Collectivité Territoriale de Corse

Plan de relance de la Filière Maraîchère

Vendredi 30 Juin 2006



Eléments du contexte

L'Assemblée de Corse a adopté lors de sa séance du 30 juin 2006 le Plan de relance de la Filière Maraîchère.

Rappel historique  

Sur les 15 dernières années, on assiste à une nette déprise de la filière maraîchère en corse. En effet, le niveau des surfaces exploitées a chuté de moitié, et le volume de production a diminué d’environ 35 %. Cette régression est particulièrement sensible en ce qui concerne la culture de chicorés, scaroles et frisées, de façon consécutive aux inondations de 1993 et 1994, mais aussi, aux problèmes de commercialisation à l’export rencontrés sur ces produits. 
De la même façon, on observe une baisse très nette des productions en artichauts, carottes et tomates. Seules les production de laitues et de melons ont connu un accroissement sur les cinq dernières années. 
Les bassins de productions sont localisés essentiellement en plaine. En Haute-Corse, ils s’étendent de la Marana jusqu’à la Casinca. En Corse du Sud, ils sont concentrés sur le pourtour ajaccien. Ainsi, l’implantation géographique des exploitations maraîchères qualifie cette filière comme étant « urbaine ou périurbaine ». Elle participe à la préservation d’un environnement et d’un cadre de vie aux populations urbaines, en limitant la densité du bâti et en aménagent des espaces non-constructibles. Cette situation n’est pas sans conséquence sur les enjeux et le devenir de cette filière. En effet, la croissance urbaine a pour conséquence immédiate d’accentuer la pression sur l’espace, engendrant ainsi une raréfaction et une inflation du prix des terrains agricoles. La filière maraîchère est directement concernée par ce phénomène. Ainsi, l’évolution de la structure des exploitations aboutit à une diminution de la surface exploitée proportionnellement plus importante que la baisse des volumes produits ; cette intensification de la production a nécessité le recours à des pratiques d’amendement des sols et de rotation des cultures qui pénalisent aujourd’hui la productivité des exploitations ainsi que la qualité de leur production.  

Situation actuelle de la filière 

Au niveau national 
 
La production française de légumes frais est de 6,2 millions de tonnes. La France est le 3ème pays producteur de l’UE, le 4ème exportateur communautaire et le 3ème importateur. En raison de leur durée de conservation limitée, les légumes s’échangent, avec les pays géographiquement proches. Il existe deux grands types d’entreprise : les exploitations de plein champ et les exploitations sous abri (serres). La culture de légumes couvre 247 800 hectares en France (0,9 % de la SAU), et concerne 44 400 exploitations légumières, soit 6,8 % des exploitations agricoles. (Source FNPL). Les principales régions productrices sont la Bretagne, le Languedoc Roussillon, le Nord Pas de Calais et l’Aquitaine. 
Durant l’année 2005, les conditions de commercialisation ont été globalement favorables, le revenu des maraîchers et des horticulteurs progresse de 6 % et le prix moyen des légumes augmente de 8 %.   

Au niveau régional 

La filière maraîchère corse compte aujourd’hui 68 exploitants qui occupent une surface agricole utile de 565 hectares (dont 25 hectares sous abris), 60 % des terres étant exploitées en rotation, la superficie totale concernant cette filière représente 864 hectares. 
Cette filière génère une production globale de 19 570 tonnes qui se valorisent à environ 16,7 millions d’euros de chiffre d’affaire, soit un peu plus de 8 % du produit agricole réalisé en corse. 
Les cultures de melons, salades et tomates représentent, à elles seules, 48 % des volumes produits. Le solde est constitué d’une trentaine de références, principalement des productions de printemps et d’été. 

La production maraîchère insulaire se répartit en 5 grandes familles de légumes : 
  • les légumes feuilles : salades, blettes, céleri, chicorée, basilic, épinard, persil  
  • les légumes racines : carottes, navets, radis  
  • les légumes fruits : tomates, melons, courgettes, concombres, aubergines, poivrons, fraises, pastèques 
  • les légumes tiges : poireaux, oignons frais  
  • les pommes de terre.  
  • les légumes feuilles  

La commercialisation des produits maraîchers corses

La production maraîchère insulaire est essentiellement écoulée sur le marché local. Elle couvre approximativement le tiers des besoins du marché corse. Les seules expéditions réalisées concernent le melon et la salade mais de façon très marginale.  
Le marché se caractérise par une forte atomisation de l’offre. En effet, les circuits d’échange sont multiples et confus, à l’exception de quelques gros producteurs ayant une commercialisation bien organisée.  
On observe également un lissage des prix obtenus par les producteurs, prix souvent identiques quelques soit le stade de commercialisation. La confusion des réseaux de commercialisation participe à un manque de lisibilité dans les modalités d’échange, cette situation est le plus fréquemment défavorable aux producteurs. En effet, la confrontation de leurs volumes de production, leur manque d’organisation commerciale, face à la concurrence des vendeurs continentaux ou européens dont les prix sont majoritairement plus attractifs, ne joue pas en leur faveur.  
La concurrence est importante, elle est constituée d’importations réalisées par les grossistes mais également par les Enseignes dont la politique d’approvisionnement est de plus en plus orientée vers les centrales d’achat.  
Pour l’instant, il n’existe aucune organisation commerciale commune de la filière qui permette de faire face efficacement à cette concurrence. Ce constat s’aggrave si l’on considère les évolutions de cette filière qui font apparaître une « crise » des vocations. En 2005, elle enregistre une diminution de sa superficie exploitée (- 75 hectares) à la suite de 2 cessations d’activité et d’un départ à la retraite. Trois nouvelles installations n’ont pas permis de maintenir l’emprise foncière de la filière. Pour expliquer ce phénomène, la profession fait état des coûts élevés à l’installation ainsi que de la rareté des offres de vente des terrains propices à la culture maraîchère.  
Cette déprise se soldera au fil du temps par une diminution des volumes produits au niveau local, ce qui entamera d’autant la capacité de réponse au besoins exprimés sur le marché et ainsi les chances de valorisation de la production insulaire.  

Présentation de l’OMC  

En 2003, l’association « Organisation des Maraîchers Corses » est créée. Elle compte aujourd’hui 44 adhérents (sur 68 exploitants) répartis sur l’ensemble de la région, et représente 80 % du volume global de la production maraîchère insulaire.  

Les objectifs de l’Organisation des Maraîchers corses sont clairement définis :  

  • améliorer la mise en valeur commerciale des produits apportés par ses adhérents  
  • assurer l’adéquation entre l’offre et la demande  
  • affirmer la démarche de qualité pour l’ensemble des adhérents  
  • développer la diffusion des produits  
  • réduire les coûts de production  
  • fournir une production en total respect avec l’environnement  

En se structurant au sein de l’OMC, les maraîchers corses organisent collectivement une démarche qualité déjà initiée de façon individuelle par la modernisation des outils de production et la réorganisation de leurs exploitations. Conscients de la nécessité d’œuvrer solidairement pour répondre aux nouvelles exigences des consommateurs et des distributeurs et pour promouvoir leur savoir faire et la qualité de leur production, ils s’engagent dans une démarche collective qui se concrétise dès à présent au sein de différentes actions et qui trouvera sa pleine expression au sein du plan de relance.
  
Actions portées par l’OMC  

Constitution d’un référentiel de prix/cotation 
L’OMC réalise une cotation des différents produits durant la saison estivale. Celle-ci a pour objectif de rationaliser les pratiques de commercialisation des exploitants auprès des différents acheteurs. De plus, une identification de la présence des produits maraîchers corses sur les étals des GMS est effectuée. Cette cotation est enrichie depuis deux ans par l’observatoire des prix à la consommation.  

Conception et mise en oeuvre d’un plan de promotion  
- Campagne d’affichage en GMS : 
Deux campagnes ont été effectuées par l’OMC (en novembre 2004 et en juin 2005). Cette démarche a consisté en une prise de contact avec les chefs de secteurs « frais », les chefs de rayon « fruits et légumes »et les directeurs de magasin de grande surface. L’affiche a remporté un 10 succès certain et son adaptabilité aux différents supports de communication a participé à sa diffusion. Ainsi, ces campagnes ont allié un retour promotionnel sur les lieux de vente et l’entretien de relations privilégiées avec les responsables « achats ».  
- Campagne de presse : 
En accompagnement des campagnes d’affichage, un plan média a été mis en oeuvre de juin à août 2005 à travers la presse régionale : « La Corse, votre hebdo » et « Corse matin ».  
- Reconnaissance sur l’étiquetage : 
les adhérents ont commencé à intégrer le Logo OMC sur leurs étiquettes, mais aussi parfois sur les bons de livraison et sur les factures. L’identité visuelle des maraîchers corses figure également sur les véhicules de livraison des adhérents.  

L’impact de ces démarches de communication est surtout perceptible auprès des distributeurs. En effet, elles donnent l’image d’une filière dynamique et organisée.  

Collecte des produits phytosanitaires non utilisables et étude sur les déchets plastiques 
En collaboration avec la Chambre d’agriculture, l’OMC a mis en place sur deux années consécutives, une collecte des produits phytosanitaires non utilisables. Cette action a rencontré un franc succès auprès des exploitants.  
En parallèle, un travail sur la problématique des films plastiques agricoles est réalisé. En effet, la règlementation européenne impose aux utilisateurs professionnels, un recyclage de ce type de déchets. Ils ne peuvent être ni enfouis en décharge, ni brûlés. Pour les exploitants maraîchers, cette obligation représente une charge financière très importante. En effet, il n’existe pas de solution de traitement de ces déchets au niveau régional. La collecte pourrait être assurée par la société APPROCHIM qui les expédie ensuite vers les unités de traitement continentales. Le coût d’une telle solution (notamment en transport) apparaît comme rédhibitoire auprès des exploitants. Depuis, 2 ans, ils stockent leurs plastiques sur leurs terrains dans l’attente de l’émergence d’une solution adaptée. Compte tenu des impacts environnementaux importants que cette problématique recouvre, une étude financée par l’ADEME et l’OEC devrait prochainement aboutir à des méthodes de collecte et de traitement supportables par les exploitants.  

Les services de l’ODARC étudieront sur la base des préconisations exposées dans le cadre de cette étude, les solutions financières adaptées afin de soutenir, soit de façon individuelle, soit à travers la mise en œuvre d’outils collectifs, la filière maraîchère dans son action en faveur du traitement de ce type de déchets. Les résultats de cette étude n’étant pas disponibles à l’heure actuelle, le traitement de cette question sera ultérieurement présenté à l’Assemblée de Corse.  

Etude de préfiguration sur la mise en œuvre d’une OP 
L’OMC réalise actuellement une étude de faisabilité sur la mise en oeuvre d’une Organisation de Producteurs. Cette réflexion vise à fournir aux adhérents les éléments de décision quant à l’opportunité de créer une ou plusieurs OP en corse. Ainsi, une enquête réalisée auprès de l’ensemble des adhérents, ainsi que plusieurs rencontres avec les membres d’OP continentales, mais aussi au niveau local avec le CEBFL, l’OPAC et l’OP agrumes et fruits, ont permis d’identifier les atouts et contraintes de telles structurations. 

Les premiers résultats engagent les adhérents de l’OMC à la plus grande prudence. En effet, plusieurs difficultés d’organisation liées au contexte insulaire existent :  
  • Les distances entre les bassins de production  
  • La faiblesse des volumes produits  
  • Un réseau routier peu favorable entre la Haute-Corse et la Corse du Sud.  

L’option d’un regroupement physique de l’offre semble entamée par ces difficultés. L’OMC s’engage vers une solution intermédiaire visant à un regroupement « virtuel », solution qui répond partiellement à une démarche de structuration de l’offre mais qui présente l’avantage d’une expérimentation à moindre coût.  

Réponse actuellement apportée par le CPER
Les efforts consentis ces dernières années sur les pratiques culturales ont vocation à permettre aux produits maraîchers corse d’augmenter leur part de marché sur les étals corses, et de trouver des débouchés à l’expédition pour certaines cultures d’hiver comme les chicorées. Les actions de promotion et la création de la marque « Maraîchers Corses » dont la signature est « la nature est notre jardin », sont autant de premier pas vers une organisation de cette filière.  
Cette structuration est accompagnée financièrement et techniquement par différents partenaires :  

L’ODARC  
Par délibération en date du 22 mars 2002, l’Assemblée de Corse recommandait d’inciter à la structuration de cette filière en vu de l’engagement d’une démarche de qualité et d’identification des produits. Cette recommandation visait à une organisation des relations entre production et commercialisation pour parvenir à une plus grande satisfaction du marché local.  

La chambre d’agriculture de Haute-Corse
Elle apporte un soutien technique indispensable aux producteurs en mettant à disposition à technicien « maraîchage ».Elle intervient également sur la formation des maraîchers que ce soit sur la traçabilité ou encore sur les différentes techniques culturales par spéculation. Un appui nécessaire qui allie technique et pratiques respectueuses de l’environnement. La Chambre d’Agriculture a été étroitement associée à la réflexion portant sur les orientations stratégiques de la filière. Elle contribuera effectivement à la mise en oeuvre du plan d’action qui en découle.  

Les orientations stratégiques de la filière

  • Différencier l’offre en produits maraîchers corse afin d’optimiser leur valorisation  
  • Structurer et organiser l’offre sur le marché local afin d’accroître la part de marché insulaire  
  • Promouvoir les produits maraîchers régionaux  

Le choix d’une Agriculture Raisonnée  

L’Agriculture Raisonnée s’inscrit dans une démarche de progrès en intégrant les principes du développement durable. Ainsi, l’acte de production agricole tend à s’accorder avec les attentes de la société en matière de qualité environnementale et de sécurité alimentaire. Chaque exploitant qui adhère à cette démarche s’engage dans la mise en oeuvre d’un cahier des charges (référentiel) qui vise à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité de son exploitation. Cet engagement volontaire nécessite des efforts d’organisation et des investissements pour l’agriculteur. Néanmoins, le retour attendu est double.  

- En premier lieu, les consommateurs finaux sont de plus en plus attentifs au caractère « éthique » de l’acte de production respectueux de l’environnement et de sa santé. La reconnaissance d’un produit portant une mention spécifique (étiquetage) permet d’optimiser la valorisation de celui-ci. Seules les exploitations qualifiées par les organismes certificateurs agréés pourront faire mention « Issu d’exploitation qualifiée au titre de l’agriculture raisonnée » sur leur produits. Les conditions d’utilisation de cette mention sont destinées à éviter les confusions avec les Signes Officiels de Qualité et d’Origine et à garantir la traçabilité des produits à tous les stades de la commercialisation.  

- D’autre part, l’adhésion au référentiel de l’Agriculture raisonnée permet à l’exploitant d’anticiper sur les évolutions règlementaires, en particulier, celles liées à la conditionnalité des aides de la PAC, en visant des objectifs qui dépassent leur simple respect.  

La notion d’Agriculture raisonnée comprend des exigences qui relèvent des domaines de l’environnement, de la maîtrise des risques sanitaires, de la santé et de la sécurité au travail ainsi que du bien être animal. Ce contenu exigeant et équilibré a vocation à s’adresser au plus grand nombre d’agriculteurs.  

Les étapes de la qualification des exploitations sont les suivantes :  
  • Diagnostic : Chaque candidat doit réaliser un diagnostic de son exploitation afin de se positionner par rapport aux exigences de la qualification en s’appuyant sur des organismes professionnels agricoles départementaux (chambre d’agriculture, centres de gestion, etc)  
  • Audit : Un audit de qualification est réalisé avec l’organisme certificateur. Celui-ci intervient quelques mois (2 ans maximum) après la réalisation du diagnostic.    
  • Qualification : Dans les semaines qui suivent l’audit, la qualification est attribuée après validation par le comité de qualification de l’organisme certificateur. Une attestation est alors délivrée à l’exploitant.  
  • Fin de validité : La qualification est attribuée pour une durée de 5 ans. Durant cette période, des contrôles inopinés seront effectués par l’organisme certificateur. A l’issue de cette période, un renouvellement devra être mis en oeuvre pour la conserver.  

Les motivations qui ont conduits les adhérents de l’OMC à s’engager dans cette démarche sont multiples :  
- Il s’agit d’une démarche qualité accessible au plus grand nombre et qui garantit ainsi une meilleure adhésion des exploitants à une stratégie commune. En l’état actuel de la structuration des exploitations maraîchères corses, elle est à la portée d’une grande majorité d’entre elles.  
- Elle permet de et constitue un atout commercial supplémentaire face à une concurrence sérieuse.  
- Le nombre de produits référencés au sein de la filière rend complexe le recours à une démarche de type SOQ. Néanmoins, le référentiel agriculture raisonnée, prépare positivement les exploitants à entamer une certification " produit " de type AOC ou IGP, ce qui semble devoir être le cas pour le melon ou encore la tomate.  
- Enfin, le référentiel national servant de cahier des charges commun, l’obtention de la certification agriculture raisonnée peut être réalisée en 2 ans avec un retour commercial sur investissement rapide.  

Ainsi, l’adhésion à ce système de qualification permettra à la filière d’atteindre plusieurs objectifs :  
  • Optimisation de la gestion des exploitations  
  • L’intégration de la filière dans une démarche de développement durable  
  • La consolidation de ses débouchés par la différenciation des produits  
  • L’anticipation sur l’évolution des dispositifs d’aide publique  
  • Valorisation de l’image de la filière  
  • Une qualification du mode de production qui pourra s’assortir d’une qualification « produit ». 

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