Collectivité Territoriale de Corse

Remise du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004

Mercredi 5 Janvier 2005



Remise du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004
Ange Santini, Président du Conseil exécutif de Corse et Camille de Rocca Serra, Président de l’Assemblée de Corse, en présence de Marie-Jean Vinciguerra, Président du Jury, ont remis les Prix de la Collectivité Territoriale de Corse.
 
Historique du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse
 

Institué en 1984 par l’Assemblée de Corse dans le cadre de sa politique en faveur de la langue et de la culture corses, le Prix de la Collectivité Territoriale de Corse récompense les meilleurs œuvres littéraires ou scientifiques relatives à la Corse, rédigées en langue corse ou en langue française.
Chacun des prix est doté de 4 575 euros, les dotations étant directement attribuées aux auteurs primés.
 
Le jury du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse
 

Le jury du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse est composé de dix-huit membres, élus ou désignés pour la durée du mandat de l’Assemblée de Corse et répartis comme suit :
  • Les Présidents du Conseil exécutif et de l’Assemblée de Corse,
  • Neuf Conseillers territoriaux représentants les groupes politiques de l’Assemblée de Corse,
  • Sept personnalités qualifiées, extérieures à la Collectivité Territoriale de Corse, désignées en raison de leurs compétences dans les domaines relevant du Prix. Trois d’entre elles sont désignées par le Président du Conseil exécutif, deux par le Président de l’Assemblée de Corse et deux par le Président du Conseil économique, social et culturel.
 
 Le  Président du jury Marie-Jean Vinciguerra, est élu pour trois ans au scrutin secret parmi les sept personnalités extérieures à la Collectivité Territoriale de Corse.

Le Prix de la Collectivité Territoriale de Corse

Remise du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004
L’ensemble des ouvrages admis à concourir pour le Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004, sont ceux parus depuis novembre 2002.
 
Le jury du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse s’est réuni le mercredi 1er décembre 2004 pour désigner les lauréats du Prix 2004 en langue française et en langue corse. Compte tenu de la qualité et de la diversité des ouvrages restant en lice après la présélection du 27 octobre 2004, il a été décidé de décerner cette année, dans chacune des catégories « langue française » et « langue corse », un prix partagé. 

Ainsi les lauréats sont :
 
En langue française :

 
- « A Settimana Santa in Corsica » de Dominique Verdoni aux éditions Albiana-CCU
 
L’étude a porté sur un ensemble de rites traditionnels entourant la Semaine Sainte, depuis le dimanche des Rameaux au lundi de Pâques, et qui au-delà de leur incorporation aux célébrations liturgiques précisées par l’Église catholique, témoignent également d’une présence forte du religieux pris dans un sens plus populaire. La multiplicité de la documentation utilisée, dans la diversité de ses contenus -ethnodocuments, croyances et usages, création littéraire-, par l’hétérogénéité de sa forme -chants, instruments, processions, repas rituels-, et la qualité du support iconographique -photos, dessins-, a été précisément réunie là pour montrer quelle ferveur populaire suscite cette manifestation.
Le questionnement sur le religieux ne peut faire l’économie de ces expressions si riches et si présentes qui offrent à la piété populaire leur intensité émotionnelle particulière, ici et maintenant, croisant ainsi parole liturgique consacrée, à valeur universelle, et geste populaire perpétué, à valeur culturelle propre.
 

Remise du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004
-  « La chasse de nuit »  de Marie Ferranti aux éditions Gallimard
 
Le narrateur, Matteo, est un mazzeru, sorte de devin ou de sorcier, capable de voir dans le regard des animaux tués à la chasse quel est le prochain villageois appelé à mourir. Matteo est l’un des derniers mazzeri ; nous sommes dans les années trente, dans un petit village corse. Le mazzeru doit faire face à des rêves terribles, qui hantent ses nuits : scènes de chasse sanglantes dont il ressort hagard, et qui ne font que prolonger les scènes bien réelles de tuerie de sangliers ou de mouflons, au cours desquelles la sauvagerie des hommes se déchaîne.
Le roman s’ouvre sur une de ces chasses, au terme de laquelle Matteo découvre qu’un homme, Petru Zanetti, doit mourir dans l’année. Or Petru est le chef d’une famille qu’une rivalité ancestrale oppose à celle de Matteo. La femme de Petru, Lisa, étrangère au village, apprend que son mari est condamné par la prédiction du mazzeru. Elle est prête à tout pour le sauver, persuadée que Matteo a le pouvoir de renverser le sort. Un jeu étrange s’instaure alors entre Lisa et Matteo, fait d’attirance et de dégoût, de désir et de haine...
L’engrenage tragique dans lequel les personnages se trouvent broyés est décrit avec une efficacité qui rappelle le Paul Morand de La folle amoureuse : la tension dramatique constante préserve toujours le mystère qui entoure les êtres et leurs agissements. Un roman d’une force, d’une intensité, d’une limpidité impressionnantes.

Remise du Prix de la Collectivité Territoriale de Corse 2004
En langue corse
 
- « Detti capicursini - Le Souffle populaire » de Charles Castellani aux éditions Sammarcelli
 
Publié en 2004, recueil de dictons de la micro région 
 
-  « www mazzeri.com » de Ghjuvan-Luigi Moracchini aux éditions Albiana-CCU
 
Publié en juin 2004 par les éditions Albiana Centre Culturel Universitaire, ce recueil de nouvelles met en scène différents aspects de la vie quotidienne en Corse qui rentrent en confrontation avec des croyances traditionnelles. Le mazzeru, personnage mythique est présent dans la totalité de ces nouvelles qui sont construites pour faire monter une tension qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’à l’épilogue. Jean Louis Moracchini n’hésite d’ailleurs pas à lancer le lecteur sur des fausses pistes pour entretenir le suspense. 
Dans une prose résolument moderne et facile d’accès, Jean Louis Moracchini met en scène de nouveaux acteurs et de nouveaux décors : l’Université de Corse devient un lieu d’intrigues, la Collectivité Territoriale de Corse promeut une politique de coopération internationale, l’Internet devient le lieu de chasse des mazzeri modernes...
Le style précis et sobre est au service de la narration sans préoccupation formelle excessive ou recherche d’un vocabulaire réservé à des spécialistes.  C’est le plaisir de raconter, de captiver
le lecteur qui est premier. 
Ainsi par exemple, dans Drittu di Prima notti, une étudiante est confrontée à des manifestations étranges. Un jeune élève d’origine marocaine écrit des messages en latin dont l’origine ne fait pas de doute ; c’est Orsu Alamanu, le terrible seigneur de Fretta qui réclame justice : il n’a pas exercé de droit de cuissage. La jeune étudiante ira de découverte en découverte, jusqu’à la surprise finale. 
 
Par ailleurs une mention spéciale du jury est attribuée à la collection pour enfants
 
« Arcubalenu » d’Arnestu Papi aux éditions Albiana-CCU
 
Il était une fois, un Professeur des écoles à la retraite et ancien Directeur de l’école maternelle de Funtana Vechja à Porti Vechju, Arnestu Papi, et une Professeur des écoles aujourd’hui en activité dans les écoles maternelles bilingues, Lucia Thiers.
Comme les fées s’étaient penchées très tôt sur leurs têtes devenues grisonnantes, ils décidèrent un jour d’associer, pour ces contes pour enfants de 4 à 6 ans, leur art et leur expérience. 
Imprégnés tout deux de l’univers merveilleux de la culture corse comme de son territoire naturel, ils offrent aux yeux curieux des nos jeunes lecteurs des histoires pour apprendre la vie. Des couleurs et des sons se répondent, « clairs comme des chairs d’enfants ». 
MammaNatura : entrons dans la ronde des saisons avec Mamma Natura venue doucement éveiller ces 4 fils, Automne, Hiver, Printemps, Eté qui nous proposent chacun d’entre eux de ludiques activités de saison...
Nocca : la feuillue ellébore, Nocca, qui verdit dans nos campagnes souffre de la sécheresse et part à le recherche de la source bienfaisante...
Pettirussu : Rouge-gorge, le frileux, cherche abri pour l’hiver car le feu a détruit son nid douillet,  mais les arbres eux aussi ont eu à pâtir de bien des catastrophes...
U Natali di Petru : C’est Noël ! Petru s’endort dans ses rêves de cadeaux, mais la nuit est épaisse, le brouillard cache la maison de Petru, et le traîneau de Babbu Natali passe...Qui alors apportera ses cadeaux à l’enfant ?...
Vacciareddu : la maman moufflon, Muvrabedda, et son petit, Vacciareddu, s’en vont dans la plaine où l’herbe est paraît-il toujours plus verte. Pauvre Vacciareddu qui s’égare...
Bona festa o Stè ! : Stefana a en commun avec l’étoile, Stella, qu’elle guette à la tombée de la nuit, la même première syllabe que répète sans fin l’écho de la montagne. Est-ce pour cette étrange complicité que l’étoile fait un merveilleux don à la fillette ?...

Biographie

Mme Dominique Verdoni,
41 ans, enseignant-chercheur à l’Université de Corse Pasquale Paoli depuis 1992 
Docteur en anthropologie sociale et culturelle.
Doyen de la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLLASH) depuis mars
2003.
 
Marie Ferranti,
née en 1962, vit actuellement à Saint Florent.
Avant de se consacrer à la littérature, elle fut professeur de lettres. 
Son premier roman, Les femmes de San Stefano (Gallimard, 1995), fut couronné par l’Académie française. Elle est également l’auteur de La chambre des défunts (Gallimard, 1996), La fuite aux Agriates (Gallimard, 2000), La princesse de Mantoue (Gallimard, 2002), Grand Prix du Roman de l’Académie française 2002 et d’un essai sur l’œuvre romanesque de Michel Mohrt : Le paradoxe de l’ordre (Gallimard, 2002) ; La chasse de nuit (Gallimard 2004).

Charles Castellani,
L’auteur est né en 1932 à Siscu. Instituteur, il a exercé dans de nombreux villages insulaires et a terminé sa carrière à Bastia.
Représentant plusieurs associations culturelles, Charles Castellani, entre 1983 et 1992, a siégé au sein du Conseil de la culture de l’environnement et du cadre de vie. Il y a défendu, entre autre, une revendication formulée dès 1976 par l’association Scola Corsa Bastia qui demandait que l’enseignement de la langue corse soit obligatoire pour l’école élémentaire mais que son étude demeure optionnelle pour l’élève. D’autre part, entre 1992 et 2002, il a représenté ces mêmes associations au Comité français du Bureau européen des langues les moins répandues dont il a été le vice président.
Charles Castellani est l’auteur de nombreux ouvrages.
- « Géographie de la Corse à l’usage des enfants » : deux éditions : en 1977, édition en langue française et en 1983 édition en langue corse. (Edition Scola Corsa)
- « Hôtes et Enfants de Bastia ». Edition Sammarcelli (1997). Le livre rappelle la mémoire de quelques personnalités nées ou qui ont séjourné à Bastia et qui ont participé à des degrés divers à la vie et à la renommée de la cité.
- « Le Mépris des urnes ». Edition AEDIS. Vichy. (2001). Sous la Ille République, grâce aux électeurs insulaires, de nombreuses personnalités politiques continentales, battues dans leurs circonscriptions, retrouvèrent un siège à l’Assemblée nationale ou au Sénat. Le livre retrace donc quelques épisodes des luttes électorales de l’époque.
« Detti capicursini »: recueil de dictons de la micro région. Edition Sammarcelli (2004) 
En préparation: « Les oubliés de l’Histoire », fresque sur les Corses de la période du Second Empire, et une monographie de Siscu.
 
Jean Louis Moracchini,
Né en 1959 à Bastia, originaire de Ventiseri dans le Fiumorbu, il poursuit ses études secondaires au lycée Marbeuf de Bastia où il participe aux cours de langue et culture corses de Ghjacumu Thiers. Ces années sont propices aux rencontres avec les jeunes créateurs comme les Duie Patrizie mais aussi avec les auteurs de la génération du renouveau culturel corse connu sous le nom de la Génération des années soixante-dix. 
Ces rencontres feront  que Jean Louis Moracchini se tournera vers l’écriture en langue corse. Sa première publication en prose paraît en décembre 1976 dans la revue Kyrn. D’autres suivront, notamment dans la revue Rigiru et dans les Quaterni di Scola Corsa. En 1987, il obtiendra le 3ème prix du concours Misteri da impennà organisé par RCFM. En 2003, il sera le lauréat de la Biennale organisée par le Centre Culturel Universitaire.
En 2004 paraît aux éditions Albiana-CCU, un recueil de nouvelles intitulé www.mazzeri.com. Dès ses  premières productions, Jean Louis Moracchini s’inspire du fonds des croyances magico-religieuses de la Corse pour créer de courtes nouvelles qui font souvent appel au fantastique mais qui posent aussi des interrogations fondamentales sur la société corse et son devenir. Après une longue interruption, Jean Louis Moracchini est revenu à la littérature en langue corse avec des nouvelles plus longues, ancrées dans la modernité mais faisant toujours appel au fonds culturel corse.
Jean Louis Moracchini est Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, titulaire d’un DEA d’Etudes Corses et d’un DEA de Psychologie. Ancien directeur de l’IUFM de Corse, il est aujourd’hui Inspecteur de l’Education Nationale à Ajaccio.