Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 27 et 28 mai 2015 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 28 Mai 2015



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,
         
à titre de propos introductif, je souhaite revenir sur plusieurs sujets d’actualité.
 

L’entrevue avec Madame la Garde des Sceaux, d’abord

Conformément à ce qui avait été convenu, les présidents de l’Assemblée, du Conseil exécutif et des groupes politiques, accompagnés par des représentants des associations de défense des détenus et de la Ligue des droits de l’homme, ont été reçus mercredi 20 mai par Madame Christiane Taubira au ministère de la Justice.
 
Ces échanges se sont déroulés dans un état d’esprit constructif unanimement salué.
 
S’agissant de la question récurrente du rapprochement des détenus originaire de Corse, la Garde des Sceaux s’est montrée sensible aux conséquences individuelles pour les intéressés comme pour leurs familles, et elle a exigé de son cabinet qu’il apporte des réponses précises –et donc des solutions- aux cas non encore résolus.
 
Concernant la problématique de la loi d’amnistie, Madame Taubira s’est montrée ouverte tout en nous rappelant, je pense à juste titre, qu’un tel sujet relèverait certainement du domaine du Premier ministre et sans doute du Président de la République lui-même.
 
A cet égard, nous sommes saisis aujourd’hui de propositions de motions ou résolutions sur cette question éminemment sensible suppose, à mon sens,  une réflexion commune à notre niveau visant à  cerner le cadre des propositions que nous adresserions au gouvernement. 

Le devenir de la SNCM, ensuite

Concernant, ensuite, la collectivité unique, une nouvelle rencontre s’est tenue lundi au Ministère de la Décentralisation.

Comme ils s’y étaient engagés, Monsieur Cazeneuve et Madame Lebranchu ont pris l’avis des élus insulaires avant l’examen, en seconde lecture, du projet de loi portant « Nouvelle Organisation Territoriale de la République » et de son article 13 relatif à la création d’une collectivité unique en Corse.

L’ordre du jour consistait notamment à s’accorder sur les fondamentaux politiques de celle-ci, nombre d’élus, mode de scrutin et prime majoritaire, représentation des territoires. Chacun des participants a pu s’exprimer librement, y compris sur d’autres sujets, puis il est revenu au gouvernement de proposer une synthèse.

Celle-ci peut se définir comme suit : une Assemblée à 63 élus ; un mode d’élection analogue au scrutin actuel, garantissant ainsi la représentation des sensibilités minoritaires, avec ajustement à due proportion de la prime majoritaire ; et le principe d’un organisme assurant en parallèle la représentativité des territoires.

Un calendrier nous a également été proposé pour la rédaction, en concertation, des ordonnances qui préciseront le périmètre administratif et financier de la nouvelle entité, et sans doute aussi les conditions d’une fusion progressive avec les deux départements.

Quant au référendum, le Ministre de l’Intérieur a estimé que la préférence de la majorité des élus revenait à donner la priorité à l’entrée en vigueur de cette réforme plutôt qu’à se donner le temps d’une consultation préalable de la population. Je m’abstiendrai à ce niveau de vous rappeler ma position.

La crise de la Xylleria fastidiosa, enfin

Il convient de saluer les initiatives prises par le préfet de Corse pour contrôler les importations de produits agricoles en provenance du continent et plus particulièrement les végétaux originaires des régions contaminées du sud de l’Italie.
 
Certains estimeront que ces mesures restent insuffisantes, en tout cas elles constituent une première réponse concrète à ce fléau. D’autre part, la mobilisation du monde agricole porte également ses fruits, puisque des castanéiculteurs ont proposé d’adapter ce qui a été mis en œuvre, avec succès semble-t-il, pour contrer le cynips.
 
C’est bien dans un esprit de responsabilité qu’il convient d’agir au niveau local, pour obtenir le maximum d’efficacité  dans notre île.

Vous ne serez pas surpris que depuis cette tribune, je renouvelle toutes nos félicitations au Gazélec Football Club d’Ajaccio pour sa brillante accession en ligue 1

Et je ne doute pas un instant que ses présidents Fanfan Tagliaioli et Olivier Miniconi sauront, comme ils l’ont fait jusqu’à présent, trouver les ressources, l’énergie et l’enthousiasme nécessaires pour confirmer la progression d’un club à bien des égards exemplaire.
 
Nous devons également saluer le maintien de l’ACA et du Sporting dans leurs ligues respectives.

Dans un autre ordre d’idée,

il m’appartient de rendre hommage à Monseigneur André Lacrampe, récemment disparu.
 
Chacun aura pu apprécier, lorsqu’il exerça la charge d’évêque dans notre île, ses qualités humaines et la sincérité d’un engagement constant et solidaire en faveur des plus vulnérables.
 
En votre nom à tous, je demanderai à Mgr Germay de bien vouloir transmettre nos condoléances émues à sa famille.

Avant de conclure, je voudrai attirer votre attention sur les résultats de l’étude réalisée par l’OCDE sur la montée des inégalités

Cet organisme, qui n’est pas précisément connu pour son hostilité à l’économie de marché, a constaté une augmentation des inégalités sociales dans les pays développés qui est, je le cite, sans précédent depuis sa création.
 
Mes chers collègues, certains n’hésitent plus à défendre le bien fondé d’un modèle inégalitaire, pour remettre en cause le système de protections mis en œuvre à la Libération.
 
Je rappelle que l’Etat providence a été mis en œuvre pour éviter la reproduction de crises économiques et sociales ayant favorisé la prise de pouvoir par des partis extrémistes et débouché sur la seconde guerre mondiale. Cela, sans nuire aucunement à la croissance économique ni à l’emploi, comme on a pu le vérifier durant les « trente glorieuses ». Aussi, une telle étude nous incite à étudier attentivement sous cet angle l’évolution des politiques actuelles, notamment dans leurs implications qui pèsent essentiellement sur les plus démunis.

Cela, alors que la Nation rend aujourd’hui un hommage solennel et ô combien mérité à plusieurs grandes figures de la Résistance

Germaine TillonGeneviève Anthonioz-de-GaullePierre Brossolette et Jean Zay, représentent ces hommes et ces femmes qui, au péril voire au sacrifice de leur vie, ont su refuser l’inacceptable.
 
Puissent-ils au-delà de cette cérémonie continuer à incarner longtemps avec d’autres -permettez-moi d’évoquer  la mémoire des Gabriel Peri, Missak Manouchian, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Daniele Casanova - l’esprit glorieux de la Résistance.
 
A cet égard, il n’est pas inutile de le souligner, Germaine Tillon et Geneviève de Gaulle, ayant survécu toutes deux  à la barbarie nazie, ont tenu à prolonger leur engagement au service du tiers monde et des populations algériennes pour l’une, du « quart monde » dans nos sociétés occidentales pour l’autre.   Je rappellerai également les attaches insulaires de Geneviève Anthonioz - de Gaulle, dont les enfants peuvent être légitimement fiers.

Pour conclure...

J’espère être complet, mes chers collègues, en remerciant publiquement Yannick Castelli, Jean-Louis Milani et Marc-Antoine Nicolai qui ont démissionné le mois dernier après leurs brillante élection au conseil départemental de la Haute-Corse.
 
Il convient de souligner notamment l’investissement de Yannick et Marc-Antoine, notamment, dans leurs fonctions de rapporteurs des commissions des finances et de la culture.
 
Je leur adresse à tous les trois mes vœux sincères de succès dans le cadre de leurs nouveaux mandats au service du peuple et de la proximité.
 
Et bien sûr, je souhaite la bienvenue à François Dominici et Antoine Giorgi et Sonia Pruvot.
 
Ils sauront enrichir nos échanges de leur expérience pour les deux premiers, et par la qualité de sa réflexion pour la troisième.

Je vous remercie.