Collectivité Territoriale de Corse

Plan de relance de la filière Oléicole

Vendredi 30 Juin 2006



Contexte

Plan de relance de la filière Oléicole
L'Assemblée de Corse a adopté lors de sa séance du 30 juin 2006 le Plan de relance de la Filière Oléicole

Histoire de l’oléiculture : la Corse, oléicole depuis toujours 

La production oléicole en Corse est très ancienne et remonte au moins au néolithique. Des vanneries contenant des noyaux d’olives ont été retrouvées sur des sites de cette époque et ont été datées à 3 400 ans avant JC. 
De cette présence préhistorique la Corse a gardé des variétés endémiques. Les travaux menés il y a quatre ans par l’Université de Corse (5 enseignants chercheurs, plusieurs thèses) nous mènent à la conclusion que la Corse a été un site de domestication de l’olivier, au même titre que le croissant fertile et le moyen Atlas. La variété Sabine de Balagne par exemple, est sans lien génétique connu avec le reste du patrimoine génétique méditerranéen. 
Tout au long de son histoire, la Corse a été occupée par différents peuples, beaucoup ont conduit des politiques de plantation, d’introduction de variétés, de greffage. Aujourd’hui la Corse dispose de 6 variétés principales locales. La dernière campagne de plantation forte remonte aux génois, il y a 400 ans.

Plus récemment dans l’histoire du début du XXe siècle, les moulins à huile ont connu un phénomène de concentration avec la mise en place de grosses unités (appelées « usine ») qui fonctionnaient avec des presses hydrauliques. Les ports d’Ile Rousse et de Bonifacio hébergeaient à l’année des courtiers en huile. La production d’huile a évolué vers une orientation de plus en plus industrielle. Les savonneries marseillaises ont constitué un débouché important. 

Mauvais résultat économique, exode rural, guerres mondiales, évolutions des modes alimentaires ont mené rapidement les oliviers vers l’abandon. Le maquis s’est installé, le feu a fait des ravages. 

Dans les années 1960 : la greffe en Picholine ne prend pas 

Suite au gel de 1956 qui détruisit une grande part des oliveraies françaises l’Etat mit en place une politique d’incitation à la plantation d’oliviers à finalité de production d’olives de table. 
Bien que la Corse n’ait pas eu à subir de gros dommages liés au gel, près de 600 hectares furent plantés en Corse. Dès les premières années de production, et malgré une bonne adaptation de la variété à la Corse la production d’olives de table se révéla être un échec économique. Imaginée pour alimenter un marché de consommation de masse, l’olive de table produite en Corse était de très bonne qualité mais trop chère. 
Cette réalité se vérifia également au niveau national, la production d’olive de table française, prévue pour se substituer aux productions des anciennes colonies de l’Afrique du Nord n’y parvenant pas. Les Picholines furent abandonnées et constituèrent un obstacle, en terme d’image, à la relance oléicole de la Corse. Certains de ces vergers furent détruits, restent aujourd’hui près de 300 hectares plantés. 

Les années 1980 : une relance portée par le milieu associatif 

Dans les années 1980, plusieurs associations se mirent en place sur l’ensemble de la Corse et s’activèrent pour inciter à la rénovation de l’oliveraie existante. La Balagne, en particulier connut un mouvement important de relance, mouvement soutenu, petit à petit, par les financeurs (Région Corse, Etat…). 
Les récoltants les plus passionnés poursuivirent, d’une année sur l’autre des actions de rénovation et commencèrent à exploiter un verger de taille « professionnelle ». La coopérative oléicole de Balagne fut créée. 
Dans le début des années 1990, la profession nationale (CEAO), puis les Chambres d’Agriculture commencèrent à doter la Corse de techniciens spécialisés sur la filière et s’appuyèrent sur cette dynamique associative. 

Les années 1990 : la structuration de la profession 

A la fin des années 1990, avec la participation de la Collectivité Territoriale de Corse, de l’ODARC, de l’Etat et le soutien des Chambres d’Agriculture, une convention régionale de rénovation permit de doper les opérations de rénovation et de rénover 400 hectares d’oliviers sur 3 ans. 
A partir de 1995 de nouveaux vergers d’oliviers furent plantés : 400 hectares en 10 ans. 
En 1999 la profession se structure au niveau régional au sein d’un syndicat : le SIDOC (Syndicat Interprofessionnel des Oléiculteurs de Corse) qui deviendra l’un des Comités régionaux de l’interprofession nationale, l’AFIDOL. 
L’oléiculture se libère de son image d’amateurisme marginal et devient une filière agricole crédible, entendue des responsables du développement de la Corse. 
La structuration régionale et l’unanimité de la profession permettent un travail en direct avec les organismes de développement. 
La légitimé du SIDOC est établie clairement : son Conseil d’Administration représentant plus de 80 % de l’huile d’olive corse vendue sous étiquette. Le SIDOC participe également à l’élaboration des politiques oléicoles et à la conception des méthodes de mise en œuvre (Contrat de Plan, Guide des aides, Conférences régionales, ….). 

Les années 2000 : la valorisation du produit 

A la création du SIDOC, le premier dossier mis sur les rails a été celui de l’AOC « Huile d’Olive de Corse - Oliu di Corsica ». Il a été déposé en 2000, la reconnaissance intervint en novembre 2004 : une instruction rapide, résultante de l’unité et de la réactivité du Syndicat, du soutien sans faille des financeurs, de l’implication et de la compétence des services de l’INAO et des membres de la commission d’enquête. 
La mise en place de l’AOC a nécessité la création d’un syndicat ad hoc. Pour une meilleure efficacité les administrateurs du SIDOC sont également administrateurs du syndicat AOC. 
L’AOC couvre l’ensemble de la zone oléicole de Corse, elle est basée sur la notion de douceur et la maturité des olives à la récolte et sur les variétés locales (Sabina, Ghjermana di Casinca, Ghjermana d’Alta Rocca, Capanacce, Raspuluda, Zinzala, Curtinese…). 
L’objectif atteint par la profession au travers de cette AOC a été d’obtenir un moyen de valorisation du produit tout en maintenant la profession unie. Il s’agissait de donner à tous les vergers et à tous les producteurs de Corse la possibilité d’intégrer l’appellation. 
Pour certains, cela est conditionné par le respect d’un programme de reconversion variétale. 
C’est en particulier le cas du verger de Picholine (300 hectares) qui, comme l’ensemble du verger de variété non locales (une soixantaine d’hectares en plus des Picholines), doit suivre un programme contraignant de reconversion : 

Le verger de l’exploitation doit comporter au minimum : 
  • 30 % des arbres en variétés locales en 2010 
  • 40 % des arbres en variétés locales en 2015 
  • 50 % des arbres en variétés locales en 2020 
  • 70 % des arbres en variétés locales en 2025 
Ce programme de reconversion est difficile à mettre en place pour bon nombre d’exploitations travaillant sur les vergers de Picholine : elle est souvent la seule variété présente sur l’exploitation, et parfois sur plus de 5, 10, voire 20 hectares. La seule possibilité technique est alors l’arrachage et la replantation, très difficile à envisager pour les exploitants, du point de vue économique comme du point de vue patrimonial. Le surgreffage pourrait être envisagé mais il n’y a, à ce jour, aucun recul technique, les risques de mauvaise compatibilité existent et les difficultés liées à la casse des greffes au cours des 10 premières années sont réelles. 

La production d’olive de table est la première source de revenu pour la plupart des exploitations oléicoles de Provence, elle est inexistante en Corse alors même que le marché existe. C’est ce qui conduit la profession à envisager une autre finalité pour certains vergers, de Picholine en particulier, évitant ainsi les difficultés d’un programme de reconversion douloureux et coûteux. De plus, cette forme de valorisation serait un moyen d’augmenter le revenu des oléiculteurs. 

Aujourd’hui : un pari économique encore à gagner 

Les récoltants : 
Cinq cents personnes récoltent des olives en Corse, parmi elles, une centaine sont des agriculteurs. 
Chaque année la filière installe de jeunes agriculteurs. La production d’huile d’olive séduit. Elle apparaît, en général, comme une activité à associer à une autre production sur les exploitations. L’unité de la profession et le climat de collaboration qui y règne sont un atout qui facilite les échanges d’expériences et l’intégration de nouveaux producteurs. 

Le verger  
Avec plus de 2100 hectares l’olivier est la seconde spéculation en arboriculture de Corse, derrière les clémentiniers.
Ces 2 100 hectares sont constitués pour : 
  • 1 400 hectares d’oliviers anciens rénovés, 
  • 300 hectares de vergers de Picholine datant des années 1960, rénovés, 
  • 400 hectares de nouvelles plantations installées depuis 1995. 
Ce verger n’a pas encore réalisé son potentiel productif. Les vergers récemment plantés sont tous irrigués et pour une grande part, encore trop jeunes. Les rénovations entrent en production, avec les aléas des plantations anciennes en sec. 

Le parc de moulins 

La Corse compte une vingtaine d’unités, parmi lesquelles 7 qui sont des chaînes continues de grandes capacités, toutes modernisées depuis moins de 10 ans. Ces dernières traitent à elles seules plus de 80 % de la production régionale. 
Depuis quelques années, des moulins individuels de domaine voient le jour. Par la collaboration étroite qui lie le syndicat à l’ODARC il a été possible de poser une condition à leur financement : que seules les olives de l’exploitation y soient triturées. Ceci permet de proposer au consommateur des huiles issues du travail du producteur qui procède lui-même à la transformation, et dans le même temps, de ne pas porter tort aux moulins existant qui travaillent pour des tiers et qui sont un rouage important de la filière et de sa structuration. 

La production 
D’énormes progrès ont été réalisés en 15 ans, la technicité des exploitations augmente régulièrement. La production de la dernière campagne 2004/2005 se chiffre à 330 tonnes d’huile. 
130 tonnes ont été agréées en AOC. 
La production annuelle de la Corse augmente, le phénomène de l’alternance se réduit. La moyenne de production annuelle était de 150 tonnes d’huile par an fin des années 1990, elle est aujourd’hui de 250 tonnes et doit doubler d’ici 4 à 5 ans. 

La commercialisation : des améliorations indispensables 
La mise en place de l’AOC ne s’est pas accompagnée d’un effet sur les prix qui sont restés stables. L’huile d’olive de Corse est l’huile d’olive française qui est vendue le moins cher (en général entre 8 et 11 € le ¾ en départ exploitation en vente directe, 9 à 11 € le litre vendue en vrac). La différence avec les prix pratiqués en Provence se situe entre 2 et 4 €/litre. 
Alors même que les coûts de production sont plutôt plus élevés en Corse, que la production y est plutôt plus irrégulière, et que la Corse ne bénéficie pas d’une valorisation supérieure par l’olive de table, les prix de vente de l’huile sont plus bas. 

La pérennité des exploitations est moins bonne qu’en Provence, les oléiculteurs ne valorisent pas suffisamment leur produit

Une zone de commercialisation à élargir. 
Pour l’instant essentiellement vendue en Corse, l’huile d’olive régionale n’a pas de grande marge de progression ni en volume ni en prix. 
Avec l’augmentation de la production attendue, la nécessité d’accroître la zone de commercialisation est un impératif. 
L’huile d’Olive de Corse dispose d’atouts qui lui viennent de sa particularité organoleptique et de son AOC, mais aussi d’une lisibilité facilitée. En effet, la Corse est bien identifiée par les consommateurs continentaux comme par les habitants du Nord de l’Europe (Allemagne et Belgique en particulier) pour qui elle représente une destination de vacances et de soleil. 

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