Collectivité Territoriale de Corse

Rendre accessibles la culture et le patrimoine

Mardi 22 Novembre 2011



La Culture

Depuis le début du 20ème siècle, la reconnaissance de l’intérêt général de la culture est allée en s’élargissant de façon régulière. Les Constitutions de la IVe et de la Ve Républiques ont inscrit dans leur préambule que « la nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». L’égal accès à la Culture des citoyens est donc érigé en principe fort inscrit dans la Constitution ; plus généralement, il est largement reconnu en France, que la Culture constitue une dimension à part entière du développement général, y compris social et économique.

Ce droit à la culture est d’ailleurs une valeur universelle qui est inscrite comme telle dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 22, adoptée en 1948 par l’ONU.

Néanmoins, il faut admettre que cette égalité de droit préconisée dans l’agenda 21 de la Culture, est pourtant loin d’être une réalité pour tous. Pour ce qui est de notre région, plusieurs facteurs limitent de fait l’accès en Corse à une culture diverse et à un patrimoine préservé.

L’offre culturelle doit faire face à des contraintes économiques grandissantes : concurrence avec les multinationales des industries culturelles (TV, internet etc....), faible marge budgétaire des collectivités, mécénat peu développé, initiatives associatives et militantes souvent isolées. Dans ce contexte, ce sont évidemment les zones de l’intérieur qui se trouvent souvent les plus démunies.

Par ailleurs, cette offre, quand elle existe, est loin d’être homogène : tant en contenu qu’en accessibilité. Alors même que l’égalité d’accès culturel entre publics des centres urbains insulaires est loin d’être du même niveau que celle des centres urbains continentaux, une forte disparité existe, en termes d’accessibilité culturelle, entre les populations vivant dans les agglomérations insulaires et les populations rurales. Ainsi, il en coûte souvent 2 fois plus cher à un habitant d’une commune située en milieu rural d’inscrire son enfant à des cours de théâtre, de musique ou de danse qu’à un habitant des agglomérations et cela, pour une offre plus limitée. Il y a là, indéniablement, un manque de péréquation territoriale dans le financement des initiatives locales qui rend le développement culturel en milieu rural souvent plus ardu qu’en zone urbaine.

A ces deux difficultés, (offre limitée et souvent plus coûteuse), s’en ajoute une 3ème qui provient des différences de revenus des ménages. Cela est observable en Corse comme au plan national. On note une réelle surreprésentation des catégories socioprofessionnelles supérieures dans le public fréquentant les établissements culturels. Cela place les structures culturelles insulaires, compte-tenu du profil socioprofessionnel de la population corse, dans la nécessité de développer des efforts encore plus importants pour susciter l’intérêt et emporter l’adhésion des publics sans non plus s’aliéner une source d’autofinancement indispensable.

Pour cela, il faut développer en Corse tous les dispositifs institutionnels qui tendent vers ce but, en privilégiant ceux de ces dispositifs qui sont réellement adaptés aux caractéristiques de notre territoire, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas surdimensionnés par rapport à l’échelle insulaire, mais permettent néanmoins dans des conditions optimales, la diffusion au plus grand nombre des œuvres tant de la création contemporaine que celles des siècles passés, appartenant à la culture universelle.

Pour assurer au mieux cette diffusion, le conventionnement avec l’Etat devra être revisité. Des aménagements mieux adaptés à notre réalité devront être apportés à ces dispositifs nationaux, permettant de considérer autant un réseau qu’une institution unique, et permettant aux collectivités publiques insulaires d’accompagner les différents projets afin de leur permettre d’atteindre un niveau crédible d’éligibilité et de productivité.

Afin de parvenir à ce but, il conviendra de faire un effort accru en matière de formation qui doit devenir un axe fort de la politique d’accès à la culture. Dans cette perspective et, en complément d’actions directes que nous pourrions mener, la CTC participera de la définition du PREAC (Pôle de Ressources en Éducation Artistique et Culturelle) dans les différents domaines de la culture et du patrimoine.
En ce sens, tous les moyens que nous mettrons en œuvres devront poursuivre l’objectif de garantir l’accès de tous les corses à une offre culturelle et artistique de qualité, notamment dans le spectacle vivant.

Aussi, la CTC en concertation avec les autres collectivités publiques insulaires s’engage à développer des actions structurantes en la matière, telles que le schéma territorial des enseignements artistiques. De la même façon, un effort particulier sera réalisé sur la construction et la mise à niveau technique et scénique des équipements culturels.

Tout autant, la prise en compte des projets culturels et artistiques des centres culturels devra faire l‘objet d’une analyse partagée des différents partenaires publics afin de les doter des moyens suffisants et nécessaires à leur pérennisation.

S’agissant des festivals et des manifestations artistiques, dans la perspective de garantir d’une part une meilleure répartition géographique et calendaire et d’autre part, de démocratiser leur accès et accroître leur professionnalisme, il est nécessaire d’intégrer cette méthode de concertation avec les différents partenaires.

Dans le domaine de l’audiovisuel et du cinéma l’accent sera porté sur la formation et l’éducation à l’image afin d’impulser l’émergence de jeunes talents en s’appuyant sur les outils existants comme la cinémathèque de Corse. Le soutien des manifestations cinématographiques devra se faire dans le cadre d’une approche territorialisée et concertée.

Cela sera également le cas dans le domaine des arts plastiques, avec notamment la création d’un centre d’art dédié à la formation et à la diffusion dans le cadre d’une structure légère qui pourrait faire fonction de classe préparatoire et de laboratoire destiné à des étudiants déjà diplômés. Tout autant, l’application de la loi, dite du 1% de commande publique d’œuvres pour les propres bâtiments de la CTC serait de nature à favoriser d’une part le soutien à la création insulaire et d’autre part un moyen de rendre ces œuvres accessibles au public.

Concernant le livre et la lecture publique, l'amélioration de l'accès à la lecture de l'ensemble de la population sera un axe fort en veillant à réduire les inégalités géographiques mais aussi celles résultant de handicaps en développant une politique volontariste en direction des publics isolés, empêchés, défavorisés ou « réticents ».

L’accessibilité à l’art contemporain doit être également un axe fort de la politique menée par le FRAC. En matière d’enseignement, de sensibilisation et de diffusion artistiques la mise en œuvre d’un projet de structure muséale pour le FRAC doit lui donner les moyens de développer un volet recherche et enseignement en collaboration notamment avec l’Université de Corse ; de tisser un réseau avec des structures internationales pour élargir l’offre de présentation d’œuvres d’art contemporain ; de développer un programme de diffusion sur l’ensemble du territoire en concertation avec les différents partenaires publiques; d’organiser des manifestations d’envergure à destination du grand public.

Enfin, des dispositifs destinés à l’élargissement des publics seront recherchés, ceux existants méritant d’être pérennisés comme le « Pass-cultura ».

Plus généralement, la formation doit être un axe fort de la politique d’accès à la culture. Aussi, en complément d’actions directes, la CTC participera de la définition du PREAC (Pôle de Ressources en Éducation Artistique et Culturelle) dans les différents domaines de la culture et du patrimoine.

Le Patrimoine

Dans le domaine du Patrimoine, les années 1978-1984 constituent une période charnière dans l’histoire des politiques publiques du patrimoine. Ce dernier devient un champ nouveau de l’intervention publique qui en s’en emparant se propose dans la mise en œuvre de ses actions d’interroger le sens social et historique de cette notion.

Défini comme l’ensemble des richesses culturelles matérielles ou immatérielles d’une société, héritage du passé ou témoin du monde contemporain, le patrimoine est considéré comme indispensable à l’identité et aux solidarités des groupes sociaux et résultat de leur talent. A ce titre, il mérite d’être sauvegardé et mis en valeur afin d’être partagé par tous et transmis aux générations futures.

Les réflexions et études sur le patrimoine se multiplieront à partir des années 1990 étendant sa signification, définissant de nouveaux enjeux économiques et sociaux, questionnant sur les pratiques territoriales s’y rapportant et mettant en lumière les rapports entre la mémoire, l’histoire et le patrimoine (Cf. Pierre Nora « les lieux de mémoire »).

Revenons aux périodes clés qui permettent d’éclairer la structuration des politiques contemporaines du patrimoine en évoquant 4 moments importants.
Avec la Révolution française, la notion de patrimoine évolue de biens privés à biens collectifs.
En 1830, Guizot et la mise en place d’une administration des monuments historiques.
En 1913, la loi sur les monuments historiques.
Enfin, en 1960, la création d’un ministère de la culture avec André Malraux et la mise en place progressive des services déconcentrés en régions.

Rappelons pour mémoire que sous la Monarchie existait une administration des biens de la Couronne (Maison du Roi, Surintendances) et la définition et l’encadrement d’une réelle politique de création artistique avec l’institution de l’Académie Royale de Peintures et de Sculptures chargée de réguler et d’enseigner ces arts, complétée par la fondation de l’Académie de France à Rome en 1666 et l’Académie Royale d’Architecture en 1671.

Plus particulièrement, en ce qui concerne la gestion du Patrimoine de la Corse, une évolution importante s’est faite avec la loi de janvier 2002 portant transfert de compétences qui offre un vaste champ d’interventions à la CTC devenue chef de file en matière de politique patrimoniale et culturelle. Notre institution régionale reste à ce jour, par rapport à l’ensemble du pays, la collectivité qui a le plus de compétences en matière patrimoniale. Elle dispose ainsi de toutes les compétences pour étudier, conserver et mettre en valeur un patrimoine, marqueur essentiel de l’identité corse.

A ce titre, le Patrimoine corse témoigne par sa diversité, ses richesses, ses aires de référence artistiques, du dynamisme de la création en Corse au cours des siècles écoulés et de la place privilégiée occupée par l’île dans le concert des échanges culturels méditerranéens.

Œuvrer à la connaissance experte et à son accessibilité, à la conservation, à la mise en valeur de ses composantes en vue d’une appropriation par les habitants et les publics, constitue un axe fondamental de la politique patrimoniale de la CTC, conforme à son rôle de chef de file.

Il appartiendra donc à la CTC de favoriser l’accès de la population corse à son patrimoine, à mieux le connaître et à se l’approprier. Cet objectif pourra être atteint de plusieurs manières. En premier lieu et en ce qui concerne les jeunes générations, cela pourra se faire, par le biais de partenariats, notamment avec l’Education Nationale. Mais également en organisant des événements susceptibles de sensibiliser les élus, les associations et les professionnels tant aux enjeux qu’aux méthodes de conservation, de restauration et de mise en valeur.

S’agissant du patrimoine immatériel en particulier, la CTC coordonnera les actions entreprises pour le transmettre aux plus jeunes dans le cadre d’actions éducatives et d’ateliers de recherche.

En ce qui concerne un public plus large, comprenant notamment les visiteurs de notre île, il conviendrait de solliciter les institutions à vocation touristique telles que l’Agence du tourisme de la Corse, les Offices du Tourisme ou, plus généralement, de communication au travers des médias.

L’action transversale de l’Ingénierie notamment pour ce qui a trait à l’accompagnement de projet et à l’assistance à maîtrise d’ouvrage doit être au centre de cette politique. En effet, l’accessibilité à la culture suppose une aide pour accompagner l’offre. L’ingénierie culturelle par son expertise dans ce domaine et le parc de matériel peut permettre d’améliorer cette offre; elle suppose également d’accompagner les acteurs culturels publics ou privés dans la définition et la mise en œuvre de leur projet ainsi que dans la promotion de leurs créations en Corse et à l’extérieur de l’Ile notamment dans des salons professionnels et par la mise en œuvre d’un site « portail » de la Culture.

Elle suppose enfin que, par une évaluation et une territorialisation des politiques, les handicaps et les inégalités soient réduites.