Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 17 et 18 septembre 2015 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 17 Septembre 2015



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,          

l’Assemblée de Corse ouvre aujourd’hui la dernière session de cette mandature. La nouvelle carte des conseils régionaux entrant en vigueur au 1er janvier 2017, les élections auront lieu, de façon exceptionnelle, les 6 et 13 décembre ; et il en va de même en Corse, bien que la réforme territoriale débouchant sur une collectivité unique réduise la prochaine mandature à une durée de 2 ans.

Aussi, l’ordre du jour sera-t-il concentré sur cette séance publique et sur celle des 1er et 2 octobre, de façon à ce que les dossiers les plus sensibles, notamment le PADDUC et les délégations de service public aérien et maritime, interfèrent le moins possible avec la campagne électorale.

Il restera, sans doute, une réunion à la fin du mois ou au début novembre, mais elle portera sur des rapports techniques liés aux besoins du fonctionnement courant des services publics dont nous avons la responsabilité ; sans oublier que les commissions restent fondées à poursuivre leur activité, je pense notamment à la commission sur les Violences qui se réunira le jeudi 8 octobre, ou à la commission des compétences qui aura à organiser les réflexions sur la collectivité unique.
 
Je souhaite en tout cas que dans cet hémicycle, l’esprit constructif qui a présidé jusque-là à nos échanges puisse perdurer, au nom de l’intérêt général de la Corse et de sa population.
 
Dans cet esprit, je limiterai mon propos introductif à quelques réflexions inspirées par l’actualité estivale.

La Corse, d’abord, a connu une longue phase de canicule et de sécheresse qui n’est pas encore achevée

Le mois de juillet a enregistré une anomalie de température sans précédent depuis plus d’un demi-siècle, tandis qu’un déficit de pluies préoccupant perdurait en plusieurs parties du territoire insulaire, je pense notamment aux versant occidentaux de la Corse-du-Sud.
 
A cet égard, je tiens à saluer en votre nom collectif les efforts consentis par les soldats du feu pour en limiter les conséquences au niveau des incendies. Malgré ce contexte défavorable, le bilan est actuellement contenu, grâce à un quadrillage vigilant de nos unités de sapeurs professionnels et volontaires, mais aussi des moyens de lutte opérationnelle renforcés par des unités provenant du continent. Cela démontre, s’il en était besoin, le rôle fondamental des services publics ainsi que le besoin de solidarité nationale pour notre région.
 
Permettez-moi d’insister, également, sur l’impact de cette sécheresse au niveau du monde agricole. Les problèmes des petites exploitations vont être accentués, et il ne s’agira it pas comme on a eu parfois tendance à le faire par le passé, de miser sur un changement des conditions météorologiques avant de réagir ! Je sais que l’Exécutif, les responsables et les personnels des offices agricole et hydraulique recherchent activement des solutions au contact du terrain. Il nous appartient, pour notre part, de manifester concrètement notre solidarité envers le monde agricole.

La xylellia fastidiosa, ensuite, a contaminé notre île

A la fin du mois de juillet, un certain nombre de prélèvements, effectués par les services compétents dans le cadre du plan d’action de l’Etat, se sont avérés positifs.
 
Certains d’entre vous, inquiets devant l’apparition d’un tel fléau, m’ont demandé -comme ils en avaient le droit légitime- de convoquer aussitôt une session extraordinaire de l’Assemblée.

J’ai alors consulté l’ensemble des présidents des groupes politiques pour connaître leurs positions, et vérifier si les conditions de saisine prévues par le règlement intérieur étaient remplies.
 
Dans une large majorité, mes interlocuteurs ont estimé préférable de ne pas organiser de séance publique, avec toute la solennité et l’écho médiatique que celle-ci génèrerait, avant de connaître plus en détail les données du problème, de façon à cerner sa réalité et pouvoir délibérer, éventuellement, sur des mesures appropriées.
 
A l’heure actuelle, il apparaît d’une part, que sur près d’un millier de prélèvements, soixante-dix cas se sont avérés positifs ; et d’autre part, que la contamination résulte exclusivement de sous-catégories parmi les moins nocives de la xylelia, avec une origine directe plutôt bien cernée.
 
Cependant, les risques potentiels sont tels que nous avons l’obligation de rester attentifs. Je demande à l’Exécutif de nous tenir informés en temps réel des évolutions de la situation pour que le cas échéant, nous ayons des positions à prendre pour améliorer les parades et ce, de façon immédiate comme de façon durable.
 
Vous avez pu relever que des régions continentales, comme les Alpes-Maritimes, demandent aujourd’hui à pouvoir bénéficier des moyens mis en œuvre en Corse. Par ailleurs, des interrogations subsistent, par exemple comment se fait-il que notre île apparaisse comme la seule région touchée en dehors du sud de la botte italienne ? Il serait utile, à tout le moins, de savoir si des campagnes de prélèvement ont été engagées dans les autres régions avec la même ampleur, et d’en connaître les résultats.

​La fréquentation touristique, enfin : elle paraît positive même si ses retombées économiques seront plus contrastées

Je laisserai bien sûr à la présidente de l’Agence du tourisme le soin de vous apporter des données plus précises.
 
Pour autant, un décalage me semble se creuser depuis plusieurs années entre les statistiques incontestables des flux maritimes et aériens, et le ressenti vécu par les professionnels de l’hôtellerie et des commerces dans le cadre de leurs activités.
 
Il y aura certainement des leçons à en tirer, que ce soit dans l’adéquation de notre offre aux tendances du tourisme, dans sa concentration saisonnière, dans le rapport qualité-prix proposé ; mais aussi, sans doute, s’agissant du phénomène de l’hébergement résidentiel.

​Avant de conclure, permettez-moi d’évoquer la crise des migrants

Les conflits au Moyen-Orient, notamment en Syrie ou en Irak, l’insécurité dans laquelle s’est enfoncé la Lybie et avec elle, tout un pan de l’Afrique subsaharienne, provoquent une augmentation considérable des demandes d’asile sur le continent européen.
 
Cela s’ajoute aux flux migratoires d’ordre économique pour déboucher sur une véritable crise internationale.
 
L’opinion s’est émue, à juste titre, devant le cadavre d’un enfant syrien. Cette image atroce symbolise en effet le drame et les souffrances subies tout au long de l’année par des dizaines de milliers d’hommes et de femmes, fuyant de chez eux des guerres de plus en plus barbares, tentant de franchir nos frontières, pour chercher ici de quoi survivre dignement.
 
Confrontée à l’urgence, l’Union européenne s’efforce, plutôt laborieusement d’ailleurs et on peut le regretter, de définir une réponse qui soit, vraiment, à la hauteur des enjeux. Pour mettre en œuvre, d’abord, une solidarité réelle envers les Etats riverains directement aux prises avec ces problèmes, notamment la Grèce, l’Italie et l’Espagne ; et pour aboutir, ensuite, à une répartition plus équilibrée de l’effort d’accueil des réfugiés de guerre entre tous les pays membres.

Pour ce qui concerne la France, le chiffre de 24 000 a été avancé et le gouvernement a réuni préfets et élus locaux pour recenser les communes volontaires, pour la plupart en milieu rural, de façon à les aider à  prendre en charge les réfugiés dans les meilleures conditions.
 
Mes chers collègues, au-delà de l’émotion médiatique, un tel contexte est propice, surtout en période de crise, à l’exploitation des inquiétudes et des égoïsmes, qui parfois servent aussi d’alibi au racisme et à la peur de l’autre. Il convient, par conséquent, de bien réfléchir aux conditions raisonnables d’accueil et intégration de nouveaux arrivants, pour ne pas alimenter ces réactions de rejet.
 
La Corse a su, toujours, se montrer accueillante envers ceux qui fuyaient une oppression barbare, un régime politique qui les combattait ou, plus simplement, venaient y chercher du travail et de quoi améliorer leur existence. Pourtant, le niveau de vie de sa population permanente n’était pas, loin s’en faut - et malgré la crise et les difficultés que nous connaissons -  celui aujourd’hui !
 
Moyennant les garanties d’un accueil convenable et équilibré, je suis persuadé que le peuple corse saura se monter, une nouvelle fois, fidèle à ses valeurs ancestrales d’hospitalité et entraide.

​Enfin, il convient de saluer la direction informatique et les entreprises prestataires, AXIAN et ATTAC, pour avoir mené à bien cet été la modernisation de l’hémicycle

Outre une meilleure résolution d’écrans, de son et de caméras, ainsi qu’un système de télé-présence en cours de finition, les changements portent surtout sur plusieurs aspects auxquels je vous rends attentifs.
 
Un badge nominatif vous est affecté : il servira à vous identifier sur le pupitre pour activer les fonctionnalités. Par commodité, nous avons convenu de confier ce fichier au secrétariat général, seul habilité à délivrer les cartes à l’entrée dans la salle puis à les récupérer à votre sortie. Et il en va de même au niveau des pouvoirs, sur présentation d’une attestation signée bien sûr.
 
Les demandes de prise de parole seront enregistrées automatiquement ; un seul micro sera activé à la fois ; et la durée des interventions sera affichée.
 
Quant au vote électronique, si vous adoptez la modification correspondante au règlement intérieur, il sera utilisable à la demande du président de séance ou d’un président de groupe.
 
Ces améliorations, que vous avez souhaitées par délibération en 2013, s’avèrent plutôt faciles à mettre en œuvre et elles seront de nature à renforcer la qualité de nos décisions.
 
     
 Je vous remercie.