Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des jeudi 24 et vendredi 25 avril 2014 - Extraits de l’allocution d’ouverture de Dominique Bucchini

Vendredi 25 Avril 2014



Mes chers collègues,

avant d’aborder l’ordre du jour, permettez-moi dans un cours propos introductif de mettre en exergue plusieurs sujets d’actualité.

Il m’appartient, tout d’abord, de vous rendre compte de la venue à la Collectivité de Madame Marylise Lebranchu

La Ministre de la Décentralisation a participé en effet à un troisième comité d’échange sur la réforme du statut particulier, lundi 14 avril à l’hôtel de région.          

Cette réunion était centrée sur le projet de loi relatif à la décentralisation, qui comporte plusieurs articles visant à améliorer le fonctionnement actuel de notre institution, et sur lesquels nous avons émis un avis détaillé le 31 mars.          
Un large accord de vue s’est dégagé avec le gouvernement pour intégrer la quasi-totalité de nos demandes.
Cela démontre, et permettez-moi de le souligner, qu’à chaque fois que nous parvenons, premièrement à élaborer un cadre de propositions argumentées et deuxièmement, à l’approuver avec une majorité consistante, eh bien le pouvoir central est incité à prendre en compte nos attentes.          

Dans un contexte national de réforme qui s’annonce compliqué, il y a là, incontestablement, matière à rester  confiants sur l’aboutissement de la démarche propre à la Corse. Nous avons, en effet, un triple avantage : un cadre de propositions étoffé et qui est le fruit d’une véritable concertation ; un vote quasi consensuel sur le contenu central de la réforme du statut particulier ; et une continuité favorable d’interlocuteur, personne ne mettant en doute les qualités d’écoute de Mme Lebranchu, ni ses convictions décentralisatrices.           

Enfin, il semblerait qu’une réforme constitutionnelle puisse être engagée, à partir de la ratification de la charte européenne des langues ; et même être votée, pour peu qu’une partie de l’opposition fasse preuve d’un état d’esprit constructif : cela nous offrirait une perspective réelle d’aboutissement.          

Cela étant, la Ministre a insisté aussi sur la nécessité d’apporter des réponses concrètes à la situation économique et sociale de la Corse. C’est  judicieux, car les réformes institutionnelles ne produiront leurs effets qu’à moyen terme, alors que la population est déjà confrontée à de véritables urgences.

Je souhaite évoquer, ensuite, le devenir de la SNCM

La délégation de service public organisant les liaisons maritimes entre la Corse et Marseille a été définie par notre Collectivité et elle est entrée en vigueur cette année.              

La SNCM, qui reste l’opérateur historique bien qu’elle ait été privatisée, s’est portée candidate. Elle a remporté l’appel d’offres. Il lui appartient aujourd’hui d’assurer en priorité l’exécution de cette DSP.
A cet effet, un projet d’entreprise a été négocié entre la direction et les représentants du personnel, il prévoit des efforts exigeants tant pour les actionnaires que pour les salariés, de façon à redimensionner la flotte en fonction de la DSP et redresser durablement  les comptes d’exploitation.          

Il est anormal, je le dis clairement, que dans ces conditions, l’actionnaire majoritaire VEOLIA/TRANSDEV cherche à se désengager, à remettre en cause le projet industriel et  à provoquer un dépôt de bilan.            

Des responsabilités ont été prises à l’égard de l’Assemblée de Corse, à l’égard des salariés comme à l’égard des usagers et des entreprises insulaires. Il est du devoir de l’Etat de les faire respecter.                

Chacun, en tout cas, aspire ici à la stabilité pour éviter une casse sociale qui serait sans précédent pour notre île.

Je dois, enfin, revenir sur la violence et les règlements de compte qui reprennent

Le Premier ministre connaît suffisamment ce dossier pour avoir conscience de la nécessité d’obtenir des résultats probants.            

Même si l’expansion de la criminalité organisée se retrouve ailleurs, elle est devenue pour la Corse un véritable enjeu de démocratie. En préalable, il s’agit bien sûr de se doter des moyens d’investigation appropriés : leur renforcement est en cours, peut-être conviendrait-il de l’accélérer.            

A notre niveau, il nous appartient d’engager collectivement une bataille dans les esprits pour faire évoluer les mentalités, et pour renforcer la culture de la légalité. 

Dans cet esprit, la commission « violence »  a souhaité lancer une campagne auprès des jeunes contre le port d’armes dans les lieux publics, et elle tiendra une conférence de presse demain à ce sujet avec le Président Giacobbi et M. le Recteur d’Académie.          

Quand on constate les motivations qui inciteraient des habitants de départements continentaux à se doter de plaques d’immatriculation insulaires, pour se faire je cite « respecter » voire « craindre », on mesure non seulement la confusion qui règne dans certains esprits, mais aussi le  risque de nous enfermer durablement dans une image négative, pour ne pas dire un cliché !

Avant de conclure,

je souhaite rendre hommage à Denis Celli, récemment disparu, qui a siégé dans notre Assemblée de 1984 à 1992.

Et je voudrais également, dans un autre ordre d’idée, rappeler à l’Exécutif que nous lui avons demandé de procéder à un état des lieux des garanties offertes aux conseillers dans l’exercice de leur mandat, notamment en matière de protection et réparation des risques.         

Mes chers collègues, je tiens enfin à saluer un grand écrivain colombien, à dimension universelle, qui nous a quittés la semaine dernière.          
Gabriel Garcia Màrquez était l’auteur de plusieurs romans inoubliables, récompensé par le Prix Nobel de littérature.           

Défenseur infatigable du peuple contre le colonialisme et l’oppression, ce poète narratif symbolisa mieux que personne la démesure de tout un continent : « l’Amérique latine, cette immense patrie d’hommes hallucinées et de femmes entrées dans l’histoire, dont l’obstination infinie se confond avec la légende ».