Collectivité Territoriale de Corse

Séance du 24 septembre 2010 : Discours de rentrée de Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse

Mardi 28 Septembre 2010



Séance du 24 septembre 2010 : Discours de rentrée de Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

Cette séance, malgré son ordre du jour réduit, constitue la « rentrée politique » de l’Assemblée de Corse. Un usage bien établi veut qu’à cette occasion, les deux Présidents indiquent aux conseillers les grands axes de leurs actions pour les mois à venir.

Il n’est pas dans mon habitude de monopoliser la parole et d’un autre côté, nous n’aurions pas intérêt à improviser aujourd’hui un débat de fond. Je vais donc évoquer certains sujets pour ouvrir des pistes et vous proposer d’organiser, durant cette seconde session ordinaire, plusieurs
débats bien construits.

Tout à l’heure, le Président GIACOBBI vous exposera les grandes orientations qui fonderont le travail du Conseil exécutif, avec les dossiers prioritaires à l’ordre du jour.

Pour ma part, je vais puiser dans l’actualité de cette dernière semaine, actualité politique bien sûr mais aussi celle qui constitue le quotidien de la population, de quoi alimenter nos réflexions.

Et je vais tenter humblement de tirer les leçons de la saison estivale, à partir de ce qui s’est passé pendant l’interruption de nos travaux.

Je voudrais aussi évoquer la montée en charge de phénomènes majeurs préoccupants : la recrudescence de la violence, l’allongement du chômage des jeunes et l’enracinement de la précarité.

Parce que ces problèmes affectent la vie quotidienne de nos concitoyens, il conviendra ici d’en débattre attentivement.

Ensuite, suite à la motion adoptée par notre assemblée, les élus de la Corse sont allés en délégation voici 15 jours chez Mme la Ministre de la Justice ; il convient succinctement que je vous en rende compte.

Ce sera le troisième point de mon propos, que vous me permettrez d’élargir aux nouvelles méthodes de suivi des motions, puisqu’un exemplaire vous a été remis.

Je commencerai par évoquer les deux thèmes liés à la saison estivale : celui des incendies et celui de la saison touristique.

Les incendies de forêt constituent chez nous une préoccupation récurrente et on a vu l’an dernier les dégâts qui pouvaient être causés en quelques jours.

Pour l’instant, on enregistre l’un des meilleurs bilans de ces dernières années. Certes, on le doit à des conditions météo plutôt favorables. Mais on le doit aussi aux acteurs de la lutte opérationnelle, comme
aux acteurs de la prévention.

En votre nom à tous, je souhaite saluer et encourager ces efforts. Etre pompier professionnel ou bénévole, c’est se dévouer à la protection des autres et à la sauvegarde d’un patrimoine commun. Des jeunes insulaires restent fidèles à cet engagement et nous pouvons tous, collectivement, en être fiers.

Quant à la saison touristique, il est sans doute un peu trop tôt pour en dresser le bilan complet et je laisserai à l’Exécutif le soin d’en faire, quand le moment viendra, une première synthèse.

L’impact de la crise économique risque d’être durable.
Nous gagnerions sans doute à anticiper ces évolutions en soulevant deux problématiques : d’une manière globale, le risque pour notre économie à dépendre d’un moteur unique, et de façon plus précise, la nécessité de diversifier les activités touristiques afin de lisser ou compenser le recul d’un type ou l’autre de clientèle.

Toujours parmi les sujets d’actualité, il convient de réaffirmer notre inquiétude devant les menaces qui pèsent à nouveau sur la Chambre régionale des comptes.

Notre île bénéficie de la plus forte décentralisation et il serait paradoxal de la priver de l’institution chargée de contrôler et de conseiller, ne l’oublions pas, la gestion des collectivités locales.

Une intervention rapide auprès du Gouvernement s’impose à nous et nous allons, avec Paul Giacobbi, en déterminer les modalités.

Je voudrais ensuite insister sur deux phénomènes qui envahissent notre réalité quotidienne : la banalisation de la violence d’une part, et la montée du chômage des jeunes d’autre part ; sans intention, bien entendu, forcément de les relier entre eux.

Chers collègues, la violence n’est pas en Corse un phénomène nouveau. Elle ne nous est pas non plus spécifique, mais l’on constate une augmentation des comportements agressifs et je suis gentil. Mais quand on voit ces derniers mois, tant de familles plongées dans le drame, quand des jeunes risquent leur vie à s’amuser à la sortie ou dans les établissements de nuit, quand on détruit des habitations alors que les familles les occupent, il y a de quoi, mes chers collègues, s’interroger sur le fonctionnement de notre société, ainsi que sur les valeurs transmises à nos enfants.

J’ai été saisi d’une demande, émanant d’un collectif, afin qu’un débat public se tienne à l’Assemblée et j’ai proposé à la commission permanente de l’organiser prochainement.

Ce n’est pas la première fois que nous aborderons ce sujet, mais aujourd’hui on a l’impression que la violence s’exprime sans retenue, sous toutes ses formes et à tous les niveaux. Je pense qu’il y a donc matière à une discussion approfondie et peut-être davantage structurée pour que chacun s’exprime, bien sûr sans tabous, sur les différentes formes de violence que la Corse subit pour aborder notamment le problème de la banalisation des armes au quotidien, et malheureusement en particulier chez les jeunes, et si possible en réfléchissant aux actions concrètes, notamment en matière d’éducation et en matière de civisme.

Le deuxième sujet que je tiens à évoquer sera celui du chômage et des jeunes.  Mais avec la jeunesse, c’est l’avenir de notre île qui est en jeu, à travers ses capacités à se construire, à se projeter, à créer bien sûr et à innover.

Or, elle a pour perspective des emplois précaires ou des appuis à quémander, avec un déficit chronique en matière d’épanouissement, de repli de soi ou de départ.

Sachons donc collectivement mieux entendre ici le désarroi de ceux qui ne parviennent pas à avoir un métier durable, à pouvoir se loger, à pouvoir fonder une famille. Je ne vais pas là non plus ouvrir le débat, mais il y aurait tant à dire.

Mais je vous propose, ainsi qu’à l’Exécutif, de réserver lors des prochaines séances le temps nécessaire à la discussion. Les institutions publiques, dont la nôtre, doivent se montrer bien sûr réactives.

Je dois enfin vous rendre compte de l’entrevue, qui a eu lieu le 13 septembre, entre une délégation d’élus insulaires et le Garde des Sceaux sur le rapprochement des détenus originaires de Corse.

Je vous rappelle qu’une nouvelle motion avait été adoptée au mois de mai, faisant suite à un premier texte voté en 2003. Elle dénonçait l’inertie des autorités compétentes et invitait l’Etat à tenir ses engagements.

Estimant, avec M. le Président de l’Exécutif, que la crédibilité de notre institution était en jeu, nous avons pris l’engagement de saisir le Ministère de la Justice et de nous y rendre en délégation si la réponse n’était pas satisfaisante. Elle ne l’était pas, nous avons de concert organisé cette rencontre.

Je tiens à souligner que c’est la première fois, sur ce dossier, qu’une délégation de cette importance, élargie bien sûr aux parlementaires, rencontrait un membre éminent du Gouvernement.

A l’issue des échanges, Mme le Garde des Sceaux s’est engagée à nous confirmer sa position par écrit ; nous l’attendons.

Nous allons bien entendu rester vigilants. Mais on ne pouvait pas sérieusement espérer tout résoudre en une heure ou une heure et demie. Nous sommes donc bien au début d’un processus. Cette démarche sera menée en commun avec le Gouvernement et ici, nous la suivrons de manière concertée.

Trop souvent, par le passé, nos interlocuteurs n’ont pas pris en considération nos motions. Cette attitude – j’assume mes mots – proche  du mépris risquerait de porter atteinte à la longue à la crédibilité de notre institution.

Aussi, je souhaite vous rendre compte régulièrement, en toute transparence, des suites qui lui sont données.

Un tableau de bord a été communiqué à la commission permanente et à vous-mêmes, il sera actualisé régulièrement afin que chacun d’entre vous puisse vérifier et contrôler l’application des positions prises en séance publique.

Vous l’aurez noté, si vous avez eu le temps de le lire, que plusieurs motions ont déjà reçu des suites positives.

S’agissant du foncier, une motion a été déposée ici au mois de mai et après concertation, elle a été amendée puis adoptée à l’unanimité.

Avec le Conseil Exécutif, nous avons pris l’engagement d’organiser des Assises après avoir sérié les problèmes, mais en distinguant le dossier du logement et celui du foncier. Ces Assises, vous l’aurez noté, se tiendront dès la semaine prochaine.

Mes chers collègues, nous allons, au cours des prochains mois, engager des dossiers de fond qui traduiront, je l’espère profondément, des changements d’orientation importants.

Nous allons aussi débattre, à travers des questions orales et des motions, de sujets d’actualité politico-techniques qui seront tous légitimes. Mais n’oublions pas pour autant ces sujets qui ne relèvent pas forcément ou alors de façon indirecte de nos compétences.

Soyons donc, tous  ensemble , attentifs à la montée de la violence, à la montée de la précarité, à la montée du chômage des jeunes. Ces évolutions pèseront inévitablement sur le développement et le bien-être que nous cherchons ici, dans notre pluralité, tous à construire. Notre assemblée est devenue, que l’on s’en satisfasse ou non, le centre du débat public et donc, des aspirations de l’opinion, parce
que dans sa grande majorité, la population de Corse reste attachée à ce socle commun fondé sur nos valeurs, sur notre patrimoine, sur notre identité et bien sûr aussi sur notre travail.

La période de crise faite d’incertitudes, de confusions et de menaces exige de notre part du volontarisme, de l'ambition, de la clarté, mais aussi et surtout le refus du fatalisme et de la résignation.

C’est ainsi me semble t-il, mes chers collègues, que nous renforcerons les liens de confiance et de solidarité entre le peuple et notre institution.

Je vous remercie et je donne la parole à Paul Giacobbi.