Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 25 et 26 juin 2015 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 25 Juin 2015



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

avant d’engager notre ordre du jour, permettez-moi d’évoquer deux sujets qui ont caractérisé l’actualité de la Corse depuis notre précédente réunion.

L’avalanche dramatique du Cirque de la Solitude, d’abord

Le 10 juin, un éboulement a emporté une douzaine de randonneurs alors qu’ils franchissaient I Cascettoni, la portion la plus difficile du GR 20.

Le bilan humain, d’au moins cinq morts et deux disparus, est sans précédent à l’échelle de notre région et il rentre parmi les plus meurtriers du genre.

Il atteste avant tout de l’aspect exceptionnel de cet évènement, provoqué par des orages d’une violence inhabituelle, et amplifié par la morphologie d’un terrain n’offrant, de surcroît, aucune échappatoire.

​Il convient aujourd’hui de se recueillir devant les victimes, de partager le deuil de leurs familles, et d’assurer les secouristes qui se sont mobilisés sans relâche de notre entière solidarité.

Mais nous aurons, ensuite, certainement à en tirer des leçons appropriées.

En constatant que les évènements les plus meurtriers surviennent dans la montagne corse à une même période, entre la fin du printemps et le début de l’été, lorsque la fréquentation reprend alors que les conditions climatiques ne sont pas encore stabilisées.

En relevant que le réchauffement du climat accentue précisément les contrastes thermiques, surtout dans une île aussi montagneuse que la nôtre, favorisant la survenance de conditions météorologiques auxquelles nous ne sommes pas préparés.

En observant que le succès croissant de la randonnée, la notoriété légitime du GR 20, mais aussi le décalage entre la société moderne, les exigences de performance et de consommation qu’elle génère et les réalités immuables d’une nature que l’on a tendance à sous-estimer, ne pourront que multiplier ce genre de risques.

Au niveau de la sécurité, nous pouvons faire confiance aux responsables des services opérationnels pour organiser les parades nécessaires ;  soyons attentifs à ne pas réduire, au nom des sacro-saints dogmes budgétaires, leurs moyens d’intervention.

S’agissant de la prévention, je pense, Monsieur le Président du Conseil exécutif, que des actions gagneraient à être engagées, auprès des randonneurs à l’entrée du GR 20 et notamment des zones à risque, pour mieux les informer des dangers objectifs, leur indiquer les itinéraires éventuels de repli, et peut-être surtout, les sensibiliser aux conditions spécifique d’une montagne insulaire que pour la plupart, ils ne connaissent pas suffisamment.

Je souhaite revenir, ensuite, sur les incidents de l’école de Prunelli di Fium’Orbu et la polémique qui en est résulté.

Il convient aujourd’hui, à mon sens et c’est autant l’ancien enseignant que l’élu d’expérience qui s’exprime, d’éviter d’échauffer les esprits pour laisser à l’Education nationale le soin de gérer un problème qui la concerne directement.

Dans cet esprit, je me limiterai à rappeler quelques notions fondamentales pour assurer la vie en société. Et je m’adresserai plus particulièrement aux parents d’élèves qui ont refusé que leur fils ou leur fille chante quelques mots d’arabe. Quel service rendent-ils à leur enfant 

Celui-ci, ce jeune corse, ce futur citoyen, aura-t-il conscience de l’humiliation causée à ceux de ses camarades, lorsqu’ils ressentiront le fait que leur langue n’est pas digne d’être prononcée par d’autres, même lorsque c’est pour chanter des paroles de paix ?

Tout au contraire, permettre à un futur citoyen d’appréhender le monde moderne, toujours plus complexe, c’est lui indiquer, par exemple, que l’arabe est aussi la langue des chrétiens d’orient.

C’est l’encourager, aussi, à s’ouvrir à notre environnement méditerranéen, en lui rappelant que l’Andalousie ou la Sicile restent encore des références parce qu’elles sont parvenues, à une époque, à faire cohabiter harmonieusement juifs, musulmans et chrétiens, en se nourrissant de leurs apports mutuels.

Aider également, cet enfant de Corse, à rester fidèle à ses racines et aux générations précédentes : ses aînés ont connu, eux aussi, la condition de l’immigré, subissant plus qu’à leur tour exploitation et vexations, et voulant malgré tout conserver, en eux-mêmes et avec leurs concitoyens, la nostalgie des origines !

Mes chers collègues, comme toujours dans ce genre de cas, il y a les faits et le contexte dans lequel ils se déroulent.

Les faits ont une apparence anodine, un nombre réduit d’acteurs, et le poids inévitable, dans un microcosme, des crispations locales ou des malentendus. Aussi, gardons-nous bien de stigmatiser quiconque pour privilégier la pédagogie.

En revanche, le contexte n’est pas anodin. Il est marqué par la montée du racisme, de la xénophobie et de l’exclusion qui contamine les Etats européens et que certains, à la faveur d’évènements dramatiques hélas bien réels, n’hésitent guère à attiser.

Mes chers collègues, refusant de laisser des migrants se noyer dans l’indifférence, voire le cynisme, nos voisins en Italie du Sud ou en Grèce, font spontanément preuve d’une humanité qui les honore.

​J’ai la faiblesse de penser que le peuple corse en fait partie.

​Enfin, je conclurai par quelques précisions relatives à notre ordre du jour

 Voici quelques mois, notre Assemblée avait adopté à l’unanimité une motion demandant à l’Etat une première évaluation de l’impact du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi en Corse.

Selon l’usage, avec le président du conseil exécutif, nous avons aussitôt saisi le ministre de l’économie. Nous avons obtenu ces jours-ci une réponse de M. le ministre du budget que je vous fais distribuer par ailleurs.

Il en ressort, notamment, que 35 millions d’euros ont été versés en 2014 aux entreprises insulaires (pour un droit de tirage de 37) dans le cadre du droit commun ; et que 43 millions sont venus s’y ajouter au titre du crédit d’impôt qui a été prorogé jusqu’en 2020.

En revanche, aucune précision n’est apportée sur les effets de ces mesures en termes d’emploi créés.

Le volume des moyens mobilisés est une première information, qui conforte si besoin était les auteurs de la motion dans cette initiative. Nous n’allons bien sûr pas nous en tenir là, et nous demanderons à nouveau ces indications relatives à l’emploi.

D’autre part, la troisième édition de l’Assemblée des enfants s’est déroulée vendredi dernier.

Je tiens à remercier Diane Bedu et Antoine Orsini pour avoir bien voulu, aux côtés de Marie-Thérèse Olivesi, expliquer aux jeunes délégués venus de la Corse entière, ce qu’est le rôle d’un élu et notamment le travail de commission.

La séance publique a vu les élèves poser des questions orales bilingues et pertinentes, avant de débattre de plusieurs motions, pour les défendre ou les amender.

Vous serez donc saisis aujourd’hui d’une proposition visant à renforcer l’offre culturelle dans les villages au moyen de « médiabus ». D’autres textes étaient également de qualité, et il convient de remercier l’Education Nationale, M. le recteur et les personnels enseignant pour leur implication.

J’ajoute que le succès de cette manifestation pourrait inciter un nombre plus important d’élus à venir y contribuer.

Je vous remercie.