Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des jeudi 20 et vendredi 21 décembre 2012 : allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Vendredi 21 Décembre 2012



La Corse, depuis notre précédente séance publique, a connu une nouvelle poussée de violence.

Séance publique des jeudi 20 et vendredi 21 décembre 2012 : allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

La Corse, depuis notre précédente séance publique, a connu une nouvelle poussée de violence. 

L’assassinat en plein centre d’Ajaccio du Président de la Chambre de commerce de la Corse du Sud, le regretté Jacques Nacer ; deux autres homicides, l’un perpétré à Calvi au risque de tuer un enfant, ont entretenu, si besoin était !, le déchaînement insupportable de la violence criminelle. Dans le même temps, une vingtaine de plasticages simultanés nous font redouter le retour des « nuits bleues » de la violence clandestine.

Le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, se sont rendus à deux reprises en Corse pour rassurer la population et remobiliser les forces de l’ordre et de la justice, en affichant la détermination de l’Etat à porter sa riposte à la hauteur d’un tel défi.

Ces évènements ont bien sûr suscité un regain d’attention pour notre île, avec une surexposition médiatique propice tant aux excès et caricatures chez certains qu’à un effort méritoire, pour d’autres, d’analyse et de compréhension. 

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer depuis cette tribune, une condamnation sans réserve de ces actions criminelles, attentatoires à la vie humaine et aux valeurs qui fondent sa dignité ; de rendre hommage au Président Nacer, unanimement apprécié pour son esprit d’ouverture et le sérieux de son travail ; et de renouveler à toutes les victimes de ces drames notre entière solidarité.

Je tiens, ensuite, à dénoncer avec vigueur les exploitations simplificatrices, voire honteuses, de cette situation, et notamment l’éditorial publié par Christophe Barbier, directeur de la rédaction, dans l’Express du 21 novembre. En n’hésitant pas à écrire dans un hebdomadaire généraliste « le défaut génétique de la Corse- sa culture de la violence », il s’est affranchit des règles élémentaires de sa déontologie. Ce type d’argumentaires ne relève pas, en effet, de la liberté d’expression mais il banalise une forme insidieuse de racisme, libère des pulsions nauséabondes que l’on croyait enfouies sous les décombres de la guerre, et contribue à édifier un mur d’incompréhension, et pourquoi pas de haine, entre la Corse et le continent.

Mes chers collègues, la société médiatique peut avoir ses exigences, mais on ne construit pas les réponses au même rythme que les évènements. 

Le gouvernement a la responsabilité de faire aboutir les enquêtes, retrouver les coupables et les faire juger ; ce faisant, il mettra fin à un climat effarant d’échecs et d’impunité et redonnera confiance à la population. Mais assainir sur la durée cette situation supposera, reconnaissons-le, un effort minutieux et d’une autre ampleur : à cet égard, malgré quelques propos maladroits tenus dans l’instantané, faisons-lui crédit de sa détermination à agir et de sa volonté à changer les choses.

Quant à l’Assemblée de Corse, elle a surtout compétence pour faire évoluer le contexte économique, éducatif et social ; pour réduire la pression immobilière et contribuer à apporter des réponses aux difficultés concrètes de logement, de formation et d’insertion ; et pour offrir à la population, et notamment à la jeunesse, un modèle alternatif d’épanouissement.

Dans cette même période, nous avons ici, avec l’Exécutif, organisé des séances de travail et des échanges en commissions spécialisées ou plénières, pour élaborer un cadre de propositions de réforme du statut de la Corse et de ses administrations locales ; conférer à la langue corse un statut apte non seulement à enrayer son déclin, mais à la sauver ; rencontrer la presse régionale écrite et audiovisuelle et la jeunesse d’un collège de la côte orientale pour débattre avec eux de la violence et des moyens de la faire reculer ; étudier une fiscalité nouvelle apte à réguler l’environnement et le foncier ; organisé des assises de la formation et de l’emploi ; préparé l’ordre du jour de cette session publique qui, vous l’aurez constaté, propose des actions ambitieuses dans l’aménagement foncier, le logement social ou la précarité et la santé.

Chacun est libre d’aborder tous ces sujets avec sa sensibilité et même de considérer et d’affirmer que ces sujets ne sont pas prioritaires ou même inopportuns dans le contexte actuel. Pour ma part, et je crois représenter cet hémicycle dans sa pluralité, j’ai la faiblesse de croire qu’il s’agit de la meilleure réponse aux criminels de toute sorte, qui prétendent bafouer les règles d’une société démocratique et apaisée.

Dans cet esprit, je souhaite partager avec vous mes réflexions après le massacre perpétré dans une école primaire des Etats-Unis.

Un gâchis humain, bien sûr, d’autant plus horrible qu’il a frappé beaucoup de très jeunes enfants, et dans un sanctuaire voué au savoir et à l’éducation. 

Une interrogation politique, au sens large, car il est incontestable que ces violences collectives sont secrétées par le modèle dominant de nos sociétés modernes.

Mais aussi, pour la Corse, un motif supplémentaire de préoccupation, dans une société comme la nôtre où les armes prolifères, et font parfois l’objet d’un culte. 

Je voudrais conclure par quelques considérations personnalisées.

Je voudrais conclure par quelques considérations personnalisées.

En assurant, d’abord, notre amie Josépha Giacometti, frappée par un deuil douloureux, de notre entier soutien.

En adressant, ensuite, à Jean-Guy Talamoni, nos félicitations pour son récent succès universitaire, et pour avoir enrichi son parcours d’élu par une œuvre universitaire de qualité.

En souhaitant, enfin, à Valérie Mermet, qui exerce des responsabilités électives à la mairie d’Aleria et nous rejoint aujourd’hui sur les bancs du groupe « Rassembler pour la Corse », la bienvenue pour un travail fécond dans notre institution.

Vous me permettrez, enfin, de rendre hommage à un acteur mondial des arts et de l’architecture, Oscar Niemeyer, disparu la semaine dernière : nous sommes quelques-uns à partage ici son engagement militant, et son talent immense de créateur appartient à tous.

Mes chers collègues, j’ai conscience que ces dernières semaines, nous vous avons, le Président Giacobbi et moi, beaucoup sollicités. Aussi, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes de Noël et de fin d’année, sous le signe du partage et de la fraternité.

A tutti, Buon Natale e Buon annu !