Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des 6 et 7 juin 2013 : Extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 6 Juin 2013



Dominique Bucchini
Dominique Bucchini
Mes chers collègues, 

Vous me permettrez de centrer mon propos introductif sur une actualité institutionnelle conséquente, notamment dans les rapports entre notre Collectivité et le Gouvernement. 

Cet angle d’approche pourra apparaître technique à certains, mais il concerne plusieurs domaines qui représentent, à mon avis, autant d’enjeux déterminants pour l’avenir de la Corse, et de sa population.

Je commencerai avec la réforme du statut particulier.

Le Président François Hollande, conformément à son programme électoral, a ouvert l’acte III de la décentralisation engagée, en 1982, par son prédécesseur François Mitterrand. Cette filiation pour rappeler qu’il partage, concernant la modernisation de nos institutions, la même ambition, si ce n’est tout à fait la même approche –les contextes sont en effets bien différents- que son aîné.

Et comme le Président Sarkozy, l’honnêteté m’amène d’ailleurs à le reconnaître, il a demandé à la Corse de lui faire remonter, par le biais de notre Assemblée, un ensemble de propositions.

Dans cet esprit, nous avons créé au début de la mandature une commission spécialisée, animée avec brio par Pierre Chaubon, qui a auditionné de nombreux acteurs, élus ou experts, et intégré dans ses réflexions l’ensemble des groupes politiques. 

Nous avons la semaine dernière entendu en séance plénière des commissions les rapports de deux groupes d’experts, l’un commandé par Maria Guidicelli sur le foncier et le logement, et l’autre, sur la Constitution, confié par Paul Giacobbi à l’équipe du Professeur Guy Carcassone. 

Je tiens aujourd’hui à rendre à nouveau, en séance publique, un hommage appuyé à cet éminent juriste, brutalement disparu, et renouveler en votre nom collectif notre soutien à sa famille, en l’élargissant à ses collaboratrices, Mesdames Wanda Mastor et Julie Benetti.

Sans rentrer dans le fond de ce dossier, je soulignerai que personne ne pourra prétendre, d’abord, que nous n’avons pas de légitimité à agir ; ensuite, que le débat n’a pas été engagé au niveau de la Corse et dans l’opinion; et enfin, que le Gouvernement ne serait pas attentif à nos échanges.

Lors de sa venue à l’Hôtel de Région mardi, Manuel Valls l’a clairement rappelé aux Présidents des groupes politiques, et je crois que c’est à ce niveau que, avec bien sûr nos propres appréciations, nous avons à nous situer ; davantage, en tout cas, qu’à celui de formules renvoyées plus ou moins adroitement par les média nationaux.

Le Ministre de l’Intérieur a également pris position sur les questions de sécurité, de développement économique et du PEI

Dans le premier cas, il a réaffirmé sa détermination à combattre la criminalité organisée et la violence qu’elle fait subir à la population. En ayant conscience que le sujet est complexe et qu’il nécessitera une action sur la durée, franchement, il n’y a pas de raison aujourd’hui de douter de la volonté du Gouvernement.

Concernant le développement économique, et j’ajouterai social, nous aurons tout intérêt à rester mobilisés dans un contexte de rigueur budgétaire pour que des leviers fondamentaux pour notre population, je pense notamment aux jeunes, ne soient pas obérés au motif de la crise financière.

Quant au PEI, en revanche, il n’y a plus ni effet de surprise, ni même effet d’annonce, mais on peut se féliciter que le Premier ministre ait conservé intégralement au bénéfice de la Corse une enveloppe de cette ampleur, alors que partout ailleurs il est obligé de réduire ses dotations.

Enfin, la venue de Madame Delphine Batho a été l’occasion de faire le point sur les enjeux énergétiques.

Au salon Energ’îles, la Ministre de l’environnement a réaffirmé que la centrale de Lucciana démarrerait au fuel léger puis serait alimentée en gaz naturel : à cet égard, le gouvernement s’est engagé dans la commande concrète des projets de barge et de gazoduc. 

Elle a également annoncé que le Président Hollande souhaitait intégrer la problématique spécifique aux îles, en terme de dépendance à l’égard des énergies fossiles, dans la prochaine loi sur l’énergie ; et qu’il invitait la Corse, la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion à jouer un rôle précurseur en matière de développement des énergies renouvelables : de nouveaux outils de gouvernance et programmation seront mis en œuvre et nous aurons à élaborer des propositions communes.

Mes chers collègues, je n’ai pas la prétention de vous demander de renoncer à vos convictions, mais de rappeler dans quel cadre nous gagnerons à inscrire nos rapports avec l’Etat.

Que l’on soit d’accord ou non sur sa politique, ou sur le niveau approprié de ses interventions, le Gouvernement agit. 

Sans être exclusif à l’égard des parlementaires de la Corse ou des autres élus locaux, le Conseil exécutif et l’Assemblée ont un rôle important à remplir dans la mise en œuvre des partenariats existants ou l’élaboration de propositions de réforme. 

Plus nous serons concrets, et je l’espère unanimes à défendre ces positions, et plus nous pourrons être audibles et je le crois, entendus.

Avant de conclure, je vous rappelle que le Tour de France, pour sa centième édition, débutera dans notre île.

Cette compétition sportive demeure un évènement populaire international associant des jeunes de haut niveau venus de tous les continents, et comme elle ne se prête pas aux débordements violents d’autres sports de cette importance, elle a un caractère consensuel. 

La Corse se mobilise activement pour assurer le succès de cette manifestation qui lui produira des retombées exceptionnelles. Je veux aujourd’hui, en votre nom, assurer tous les organisateurs, professionnels, bénévoles et institutionnels, de nos encouragements.

Je vous indique aussi que, à l’invitation des autorités roumaines, je me rendrai ces jours-ci à Sibiu, en Transylvanie, pour le festival de la francophonie : la Corse en sera pendant deux journées l’invitée d’honneur, et nous pourrons je l’espère renforcer des liens culturels avec cette région qui, comme nous, est habituée au pluralisme des identités.