Collectivité Territoriale de Corse

Réunion de la Commission Violence le 18 novembre 2011 à Corté

Mardi 15 Novembre 2011



Réunion de la Commission Violence le 18 novembre 2011 à Corté
La commission constituée par l’Assemblée de Corse sur l’étude des phénomènes de violence poursuivra ses travaux par l’audition des responsables du Groupe « Corte 96 », ainsi que, compte tenu de l’actualité récente, et après le vote d’une motion lors de la séance publique des 27 et 28 octobre 2011 sur ce sujet, celle des deux associations départementales des maires.

A travers ces deux exemples, il s’agira notamment d’évoquer les répercussions de la violence sur les comportements individuels et le fonctionnement de notre société au quotidien.

La commission se réunira sous la présidence de Dominique Bucchini le vendredi 18 novembre 2011, à  la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Corté.

 
Ordre du jour

14 heures : Audition du Groupe « Corte 96 », animé par MM. Pietri, Pernin et Orsoni

16 heures : Audition de Joselyne Mattei-Fazi, Présidente de l’Association des Maires de la Corse-du-Sud, et d'Ange-Pierre Vivoni, Président de l’Association des Maires de la Haute-Corse.

Interview de Dominique Bucchini - Article de Corse Matin du 18 novembre 2011 - Propos recueillis par Paule Casanova-Nicolaï

Photo Michel Luccioni
Photo Michel Luccioni
Conscient de la gravité de la situation, le président de l'assemblée de Corse dénonce l'appât du gain et la civilisation du fric. Dominique Bucchini en appelle au sursaut citoyen pour réfuter la violence


Il souhaite éviter les effets d'annonce et les polémiques. Depuis qu'il est Président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini refuse de se valoriser. Il veut oublier les scoriesdu passé, travailler dans la concertation et aller de l'avant. Si ses pensées les plus profondes et ses propositions les plus pertinentes, il les réserve aux membres de la commission, il ne se prive cependant pas d'asséner quelques vérités. La veille de la cinquième réunion de commission ad hoc, Dominique Bucchini livre son sentiment sur l'engrenage de la violence qui inquiète citoyens et élus.

La commission violence est installée depuis un an. Quel bilan dressez-vous ?
Nous sommes conformes aux engagements que nous avons pris en commun. Nous tenons le rythme des auditions qui nous permettra d'avoir un panorama complet de l'état des lieux. C'est une phase assez longue, car si nous n'avons pas le tissu de l'existant avec le témoignage d'élus, d'hommes, de femmes de terrain et de spécialistes, nous ne pouvons pas jouer la deuxième mi-temps du match…

Des actions concrètes seront actées ?
Une fois que nous aurons clarifié les enjeux, la commission va réfléchir au bilan d'étape. Dans la concertation, nous travaillons, ensuite, sur la démarche à engager pour aller plus loin. Enfin, nous serons auteurs d'un certain nombre de propositions pour que l'assemblée de Corse en débatte, en ayant à l'idée que plus nous abordons les problèmes dans les détails plus il peut y avoir des divisions politiques.

Tenant compte de la diversité de l'assemblée, pouvez-vous réussir à définir une politique sur le long terme ?
On ne va pas régler le problème de la violence en un an. Il faut mener une action en profondeur. Nous voulons obtenir le maximum de soutiens pour mettre en place des actions qui seront à définir en commun, au sein de l'assemblée. Envers la jeunesse, notamment. Il faudra aussi se tourner vers d'autres partenaires. Travailler de concert avec l'État, les conseils généraux, les maires… Est-ce que l'assemblée de Corse peut partir seule à l'assaut des conséquences de la drogue en Corse ? C'est impossible.

La CTC a-t-elle les moyens d'agir sur une autre forme de violence : la spéculation immobilière, par exemple ?
Je vous renvoie aux assises du foncier et du logement. Il y a eu une forte participation citoyenne, sur l'ensemble du territoire. Lorsqu'on crée un établissement public foncier, une agence d'urbanisme, un comité de pilotage sur la loi Littoral, on organise une large concertation sur le Padduc… La CTC montre qu'elle s'active pour venir en aide aux collectivités et tenter de régler les problèmes.
La situation n'est pas simple. Il faut un développement touristique qui applique la loi, mais il y a un certain nombre de personnes qui font pression sur les élus et qui, ensuite, s'entretuent ! Le rôle de l'élu n'est pas d'être un délateur. La collectivité territoriale de Corse a pas mal de compétences… Mais elle refuse d'accepter celle-ci.

Avez-vous le sentiment que l'État joue parfaitement son rôle ?
Le ministre de l'Intérieur et le préfet disent qu'il faut éradiquer la violence. L'an dernier j'ai invité le préfet de Corse pour faire le point dans l'hémicycle. Il a accepté.
Cela faisait cinq ans que l'exercice avait été abandonné. Je ne sais pas pourquoi. Lors de cette séance, aucun élu n'a posé la moindre question sur ce secteur d'activité. Je vais renouveler l'initiative cette année encore et les conseillers territoriaux pourront interroger le représentant de l'État sur les moyens mis en place, les avancées de certaines enquêtes, les résultats… À ce moment-là nous verrons la quintessence de l'action de l'État.
Proportionnellement, on tue plus en Corse qu'en Sicile. Vous êtes à la tête de la région, que pouvez-vous faire face à cette spirale ?
On ne peut rompre cette spirale que par des sursauts citoyens. Il y a une accélération incontestable de la violence, mais ce n'est pas un élu qui peut régler le problème. L'ensemble de la population doit avoir un sursaut démocratique pour montrer qu'elle veut vivre dans une société apaisée. Les forces vives de la Corse doivent s'emparer du problème et nous envoyer un message fort.

Vous êtes d'accord avec l'appel à manifester lancé par Marie-Antoinette Santoni-Brunelli ?
Je suis pour le fait de débattre sérieusement, dans la concertation, d'un certain nombre d'actions, une fois que l'on a clarifié les enjeux, au sein de la commission violence. Il faut travailler en interne pour lutter, ensemble, contre la « mafioisation » de la société et l'aggravation de la situation. Et surtout éviter la récupération politique.
La proposition de Marie-Antoinette Santoni-Brunelli est à l'ordre du jour de la commission. Les membres de cette instance y réfléchiront. Ainsi qu'à d'autres initiatives dont je réserve la primeur à la commission.

Nombre d'élus parlent d'une situation gravissime. Avez-vous une explication sur les causes de ces drames ?
Il y a des violences qui commencent relativement tôt, avec des jeunes désaxés à cause du milieu familial. Le mal est très profond… L'appât du gain, la civilisation du fric, déclenche le reste. Au lieu de mettre la valeur travail au centre du dispositif, on met le fric au milieu, on obtient donc une flambée de violence qu'il devient difficile d'éradiquer.

Vous vous êtes souvent élevé contre le banditisme, on vous a présenté il y a quelques années comme l'archétype de Don Quichotte, est-ce que le Président de l'Assemblée de Corse est toujours dans le même état d'esprit ?
Je voudrais que les citoyens reconnaissent la cohérence de mon action et de la sensibilité que je représente. Sincèrement, je pense que si je suis arrivé à cette responsabilité-là, c'est parce que je n'ai jamais eu de variations saisonnières… Oui, je suis toujours dans le même état d'esprit.

Il est cependant plus facile de dénoncer que d'agir ?
Ce n'est pas le rôle d'un élu de dénoncer. Son rôle est de regarder, concrètement, quelles actions on peut mettre en mouvement d'un point de vue politique, à travers des travaux de l'assemblée de Corse pour réfléchir à la nature d'un certain nombre de problèmes. Après, l'État dans ses capacités régaliennes assume…

En tant que président de l'assemblée de Corse, êtes-vous victime de pressions ?
Non, aucune. J'ai résisté à d'autres pressions, au siècle dernier... Je suis prêt à résister cette année.

Ressentez-vous une certaine forme de violence au sein de la « maison CTC » ?
Je ne sens pas de pression particulière dans la sphère d'activité dans laquelle je suis.