Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique de l'Assemblée de Corse du 6 septembre 2013 : extraits de l'allocution d'ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Vendredi 6 Septembre 2013



Séance publique de l'Assemblée de Corse du 6 septembre 2013 : extraits de l'allocution d'ouverture du Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

Quelques mots avant d’aborder notre ordre du jour, qui est principalement consacré à l’attribution de la délégation du service public des transports maritimes entre les ports de Corse et celui de Marseille, de façon à évoquer le contexte dans lequel notre Assemblée effectue sa rentrée.

Concernant la saison touristique, d’abord, l’impact de la crise apparaît ici plus limité que dans les autres régions

Davantage que la fréquentation, qui devrait retrouver les chiffres de l’année dernière, avec même une légère progression, c’est plutôt la consommation des touristes qui s’avère en repli. Après plusieurs années d’une crise mondiale sévère, notamment en France et dans les pays voisins, les budgets de vacances se sont incontestablement réduits.

Je laisserai à notre collègue Vanina Pieri, Présidente de l’Agence du tourisme, le soin d’affiner avec vous ce bilan au moment approprié.

Pour ma part, j’aurais tendance à penser que la qualité de notre environnement d’une part, les efforts entrepris pour valoriser l’image de notre île, diversifier les clientèles, et améliorer l’attractivité de la « Destination Corse » d’autre part, ont atténué les effets de la crise ; le moment venu, ils devraient permettre de tirer profit de la reprise.

Cela doit nous inciter à poursuivre, sur un plan collectif comme au niveau individuel, la mobilisation engagée par l’ATC et les professionnels, tout en incitant certains à adapter leurs prix à l’évolution du pouvoir d’achat, tant il est vrai que parfois le rapport qualité/prix reste encore trop élevé.

Dans une société démocratique, le tourisme et les loisirs doivent profiter à tous et sans ségrégation : cela est vrai au niveau de la population insulaire et des différents territoires, comme au niveau des clientèles accueillies.

La situation de l’emploi, ensuite, demeure préoccupante

Voici quelques années, le directeur régional de l’INSEE nous expliquait en commission que si la Corse était concernée par la crise économique avec un décalage par rapport aux autres régions, elle mettait également plus de temps à en sortir.

Le continent européen tout entier connait depuis 2008 une montée du chômage et notre île est bien entendu concernée par cette évolution ; au point que les saisons touristiques, même réussies, ne suffisent plus à enrayer la dégradation du marché du travail.

Avec 18.000 demandeurs d’emploi, et 60.000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté, notre région est championne de France pour les inégalités ; derrière l’image flatteuse du tourisme privilégié, une part croissante de la population se trouve véritablement en situation d’urgence sociale.

Mes chers collègues, l’emploi et la solidarité doivent plus que jamais constituer un des principaux marqueurs de notre action. A défaut, je vous rends attentif au risque potentiel de déconnexion avec les préoccupations de nos concitoyens.

Lors des prochaines séances, consacrées à la réforme du statut particulier et à l’adoption du volet « développement » du PADDUC, nous aurons l’occasion d’affirmer une démarche ambitieuse : le mode de développement prôné en Corse depuis un quart de siècle atteint ses limites,  il génère notamment des déséquilibres économiques, sociaux et écologiques considérables.

Quelles que soient nos convictions politiques -et elles sont toutes ici respectables-, nous devrions pouvoir converger pour, à tout le moins, infléchir ce modèle de développement et le réorienter. Et quelles que soient nos attentes à l’égard d’une réforme institutionnelle, nous devrions tous affirmer un même volontarisme pour relever le défi de l’emploi, de la cohésion sociale et de la solidarité.

Ainsi, l’avenir de la Corse et de sa jeunesse pourrait être construit sur des bases durables.  

Dans ce contexte, je vous proposerai à titre tout à fait dérogatoire d’adopter une motion pour manifester aussitôt notre aide au Secours Populaire, qui vient de subir la destruction d’un de ses locaux.

Enfin, je tiens à saluer l’action des services publics en cette période sensible

Les services de secours, qui ont du effectuer de nombreuses interventions sur des accidents de la route, mais aussi dans les rivières en raison des crues provoquées par les orages.

Les services d’incendie, sapeurs pompiers, sapeurs forestiers et renforts de la sécurité civile, dont l’action exemplaire combinant prévention, lutte et répression s’est avérée une fois de plus véritablement efficace.

Les services maritimes, qui ont évité que le dégazage sauvage détecté au large de Scandola ne vienne souiller nos côtes, démontrant s’il en était besoin leur utilité en cas de menace de pollution plus grave.

Les services de l’Education Nationale, qui ont su assurer une rentrée je crois réussie, grâce à la mobilisation des agents comme la volonté du gouvernement de créer des postes supplémentaires, sortant de la politique des fermetures de classes qui a trop longtemps prévalu.

Je vous rends compte, également, que la commission « Violence » a auditionné hier le Procureur Général et les Procureurs d’Ajaccio et Bastia.

Au cours de cet échange, qui s’est déroulé dans un climat constructif, les responsables de la Justice ont rappelé la détermination du gouvernement à lutter contre la grande criminalité en Corse ; et ils ont fait valoir, pour cela, un renforcement des moyens autant qu’un changement des méthodes de travail.

S’agissant de leurs priorités, ils entendent concentrer les efforts sur la pénétration de l’économie par l’argent sale et les atteintes aux biens par « engins dangereux » ; et -c’est à mon avis positif- ils préfèrent sanctionner les entraves et les pressions sur les témoins plutôt que d’incriminer le comportement de la population.

De leur coté, et tout en prenant acte de cette volonté, les élus ont souligné les effets du climat d’impunité qui s’est installé dans l’île, notamment du fait d’un manque de continuité mais aussi de lisibilité de l’action de l’Etat ; comme ils ont attiré l’attention sur une forme de délinquance au quotidien qui progresse dans les communes rurales.

Je souhaite conclure mon propos par les cérémonies de la Libération de la Corse.

Le 30 août, nous avons commémoré le soixante-dixième anniversaire du sacrifice de Jean Nicoli, torturé par les milices de l’occupant fasciste.

Le 4 septembre, dans un geste fort, les Présidents des Républiques française et allemande ont commémoré ensemble l’effroyable martyr de la population d’Oradour sur Glane.

La semaine prochaine, la Corse va célébrer l’anniversaire de sa libération et le Président François Holande viendra bientôt participer à ces cérémonies.

Mes chers collègues, c’est toute la population qui va ainsi se retrouver pour entretenir le souvenir de ces actes glorieux auprès de notre jeunesse, et lui rappeler où mènent la barbarie, la haine et l’exclusion.

A cet effet, plusieurs expositions seront consacrées à ce thème ; notre Collectivité Territoriale en  organise  d’ailleurs une, qu’elle mettre ensuite à disposition des collèges et des lycées, et je vous invite à la découvrir.