Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique de l'Assemblée de Corse le 28 octobre 2010 - Allocution de Dominique Bucchini

Jeudi 28 Octobre 2010



L'hommage à Georges Charpak

Séance publique de l'Assemblée de Corse le 28 octobre 2010 - Allocution de Dominique Bucchini
Mes chers collègues,

Avant d’ouvrir la séance, permettez-moi selon l’usage d’évoquer l’actualité, puis de vous donner quelques informations sur la suite de nos travaux.

S’agissant de l’actualité, je souhaiterai aborder trois sujets, sans intention d’établir le moindre parallèle
entre eux. Mais, au-delà d’un ordre du jour plutôt technique, je crois utile de les livrer à votre  réflexion, parce que d’une  certaine manière ils nous renvoient aux « fondamentaux » de notre mandat d’élus du peuple.

Il convenait, d’abord, de rendre à Georges CHARPAK, citoyen illustre de la Corse, l’hommage qui lui est dû.

Récemment disparu Georges CHARPAK, , était connu dans le monde entier pour la qualité et pour l’audace de ses découvertes, récompensées par un prix Nobel de physique.  En France, ce savant génial est toujours resté soucieux de faire partager son talent, et d’éveiller l’intérêt des plus jeunes pour le progrès des connaissances. Enfant de Pologne, dont la famille fut obligée de quitter son pays pour fuir les persécutions nazies, jamais il n’aura oublié l’accueil que lui réserva la Corse.

A Cargese, où il s’était installé, Georges CHARPAK avait fondé un centre de rencontres attirant des scientifiques du monde entier ; notre Collectivité Territoriale, comme d’ailleurs l’Université, ont pu mesurer l’utilité de tels échanges.

Mes chers collègues, un « Corse d’adoption » nous quitte, après nous avoir apporté, avec la modestie caractérisant les grands hommes, une part de son rayonnement personnel. Car, pourvu que l’on sache accueillir les autres et s’ouvrir au-dehors, l’insularité n’est pas forcément un synonyme d’isolement.

En votre nom collectif, je tiens dans cet hémicycle à saluer la mémoire de Georges CHARPAK, formulant le vœu qu’il soit un modèle, en tout cas une référence, pour notre jeunesse.

J’évoquerai, ensuite, la cérémonie qui la semaine dernière à Canari, commémorait l’action des habitants pour empêcher la déportation des juifs. 

On estime aujourd’hui qu’entre deux mille et quatre mille juifs avaient trouvé refuge dans notre île pendant la seconde guerre mondiale. Un seulement aurait été déporté dans les camps d’extermination,
à Sobibor. 

C’est bien toute une chaîne de solidarité qui a fonctionné alors: services préfectoraux, agents des forces de l’ordre, élus locaux, ils furent nombreux à refuser d’appliquer les ordres de Vichy. Quant à la population, une majorité resta insensible aux sirènes de la propagande, et elle assura, dans une protection collective, quotidienne, et combien précieuse pour ces persécutés.

Le 22 octobre, un de ces enfants cachés, Jean WHOL, est venu à Canari au nom de l’association « Hommage aux villages de France », précisant qu’à travers cette commune, c’est toute la Corse qui était honorée.

Aussi je vous propose, mes chers collègues, que cette Assemblée qui représente la Corse dans sa pluralité, se joigne à cet hommage : et je vous consulterai pour en déterminer les modalités.

Retraites, mouvements de grève

En des temps de guerre et de barbarie, fidèle malgré les risques encourus au meilleur des valeurs insulaires, une génération entière a donné l’exemple. Soyons en fiers ! Sachons entretenir la flamme du souvenir, alors que réapparaissent aujourd’hui des ferments d’intolérance, de haine et d’exclusion.

Je ne saurais, enfin, conclure ce propos sans m’intéresser à l’actualité sociale.

Depuis la rentrée, la contestation du projet gouvernemental sur les retraites n’a cessé de s’amplifier, en Corse comme dans tout le pays.

Lorsqu’un mouvement atteint une telle ampleur, lorsqu’il mobilise des publics aussi divers par leur âge, par leur origine, par leur profession, c’est qu’il touche manifestement à quelque chose de plus profond dans la société. 

Je n’engagerai pas une discussion sur le texte de loi qui appellerait, j’en suis sûr, des réactions  de votre part. Je souhaite seulement en tirer certaines réflexions, dans un souci de responsabilisation.

La première réflexion concerne les perturbations engendrées : personne n’est insensible aux difficultés rencontrées pour avoir du carburant, ni aux problèmes causés aux commerçants et aux petits entrepreneurs. Une grève dérange forcément. Y compris ceux qui la suivent, en perdant des journées de salaires. Mais la liste est longue des avancées sociales obtenues après conflit, avant de profiter à tout le monde : la grève fait donc partie des équilibres de la démocratie.

Deuxième réflexion, justement, sur la légitimité du conflit social : dans une démocratie représentative ce sont bien sûr les élus du peuple et eux seuls qui font la loi ; mais dans une société moderne, les citoyens veulent de moins en moins rester passifs. 

Je me souviens que Jean Baggioni alors dans l’opposition, nous invitait en 1984 à « entendre l’appel de la rue » pour retirer le projet de loi sur l’école privée. Et malgré une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale, François Mitterand avait jugé bon de retirer son texte.

Troisième réflexion, et pas la moindre, sur le décalage croissant entre l’opinion et le système décisionnel. Comme en 2005 lors du référendum européen, le gouvernement, une majorité de partis politiques –c’est moins vrai aujourd’hui, la quasi-totalité des économistes et des médias ont défendu un projet « raisonnable», de « bon sens », qu’il fallait être « archaïque » pour refuser. Et comme en 2005, les mêmes seront surpris par l’ampleur du refus populaire.

Mes chers collègues, loin de tout populisme, loin de toute polémique, je souhaitais attirer votre attention sur ce décalage. Dans ces cortèges, il n’y a pas de casseurs mais des citoyens actifs, intégrés et responsables. 

Au-delà du jugement que vous portez –il est légitime- sur leurs revendications, je vous invite à entendre ce message que nous envoie le peuple. Après des années de financiarisation, la crise a causé des ravages non seulement dans l’économie, non seulement dans l’emploi, mais aussi dans tout notre système de valeurs et de représentation. 

Ayons-en conscience, il en va de la bonne santé de nos démocraties.

Agenda de l'Assemblée, visite de Leila Shaïd

Je conclurai mon propos par quelques informations utiles pour la poursuite de nos travaux.

S’agissant de l’agenda, d’abord : nous respecterons le rythme habituel avec une séance publique les 25 et 26 novembre, consacrée au débat d’orientation sur les Transports et au débat d’Orientations Budgétaires ; puis une séance publique les 16 et 17 décembre avec à l’ordre du jour le Budget Primitif.

Je vous propose, en outre, de consacrer une journée supplémentaire, le mercredi 15 décembre à trois thématiques : le débat sur la violence, un échange avec le Préfet de Corse sur l’activité des services de l’Etat, ainsi que l’audition du directeur de Capénergie sur les énergies renouvelables.

Afin de préparer correctement ces séances, j’ai demandé de réserver les créneaux des jeudi et vendredi précédant l’Assemblée aux commissions organiques, et à elles seules. Sachant que des réunions thématiques peuvent s’organiser plus souplement, y compris en-dehors du siège, pourvu qu’on le sache à l’avance. 

Vous noterez ainsi que la commission des compétences législatives se tiendra vendredi 5 novembre à Bastia et que je procèderai à l’installation du groupe sur Tchernobyl le lundi 8 novembre à 14h30.

J’en profite pour vous signaler la venue, le 5 novembre à l’Hôtel de région, de Madame Leila Shaïd, ambassadrice de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne : nous la recevrons avec Paul Giacobbi et vous êtes bien sûr cordialement invités.

Comme je m’y suis engagé lors de ma prise de fonctions, je réunirai bientôt la commission permanente pour faire ensemble un point sur le début de la mandature. Nous verrons s’il y a lieu de procéder à des ajustements, dans le règlement intérieur, le fonctionnement courant voire dans le rythme de nos réunions : à cet égard, j’attends vos propositions.
Je tiens, enfin, à assurer en votre nom notre collègue, Nadine Nivaggioni, ses enfants et toute sa famille de notre réconfort amical, et de notre soutien dans l’épreuve douloureuse qu’elle traverse.

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