Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 16 et 17 mai 2013 : extraits de l'allocution du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 16 Mai 2013



Séance publique des 16 et 17 mai 2013 : extraits de l'allocution du Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

Notre session a du être interrompue le 25 avril et il convient aujourd’hui d’en reprendre l’ordre du jour.

Je ne reviendrai pas sur l’assassinat du Président du Parc Naturel Régional.

Nous avons été nombreux à accompagner Jean-Luc Chiappini, qui fut membre de cette Assemblée, lors de son enterrement. Je tiens cependant à assurer de nouveau sa famille, et notamment ceux qui ont servi ou travaillent dans les services de la Collectivité, de notre entier soutien.

Je veux également répondre à l’inquiétude de la population, devant la multiplication des meurtres mais aussi des agressions ou des intimidations, dans la vie quotidienne. Lorsque des élus sont régulièrement pris pour cible –encore cette semaine avec la destruction de la voiture du maire de Luri, quand de simples agents sont agressés sur leur lieu de travail comme à la Caisse d’Allocations Familiale d’Ajaccio, une pression insupportable s’exerce sur notre société.

Il appartient à l’Etat de mener à bien les enquêtes, retrouver les auteurs et les punir, et j’ai confiance dans la détermination du gouvernement pour mettre fin à ce climat délétère qui n’a que trop duré.

Quant à nous, notre responsabilité consiste plus que jamais à donner l’exemple, ne pas nous laisser intimider et continuer à faire fonctionner les institutions locales. 

Je préfèrerais, en effet, mettre à l’honneur la Corse qui produit, qui réussit, et donne confiance en l’avenir.

Le mois dernier, avec le Président GiacobbiI, Vanina, Aline, Fanfan et Jean-Christophe, nous étions invités à Toulouse pour l’ouverture d’une nouvelle liaison aérienne.

L’après-midi a été consacré à la visite de deux entreprises de référence, Airbus et ATR,  avec les chaînes de montages de l’A 380 et du nouvel ATR 600. Je vous rappelle que l’une comme l’autre sont des exemples de coopération européenne associant la France, l’Allemagne et l’Italie au plus haut niveau international.

Corse Composite contribue activement en qualité de sous-traitant et son PDG Jean-Yves Leccia participait bien sûr à cette journée. Mais j’ai également constaté que la Corse était bien intégrée dans ces deux entreprises : un haut dirigeant d’Airbus est originaire de Campomoro, et le responsable d’ATR qui nous a guidé, d’Oletta.

Tous, jusqu’aux élèves du lycée professionnel implanté dans la zone d’activité, nous ont fait partager leur fierté de servir ce beau projet français et européen.

Mes chers collègues, la Corse n’est pas vouée au seul développement touristique : elle a d’autres atouts qui l’autorisent à s’inscrire dans l’industrie de pointe et proposer à ses enfants des parcours avantageux.

Dans le même esprit, je vous indique qu’un insulaire, Henri Malosse, a été élu Président du Conseil économique et social de l’Union européenne : il convient de s’en féliciter et j’espère que nous aurons l’honneur de l’accueillir dans cet hémicycle.

Quelques réflexions, ensuite, s’agissant de l’ordre du jour.

Nous  allons examiner le rapport sur le statut de la langue corse.

L’échec du référendum alsacien du 7 avril a démontré que nos concitoyens attendent surtout des réponses concrètes aux difficultés de la crise économique et sociale. Cela ne constitue pas un argument en faveur du statu quo, mais incite à privilégier ce qui est faisable, ce qui est explicable, ce qui est convaincant ; surtout lorsque nous souhaitons appuyer nos demandes sur une large adhésion populaire.

Aussi, sachons en matière de langue bien cadrer les enjeux : alors que la quasi-totalité de la population souhaite en Corse une société bilingue, alors que la diversité linguistique caractérise le continent européen, alors que Claude Levi--Strauss nous a appris à respecter toutes les langues, nous avons l’occasion de donner à notre île, et aux jeunes générations, un projet fédérateur et consensuel.

J’ai écouté attentivement les prises de parole des uns et des autres, en respectant bien sûr leurs arguments. Chacun m’est apparu partager une même ambition pour sauver et faire croître la langue corse, dans un esprit d’ouverture et non d’exclusion ; c’est au niveau des moyens pour y parvenir –et ils seront longs, et ils seront coûteux, que les sensibilités peuvent diverger.

Aujourd’hui,  il me paraît important de donner un signal fort à la population, comme aux autres langues régionales. Cela mérite bien quelques concessions réciproques. Ayons la sagesse d’écarter ce qui nous divise encore, pour faire confiance à notre langue et à son potentiel de développement.

A cet égard, je vous incite à ne pas trop privilégier la vertu des seuls raisonnements juridiques ou techniques. François Jacob, biologiste et Prix Nobel de médecine, compagnon de la Libération, dont je salue la mémoire, avait dit en rejoignant en juin 1940 la Résistance à Londres : «ce qu’on ne pardonnerait jamais serait de mépriser nos rêves ».

Pour conclure, je tiens à rendre hommage à un ancien conseiller de notre Assemblée, Dumè Gallet.
Militant culturel, il a siégé à l’Assemblée de Corse de 1984 à 1986 dans le groupe Unità Naziunalista et participé à la commission de l’environnement, de l’urbanisme, du logement et des affaires sociales.

Membre de Canta u populu corsu, il faisait partager l’amour de la musique et notamment du violon à de nombreux jeunes ; un attachement sincère à la cause des peuples l’avait ensuite amené à s’installer en Nouvelle Calédonie. Il a été inhumé dimanche dans son village de Riventosa.

Partageant l’émotion suscitée par sa disparition prématurée, j’adresse à sa famille et en votre nom notre entière sympathie.

Concernant les prochaines séances :

Commission plénière sur la réforme institutionnelle le vendredi 31 mai

Séance publique les jeudi 6 et vendredi 7 juin

Séance publique les jeudi 4 et vendredi 5 juillet

Séance publique les jeudi 26 et vendredi 27 juillet.