultes : A travers des formations ciblées dispensées par le Centre d’art polyphonique pour le chant choral, mais aussi dans le cadre des actions menées par le Centre de musiques traditionnelles, par l’association Cantu in paghjella, par le Conservatoire et par le réseau des « Arte scola ».

Ouvrir la formation artistique à la culture et à la langue corses comme langue de création artistique : Notamment dans le cadre des cours de théâtres, d’écriture de scénarios et des pratiques liées à la chanson corse notamment, dans le cadre également de l’application du plan de sauvegarde du « Cantu in paghjella » suite à son inscription sur la liste d’urgence de sauvegarde de l’UNESCO.

Renforcer l’éducation artistique en milieu scolaire : En incitant le Conservatoire, les « Arte scola » ainsi que les structures culturelles de référence (Musée de la Corse, Palais Fesch, Cinémathèque, FRAC, CMP, CMT etc...) de missionner des intervenants ou d’embaucher (si ce n’est déjà fait) des personnels spécialisés dans la conduite de projets culturels en milieu scolaire (dumistes) ; en améliorant la coordination avec le Rectorat ; en créant des pôles ressources régionaux pour chaque discipline (PREAC).

Améliorer la formation des formateurs : En constituant des Pôles ressources régionaux (PREAC) missionnés pour former les personnels de l’éducation et de l’action culturelle (enseignants, bibliothécaires, personnels des établissements culturels) à la conduite de projets culturels en milieu scolaire.

Favoriser les échanges avec l’extérieur : En aidant aux déplacements des élèves dans le cadre de projets culturels identifiés ainsi que dans le cadre des formations optionnelles dispensées dans le cadre des BAC arts (histoire de l’art, danse, théâtre, cinéma etc...) et en proposant d’encadrer ces sorties par des professionnels des établissements culturels spécialisés.

Accroître le rayonnement des structures d’enseignement artistique et de formation culturelle : Labellisation du Conservatoire de Corse en Conservatoire à « rayonnement régional », mise en service et développement du « Centre d’art polyphonique », valorisation du « Centre de musiques traditionnelles ».

Développer l’enseignement supérieur dans le domaine culturel : Dans le domaine de la danse et des arts visuels dans un premier temps, autour de la création d’un pôle régional de formation à l’image à l’Université et d’un Centre de formation supérieur à la danse et à la musique (CEFEDEM).

Il convient d’insister sur le fait que ces objectifs ne concernent pas que les disciplines traditionnellement dispensées par les conservatoires, à savoir, la musique, la danse et le théâtre.

La Corse compte des structures culturelles clé comme qui doivent apparaître également comme des acteurs incontournables de la formation de nos jeunes.

S’agissant du livre, outre l’importance des actions menées par les médiathèques municipales, il paraît clair que la dimension qu’ont pris la bande dessinée et l’illustration autour du travail effectué par le Centre culturel Una Volta de Bastia doit lui permettre d’obtenir le rayonnement qu’ils méritent dans l’offre de formation culturelle, non seulement au niveau régional mais également, peut-être, au plan national.

L’ambition de la CTC à travers ce schéma ne se résume pas à garantir à tous nos jeunes citoyens un égal accès en termes de formation artistique et culturelle. Elle consiste également à placer la Corse, sur certains segments, comme référence au niveau national.

La réalisation des objectifs nécessitent la mobilisation de crédits de fonctionnement et d’investissement supplémentaires obéissant à une progression régulière sur 4 ans

En fonctionnement

La CTC doit amplifier son soutien aux structures clés de l’enseignement artistique afin qu’ils puissent réaliser les objectifs précités :
  • Inciter à la création de postes spécialisés à la formation artistique et culturelle, notamment en milieu scolaire, au sein des établissements culturels du territoire (centres culturels, cinémathèque, Musée, FRAC, Centre d’art polyphonique, Centre de musiques traditionnelles etc...) - Coût estimatif : 300 000 €
  • Augmenter d’ici 4 ans de 350 000 € la dotation actuellement attribuée au Conservatoire de Corse Henri Tomasi pour étoffer son offre de formation
  • Augmenter d’ici 4 ans de 200 000 € les subventions actuellement attribuées aux associations culturelles dans le cadre d’un nouveau règlement d’aide à la formation culturelle afin de les mettre à niveau
  • Augmenter d’au moins 40 000 € les crédits actuellement consentis au Centre de musiques traditionnelles, au Centre d’art polyphonique et à l’association Cantu in paghjella afin d’amplifier leur action
  • Débloquer 30 000 € de crédits annuels pour favoriser, dans le cadre d’un nouveau règlement d’aide, les déplacements des élèves dans le cadre de projets culturels identifiés ainsi que dans le cadre des formations optionnelles dispensées dans le cadre des BAC arts (histoire de l’art, danse, théâtre, cinéma etc...).
  • Débloquer 150 000 € de crédits pour la mise en place de nouveaux PREAC (pôle régional d’éducation artistique et culturelle) afin d’améliorer la formation des formateurs en danse et en arts visuels notamment.
  • Débloquer 340 000 € pour la préfiguration d’un pôle régional des arts du cirque et d’un centre de formation supérieur à la danse et à la musique (CEFEDEM) ; soutenir l’Université dans la création d’un pôle image.
L’augmentation globale des crédits de fonctionnement peut donc être estimée à environ 1 460 000 €.

Il va de soi que la réussite de cette politique ne dépend que du seul volontarisme de la CTC. Elle nécessite que l’ensemble des collectivités locales s’associe à ce projet. La culture, en tant que fondement même de notre société, doit rester une compétence partagée. La conférence de coordination des collectivités locales sera donc missionnée pour travailler sur ces questions et étudier la mise en place de dispositifs de soutien concertés, tant en fonctionnement qu’en investissement.

Par ailleurs, une coordination de l’ensemble des acteurs est également nécessaire. Il sera donc créé une conférence permanente de l’éducation artistique qui, 1 fois par an, rassemblera les principales structures en lien avec les institutions concernées (CRDP, IUFM, Université, Rectorat etc...).

En investissement

Sur le plan des investissements, la CTC doit inciter au lancement de nombreux chantiers. Pour la plupart d’entre eux, la CTC n’a pas à assumer la maîtrise d’ouvrage, l’enseignement artistique, plus que tout autre, relevant d’une logique de territoire. Ce plan doit donc être partagé avec l’ensemble des collectivités locales.

Aussi, les coûts d’investissement, ne peuvent être présentés qu’à titre indicatif et non prévisionnel, et s’inscrivent dans une logique d’aménagement du territoire de long terme.

  • Chantier : Aménagement de locaux pour le Conservatoire à Bastia
Coût de l'opération : 12 000 000 €
Participation CTC : 6 000 000 € 
  • Chantier : Aménagement de locaux pour un PREAC " danse " et un PREAC " photo "
Coût de l'opération : 2 000 000 €
Participation CTC : 1 000 000 €
  • Chantier : Construction de locaux pour le Conservatoire à Ajaccio
Coût de l'opération : 4 500 000 €
Participation CTC : 2 250 000 €
  • Chantier : Construction et aménagement d'équipements de proximité dans les territoires
Coût de l'opération : 6 000 000 €
Participation CTC : 3 000 000 € 
  • Chantier : Aménagement de locaux pour un CEFEDEM à Corte et des studios de danse à Ajaccio et à Bastia
Coût de l'opération : 3 000 000 € 
Participation CTC : 2 000 000 € 
  • Chantier : Aménagement de locaux à Corte pour le Centre de musiques traditionnelles
Coût de l'opération : 500 000 €
Participation CTC : 300 000 €
  • Chantier : Aménagement des locaux des écoles de cirque membres du pôle régional à Corte, Bastia et Ajaccio
Coût de l'opération : 1 000 000 €
Participation CTC : 600 000 €
  • Chantier : Aménagement de locaux de médiation culturelle pour le FRAC et le CMP à Corte
Coût de l'opération : 500 000 €
Participation CTC : 250 000 €

Total
Coût des opérations : 29 500 000 €
Participation CTC : 13 400 000 €