Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique de l'Assemblée de Corse des 26 et 27 mai 2011 - Extraits de l’allocution de Dominique Bucchini

Jeudi 26 Mai 2011

Mes chers collègues,

Avant d’aborder l’ordre du jour, permettez-moi de faire référence à des sujets d’actualité : les deux premiers deux concernent le fonctionnement de notre institution, et deux autres, la Corse.



Je commencerai en revenant sur le mouvement social des personnels

Séance publique de l'Assemblée de Corse des 26 et 27 mai 2011 - Extraits de l’allocution de Dominique Bucchini
Cela ne doit plus être un secret pour personne, j’ai toujours tenu à rester, depuis le début de mon engagement  public, à l’écoute régulière des agents. Et vous imaginez que le principe d’un mouvement social, bien entendu, ne m’a jamais posé problème.

Mais lorsque le Président de l’Assemblée s’exprime, il représente l’ensemble des composantes politiques de l’organe délibérant. A ce titre, il ne doit pas  interférer dans la gestion du personnel, ni dans les rapports de travail entre l’Exécutif et les services placés sous son autorité.

Fidèle à ces principes, je reste attentif à ce qui se déroule, tout en laissant l’initiative au Président Giaccobi. Je suis aujourd’hui satisfait de voir le dialogue social avancer dans un sens constructif. En effet, nous partageons, élus comme agents, plusieurs valeurs fondamentales qui, en dehors de toute autre considération, devraient suffire à nous réunir.

La première de ces valeurs, c’est qu’ici, nous travaillons tous pour le service public et l’intérêt général.

Je le crois sincèrement, dans les sociétés modernes, envahies par le dogme du profit, les espaces où l’on travaille pour l’intérêt général, tel que le nôtre, ont eu tendance à se raréfier.

La crise a exacerbé les attentes des citoyens envers les collectivités publiques. Elus ou agents, nous sommes, en fait, confrontés au même défi : celui de conserver une vision globale afin de concilier les contradictions d’un territoire, et apporter des réponses satisfaisantes.

A titre personnel, cela constitue une motivation supplémentaire dans mon engagement. Sur un plan collectif, j’y vois un vecteur de cohésion, et même de solidarité, entre les élus et l’administration.

Deuxième valeur commune, la recherche de réponses efficaces aux problèmes de développement de la Corse.

Elus comme agents, nous partageons souvent une même volonté : aider notre île, sortir cette société de la crise et du marasme ambiant, apporter à nos concitoyens – et je pense aux plus fragiles- d’autres perspectives.

Notre institution connaît sa première alternance en vingt-cinq ans. Le suffrage populaire a désigné une nouvelle majorité qui  a le droit légitime d’apporter une ambition en appliquant son programme ; comme de demander,  logiquement, aux services d’y contribuer. 

De son coté, l’administration de la Collectivité s’est structurée, elle incarne la continuité et la neutralité qui sont des fondements essentiels du service public. Elle n’est pas un ensemble anonyme et froid, mais un collectif humain ; un collectif aussi riche de son identité globale que des personnalités qui le composent.

Cette institution, chacun en a bien conscience, doit évoluer pour continuer à apporter des réponses adaptées aux enjeux. Car on le voit un peu partout, la relation entre les élus et les agents, mais aussi entre eux et la population, est en train de se redéfinir. Si une structuration hiérarchique demeure indispensable, de nouvelles relations de travail, de nouveaux raisonnements, fondés davantage sur la coproduction, sont à promouvoir.

La troisième valeur, enfin, réside dans le respect des règles et des procédures.

Alors que certains au plan national souhaitent le démanteler, au profit d’un système contractuel, le statut de la fonction publique demeure une garantie fondamentale pour chacun.

Aussi bien pour protéger les agents dans le cadre de leur travail ; pour établir des règles équitables de recrutement et de gestion des carrières ; pour exprimer, canaliser et faire remonter les mécontentements ; que pour réguler les rapports entre élus et services car, je le rappelle, les discussions sur le travail d’un service doivent rester au niveau politique, dans un dialogue Exécutif/Assemblée.

Donnons acte, enfin, à l’Exécutif, suivi par l’Assemblée unanime, de sa volonté d’utiliser les marges de manœuvre du statut, pour revaloriser les carrières : c’est cela aussi, je le pense, le respect envers tous les agents.

Mes chers collègues, je siège depuis assez longtemps pour comprendre cette institution. Je connais, individuellement, la plupart des femmes et des hommes qui travaillent ici et j’ai confiance en eux.

J’ai tendance à penser que cette alternance est intervenue dans un contexte où l’administration territoriale connaissait une crise de croissance ; où les agents avaient,  depuis longtemps, accumulé des fragilités et des interrogations.

Je suis persuadé qu’une part du malentendu provient de ce décalage et qu’il est possible de le corriger, ensemble et rapidement. Quant on mesure les valeurs qui nous rassemblent, les objectifs que nous partageons, et les garanties offertes par le statut de la fonction publique, le rapport de confiance entre les élus et l’administration doit en sortir renforcé.

Un mot, ensuite, sur la répartition des temps de parole dans nos débats

Certains d’entre vous, en commission permanente, ont estimé qu’ils seraient désavantagés dans la gestion des temps de parole. Ils ont, bien entendu, le droit d’avoir cette impression et de l’exprimer dans les organes de travail appropriés.

Je trouve plus surprenant que dans la presse, des membres de cette Assemblée relayent cette interprétation en laissant penser que l’opposition serait en quelque sorte « bâillonnée ».

Je n’ai pas l’intention d’engager la polémique, et surtout pas dans les média. Je vous renvoie à un indicateur objectif, le compte-rendu de nos séances, pour quantifier les interventions de chacun. Globalement, en tout cas, le volume n’a pas diminué.

Je reste en revanche preneur d’une discussion en interne, mais sur la base de propositions. Après un an de mandature, nous pouvons trouver les moyens d’améliorer le règlement intérieur. Aussi, je renouvelle mon invitation aux groupes à me transmettre leur contribution : en attendant, il m’appartient de faire appliquer la règle existante.

Deux commentaires, enfin, sur des sujets d’actualité

Le premier concerne le conflit social à l’Agence Régionale de Santé. 

Bien que ce domaine ne relève pas de nos compétences, il a des implications trop importantes chez nos
concitoyens pour que l’Assemblée de Corse s’en désintéresse.

Pour ma part, je suis déjà intervenu en rappelant au Ministre de la Santé les positions qui ont été prises ici, à l’unanimité, par les représentants de la population :
sur le respect du dispositif approuvé en son temps par la direction comme les syndicats ; et en faveur d’une meilleure intégration des contraintes de l’insularité.

Je crois nécessaire, aujourd’hui, d’inviter les parties à une sortie de crise rapide : en utilisant toutes les voies du dialogue social ; en insistant sur notre souhait de voir l’organisation de la Santé prendre davantage en compte des spécificités insulaires. Aussi, en accord avec la commission permanente, je vous proposerai d’adopter une motion en ce sens.

Le second évènement nous renvoie, une fois encore, à la montée de la violence, notamment contre les élus et maintenant contre la presse.

Comme moi, vous avez été choqués par l’agression dont ont été victimes les maires de Ghisonaccia et Lugo di Nazza. Un acte d’autant plus inadmissible qu’il cherchait, manifestement, à impressionner Francis et Jean-Noël Giudici en menaçant directement leurs familles.

Une telle dérive ne se résume plus à un problème d’ordre public : insidieusement, ce sont les ressorts de notre système démocratique que l’on est en train de saper.

D’ailleurs, l’attentat scandaleux perpétré hier soir contre l’agence bastiaise de Corse-Matin vient alourdir ce climat détestable : dans quelle société, je vous le demande,  on s’en prend ainsi aux représentants du peuple, aux organes d’information ?

Aussi, j’ai demandé l’audition du Préfet et des responsables de la sécurité publique par la commission de la violence, lors de sa prochaine réunion le 20 juin : nous ne manquerons pas de demander à l’Etat s’il a bien pris la mesure de cette dégradation.

Et en votre nom collectif, je tiens à assurer d’une part, Francis et Jean-Noël GIUDICI, ainsi que leurs familles et leurs administrés ;  d’autre part, Roger ANTECH et les salariés de Corse-Matin, de notre entier soutien.