Collectivité Territoriale de Corse

Projection du film sur "les femmes Corses déportées" à la CTC : Intervention de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse,

Journée internationale de la femme, 8 mars 2016

Mardi 8 Mars 2016



Mesdames et Messieurs,
 
La journée internationale des droits des femmes est l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes et l’égalité dans les sociétés. 
Quel plus beau symbole, en ce 8 mars, que de rendre hommage aux femmes qui, dans ce pays, ont, pendant la 2nde guerre mondiale, pris tous les risques pour lutter contre le fascisme et le nazisme ?
La Résistance est en effet une des pages parmi les plus glorieuses de l’histoire de la Corse et de son peuple.
Elle s’organisa dans l’ombre, au nom d’idéaux parfois distincts, mais toujours dans l’engagement viscéral de tout faire pour que flotte à nouveau sur l’île le drapeau de la liberté. Nos rues, nos lycées, nos places, nos mémoires collectives gardent la trace de ces noms glorieux, entrés dans l’histoire, quelques fois au prix du sacrifice ultime.  
Le film de Jackie Poggioli a l’immense mérite de nous rappeler, si cela était nécessaire, que dans ce combat héroïque, dans ce face à face avec les Ténèbres, il n’y avait pas, loin s’en faut, que des hommes. 
Il y avait aussi, et tout autant, des femmes.
 
Quelle donne corse, erede è eroe di a nostra storia trabalzata, figliole di issa tarra di passione è di stragge, ch’anu fattu a scelta di ricusà l’incalcu di a sottumissione. Quelle donne chì trasmettianu i messaghji, chì rinsegnavanu e rete, chì piattavanu i ricercati è i macchjaghjoli, chì tramutavamu l’arme, è, qualchi volta, e purtavanu ancu in manu. È bella sicura, quelle, dinù, chì fecenu à a Corsica u rigalu u più sacru : quellu d’avè avutu u curaggiu d’apre a so porta à quelli chi si vidianu cuntestà sin ‘ à a so umanità, per via di a so origine o a so religione, mentre chi d’altri, da mare in là, i palisavanu è i ghjastimavanu.

Dans l’île et en dehors de celles-ci, les résistantes ont été l’honneur de ce pays et de ce peuple.
Elles l’ont fait avec un courage tranquille, sans bruit ni ostentation, sans jamais revendiquer aucun autre mérite que celui de prendre le risque de mourir pour une certaine idée de l’Homme et de la Liberté. 
Et confrontée à la prison, à la torture, à la déporation, elles puisèrent au fin fond de leur cœur et de leur âme le lumineux courage qui leur conféra l’humanité inviolable et indestructible dont la barbarie prétendait justement les déposséder. 
Oui, il est heureux que le film « Résistantes corses déportées » nous permette désormais d’avoir l’assurance que la mémoire de ce qu’elles firent, de ce qu’elles furent, et de ce qu’elles sont et seront pour toujours, se transmettra après que les dernières voix se soient éteintes.
Oui, il est juste et légitime que nous soyons aujourd’hui réunis pour leur rendre hommage, dans cette hémicycle qui est le cœur battant de la démocratie corse, de la démocratie en Corse, pour lesquelles elles se sont tant battues.
Comme l’écrivit René Char dans ses Feuillets d’Hypnos, où l’âme de la Résistance reste à jamais inscrite et conservée: 
« A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert est mis ».
Puissions-nous aujourd’hui honorer de toute notre âme et de toutes nos forces les femmes de ce pays et inviter à notre tour, à la table de notre île, et à la place qui lui revient, le plus sacré des biens : la Liberté sacrée, a nostra santa Libertà.