Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 27 et 28 septembre 2012 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini

Rentrée politique de l'Assemblée de Corse

Mardi 2 Octobre 2012



L’actualité estivale est restée dominée par une violence insupportable

Séance publique des 27 et 28 septembre 2012 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini
Il est trop tôt pour établir un bilan précis de la saison touristique.
En effet, malgré un démarrage laborieux, la fréquentation touristique se maintient à un niveau élevé ; mais les retombées économiques seront sans doute en recul, étant donné que la crise s’accentue, et que le surcoût des transports -et de leur carburant- rend notre destination plus vulnérable par rapport à d’autres régions.
Cela doit nous conforter à réorienter notre modèle de développement, à la fois pour rééquilibrer l’activité touristique dans le temps et dans l’espace, et diversifier les moteurs de l’économie régionale.

Concernant les incendies, on doit saluer un résultat favorable.
Malgré une sècheresse persistante et des températures élevées, le bilan des superficies brûlées apparaît insignifiant.
Je tiens à féliciter l’ensemble des services publics, de prévention et de lutte : leur mobilisation est la preuve que même en Corse, le refus du fatalisme permet de changer les mentalités, et vaincre un fléau ancestral.
Dans ce contexte, les mises à feux répétées d’Oletta constituent une pression irresponsable et je souhaite assurer publiquement notre ancien collègue Jean-Pierre Leccia de notre solidarité.

Car l’actualité insulaire reste dominée par une violence exacerbée.
Nous avons tous été horrifiés par les meurtres sauvages commis à Ponte Leccia et Castirla. Vous me permettrez d’avoir une pensée pour celles et ceux que la folie homicide plonge dans le deuil et oblige à pleurer un enfant, un père ou un époux.
Quand on peut assassiner quelqu’un où et comme on le souhaite ; lorsque la liberté de la presse est foulée au pied ; quand on se permet des plaisanteries publiques de très mauvais goût pour intimider un élu du peuple ; lorsque l’on fait sauter des supermarchés en prétendant défendre les intérêts des consommateurs ; et quand des jeunes tirent sur la grand place d’Ajaccio au sortir des boites de nuit, alors mes chers collègues,  la société corse est vraiment « mal en point ».

Je l’ai dit au Président de la République, il appartient à l’Etat de prendre, enfin, la mesure exacte de ces enjeux, sans considérer, comme trop de gouvernements l’on fait, qu’il s’agit d’un simple problème de maintien de l’ordre.

La Corse suscite aujourd’hui les convoitises d’une criminalité mondialisée, et il est du devoir de la puissance publique de protéger sa population, et son économie, contre une telle dérive.

Nous allons avec Paul Giacobbi écrire aux ministres de l’Intérieur et de la Justice pour les saisir officiellement. Dans le même esprit, je vais réunir la Commission Violence, qui avait du suspendre ses travaux en période électorale, pour définir les thèmes à approfondir en priorité, et celui-ci devrait, à mon avis, en faire partie. Et je me ferai aujourd’hui l’interprète de l’ensemble des groupes politiques pour témoigner aux journalistes, de Corse-Matin et d’ailleurs, de notre détermination à garantir le libre exercice de leur beau métier ; comme j’assure, si besoin était, notre ami Paul-Marie Bartoli de notre entier soutien.

J’inclurai enfin, dans ce chapitre, trois autres sujets d’actualité : d’une part, le nombre élevé d’accidents de la route qui exige un vrai plan régional de sécurité routière ; d’autre part, le rapprochement des détenus insulaires qui pour beaucoup d’entre eux n’est toujours pas réalisé : aussi avons-nous, avec Paul Giacobbi, invité de nouveau l’Etat au respect de ses engagements ; et enfin, les incidents survenus au stade de Furiani, pour constater une disproportion dans la réaction des forces de l’ordre,  mais aussi saluer l’état d’esprit du club et de la préfecture, qui privilégient aujourd’hui une solution  apaisée.

S’agissant de la rentrée, notre Assemblée doit poursuivre la dynamique engagée depuis le début de cette mandature, en proposant à l’Etat de relever, ensemble, trois grands défis

Mes chers collègues, depuis plus de deux ans et demi, nous avons tous ici fait un choix collectif, celui du volontarisme et de l’ambition. Dans le même esprit, nous gagnerions, cher Paul, à proposer au Président François Hollande d’engager la mobilisation autour de trois priorités stratégiques pour l’avenir de la Corse.

L’éducation et la jeunesse, d’abord.

Il s’agit de réduire le taux élevé de sorties sans qualifications du système scolaire, avec l’ambition de garantir l’égalité des chances dès le plus jeune âge aussi bien entre la Corse et le continent qu’entre les différentes micro-régions de notre territoire.
A cet égard, la « refondation de l’école » voulue par le gouvernement doit se traduire ici par  le renforcement des moyens éducatifs ; tandis que de son coté, la CTC organiserait des assises de la Jeunesse pour définir, ensemble, des perspectives plus globales d’épanouissement dans la société.

Les urgences sociales, ensuite.

Comme dans les autres régions, la crise provoque une montée de la précarité et du chômage, phénomènes accentués ici par un coût de la vie plus élevé qu’ailleurs, et par des difficultés croissantes à trouver un logement abordable.
A titre d’exemple, notre Collectivité a multiplié par quatre son budget consacré au logement : si l’Etat engageait un effort comparable, on créerait un effet d’entraînement. Aussi, j’ai demandé au Premier Ministre d’organiser rapidement une réunion de travail sur ce dossier.

L’aide aux entreprises et à l’emploi, enfin.

Comme il nous l’a indiqué le 12 septembre, le chef de l’Etat a retenu trois priorités en matière de développement régional : la banque d’investissement, les exportations des PME, et les jeunes sans qualification.

Notre Collectivité doit proposer, là aussi, un partenariat actif : l’économie de la Corse se caractérise par un tissu de très petites entreprises, un retard important en recherche et développement, et un manque chronique de capitaux propres. Dans la mesure où l’on joue sur de petits nombres, les nouvelles mesures pourraient trouver ici un terrain d’expérimentation intéressant, et positif.

Une action résolue des pouvoirs publics contre la violence criminelle,  d’abord ; en faveur de l’éducation et de la jeunesse ensuite ; pour traiter les urgences sociales et économiques, enfin, serait de nature, à modifier le climat de notre île, voire à créer un « choc de confiance » dans la population.

Notre Collectivité a fait la preuve de son volontarisme et elle est prête à s’y impliquer à son niveau. A cet égard, une éventuelle réforme institutionnelle devra clairement apparaître comme un outil au service de ces objectifs, et plus globalement, du bien-être des hommes et des femmes de notre région.

Enfin, je souhaite rendre hommage à notre collègue François Piazza Alessandrini

François Piazza Alessandrini
François Piazza Alessandrini
Enfant d’Oletta, il a siégé dans notre institution dès la première élection de l’Assemblée de Corse, en août 1982, réélu sans interruption jusqu’en avril 2004.

Membre de la commission des finances, d’abord, il a  rejoint ensuite le nouvel exécutif régional, et à partir de Mars 1992, il sera  chargé aux cotés de Jean Baggioni de la politique régionale des transports.
Cette responsabilité, dans laquelle il s’est impliqué avec un sens reconnu de l’intérêt général, ne l’a pas empêché de poursuivre une carrière politique nationale dans plusieurs cabinets ministériels; et il a été, également, membre du conseil économique et social.

Au-delà de nos sensibilités politiques respectives, j’ai personnellement apprécié son sens de l’Etat et la rigueur intellectuelle dans laquelle il concevait l’exercice de ses responsabilités.

En votre nom à tous, je renouvelle nos condoléances émues à Madame Piazza Alessandrini ainsi qu’à l’ensemble de sa famille.

Avant de conclure, vous me permettrez de  saluer publiquement un jeune insulaire, Jérôme Ferrari : ses qualités littéraires sont aujourd’hui reconnues comme elles le méritent,  au plus haut niveau, et elles rejaillissent sur notre île où j’espère qu’elles susciteront, notamment dans la jeunesse, un effet d’entrainement !

Dans le même esprit, j’ai eu le plaisir d’inaugurer le 18 septembre l’exposition du FRAC intitulée « l’amour à mort », conçue par le critique et écrivain Hervé Gauville. Treize œuvres remarquables acquises par le FRAC depuis sa création y sont présentées, témoignant de la haute valeur patrimoniale d’une collection internationale constituée pour la Corse grâce à l’engagement de notre collectivité.
Je vous invite à découvrir nombreux cette belle exposition, à Corte,  jusqu’au 5 décembre prochain.

Aussi, je vous ferai volontiers partager le propos d’un autre auteur brillant, Marcu Biancarelli, qui dans Corse Matin du 16 septembre affirmait :
« Je ne crains pas l’acculturation mais l’inculture (…) l’inculture qui court partout aujourd’hui est l’arme des gens qui n’ont plus de repères, sans foi ni loi (…) je suis persuadé que la culture sauve des vies. »


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