Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 16 et 17 juillet 2015 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Vendredi 17 Juillet 2015



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

La séance publique que notre Assemblée tient à la fin du mois de juillet, vient en quelque sorte clôturer le premier semestre et elle a, souvent, un ordre du jour chargé. Ce sera le cas aujourd’hui et demain avec plusieurs dossiers en tête d’affiche.

Je commencerai par évoquer les habituels sujets d’ordre « saisonnier »

La fin de l’année scolaire d’une part, qui est rythmée par le baccalauréat.

Ce premier examen d’entrée dans l’enseignement supérieur vient également sanctionner le parcours des élèves dans le secondaire, collèges et lycées. L’académie de la Corse occupera cette année encore le podium avec les meilleurs résultats nationaux : 92 % de réussite en moyenne, soit cinq points de mieux qu’au niveau national, et jusqu’à 96 % dans les séries générales.

Nous pouvons remercier collectivement la jeunesse insulaire pour ce gage concret d’espoir dans l’avenir ; et féliciter dans le même élan l’ensemble de la communauté éducative, proviseurs, enseignants et personnels administratifs et techniques, pour leur implication constante  sous la houlette éclairée de Monsieur le Recteur Michel Barat.

Je tiens pour ma part à souligner que ce succès se retrouve aussi bien dans les « petits » collèges du rural (ex. 100 % de réussite à Prunelli di Fium’Orbu) que dans les « grands » établissements urbains (98 % au Laetitia) ; et que la taille modeste de notre île n’explique pas tout, loin de là : les intégrations à l’université de Paris-Dauphine ou à l’école polytechnique, sont bien la preuve que nos jeunes sont en mesure de rivaliser avec les élèves de régions plus peuplées.

Le début de l’été, d’autre part, voit s’intensifier les risques de sécheresse et d’incendies.

C’est particulièrement le cas cette année sous l’effet d’une canicule précoce mais aussi d’un déficit en précipitations qui, notamment sur la côte occidentale, devient préoccupant.

Lundi, le ministre de l’intérieur, M. Bernard Cazeneuve, est venu en Corse pour encourager -à juste titre- les acteurs de la lutte contre les incendies. Je sais que notre Collectivité se joindra volontiers au soutien que ces hommes et ces femmes sont en droit d’attendre de la part des représentants du peuple, alors qu’ils exercent leur mission de service public dans des conditions d’engagement parfois périlleuses, mais avec une abnégation toujours renouvelée.

Dans le même ordre d’idée, je voudrais attirer l’attention, Monsieur le Président du Conseil exécutif, sur les risques que cette situation fait actuellement peser sur le monde agricole. On peut en effet redouter que le déficit hydrique, déjà sévère, ne soit suffisamment compensé par d’éventuels orages en fin de saison : des actions préventives gagneraient à être d’ores et déjà mises à l’étude, et je suis certain qu’avec le Président de l’ODARC, vous partagez ma préoccupation. 

Je poursuivrai par des dossiers plus « institutionnels » voire « politiques », qui concernent nos rapports avec l’Etat.

Je laisserai à Pierre Chaubon le soin de vous rapporter les dispositions adoptées au titre de la loi « NOTRe » concernant la Corse.

Comme je l’ai indiqué en commission permanente, il a demandé à pouvoir intervenir en séance pour nous livrer, au moyen d’une communication orale, son analyse éclairée. J’ajoute que la commission des compétences se réunit cet après-midi à 14h et si vous avez des questions à poser, elle constituera un cadre approprié. 
 
Une délégation des présidents des groupes politiques a été reçue le 7 juillet au ministère de la ville, de la jeunesse et des sports par M. Thierry Braillard.

Le Secrétaire d’Etat nous a confirmé la volonté du gouvernement de voir reconnaître officiellement, par la République, la catastrophe du stade de Furiani.

Une plaque sera donc apposée prochainement dans les locaux du ministère tandis qu’il sera demandé aux fédérations de ne plus jouer de compétitions tous les samedis 5 mai à venir. Je comprends que certaines associations de victimes puissent souhaiter une sanctuarisation plus large de cette journée ; cela étant, un tel geste était attendu depuis vingt-trois ans, il constitue plus qu’un premier pas et il convient de le saluer.

Par ailleurs, M. Braillard nous a indiqué comprendre les réactions suscitées par l’attitude inamicale de Frédéric Thirriez au stade de France, pendant la finale de la coupe opposant le Paris–Saint Germain au Sporting Club de Bastia ; et il se fait fort d’organiser bientôt une rencontre au cours de laquelle, entre gens responsables, nous pourrons nous expliquer.
 
 Je voudrais aussi aborder la question de la réorganisation des services extérieurs de l’Etat en Corse.

Le vocabulaire commode de « restructuration », quoique s’abritant derrière des considérations techniques, est devenu trop systématiquement synonyme de recul du service public.

Ces régressions, pour ne parler que des plus récentes, concernent par exemple, la commune de Piana, où des réductions d’effectifs sont annoncées dans la brigade de gendarmerie et la perception ; il en va de même entre Calvi et l’Ile-Rousse s’agissant du trésor.

L’intégration du progrès technologique doit avoir pour but l’amélioration du service rendu au citoyen ; or, on a de plus en plus le sentiment que cet argument est instrumentalisé, en même temps que le dogme de la réduction de la dépense publique, pour couvrir un allègement progressif des moyens au détriment des endroits les moins peuplés.

Nous ne saurions défendre une ambition de rééquilibrage du territoire de la Corse, à travers le PADDUC, sans dénoncer cette attitude contre-productive et faussement gestionnaire : qui pourra évaluer, en effet, le coût de l’abandon du monde rural dans ses répercussions sociales, économiques, citoyennes ? Cela, sans compter pour autant sur un allègement réel des charges collectives…

Aline Castellani a indiqué en commission permanente préparer un projet de motion pour dénoncer ce repli en des termes généraux, et la totalité des groupes pourraient je le crois s’y associer utilement.
 
Il m’appartient, enfin, de rendre hommage depuis cette tribune à Charles Pasqua, disparu à la fin du mois de juin.

Originaire de Casevecchie, ministre de l’intérieur à deux reprises, notre compatriote a été reçu à plusieurs reprises dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse.
Fidèle à ses racines, il assurait un suivi attentif et minutieux des dossiers insulaires, n’hésitant pas, d’ailleurs à évoluer sensiblement dans ses approches. Figure de la vie politique nationale, Charles Pasqua avait des positions suffisamment tranchées pour ne pas, peut-être, priser l’hommage consensuel qui lui est rendu. Je laisserai donc à chacun le soin de réagir en fonction de ses sensibilités.
Pour ma part, je tiens à saluer le jeune résistant qui courageusement, a combattu l’occupant nazi, le gaulliste qui aura toujours su garder ce respect de la fraternité des armes  au-delà des clivages partisans. Dans le même esprit, je retiendrais l’ambition au service d’un aménagement équilibré du territoire, qui l’animait en tant que ministre de la décentralisation: il avait ainsi déclaré devant vos prédécesseurs, en 1994, qu’il entendrait faire de la Corse le modèle d’une reconquête du monde rural par la France toute entière.
 
Avant de conclure, mes chers collègues, il convient aussi de dénoncer publiquement les attaques dont André Paccou est la victime après les incidents du collège de Prunelli di Fium’Orbu.

La dénonciation d’attitudes à  caractère raciste lui vaut en effet, de devenir avec sa famille la cible d’un véritable harcèlement sur les réseaux sociaux.

Comme les délégués de l’Assemblée des enfants l’avaient à juste titre défendu dans cet hémicycle l’an dernier, l’usage de ces réseaux ne légitime en aucun cas un défouloir nauséabond de passions ou d’insultes. Sans chercher à en amplifier la portée plus que de raison, on ne saurait admettre que de tels comportements se répandent pour alimenter un climat de haine et d’exclusion à l’opposé du meilleur des traditions insulaires.

Je vous remercie.