Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique des jeudi 30 et vendredi 31 janvier 2014 : allocution d’ouverture de Dominique Bucchini

Jeudi 30 Janvier 2014



Mes chers collègues,

Je commencerai mon propos introductif en renouvelant à chacune et à chacun d’entre vous mes meilleurs vœux pour cette année nouvelle.

A paci pà a Corsica, e supratuttu pà a ghjenti chi campani qui, menu di viulenza, di criminalità, è più di speranza, di benistà e di fratellanza.
A saluta pà vo’, ben intesu, e tutti quiddi ch’è vo tiniti caru.

Un certain nombre d’entre nous seront candidats aux élections municipales, en mars, voire aux européennes, en mai. C’est leur droit légitime. Cependant, la dynamique propre à toute campagne électorale incite à mettre l’accent sur ce qui sépare les compétiteurs. Aussi, vous me permettrez de formuler le vœu sincère que nous gardions cet hémicycle de toute interférence, pour conserver un des acquis les plus précieux de cette mandature : l’état d’esprit constructif qui nous anime dans la recherche de solutions innovantes et durables pour la Corse.
A cet égard, nous avons clôturé 2013 par trois jours de session particulièrement chargés en décisions.

Nous débuterons 2014 avec un ordre du jour tout aussi important, notamment le plan d’élimination des déchets et surtout, le projet de plan d’aménagement et de développement durable.

Avant de les aborder, je souhaiterais situer nos échanges dans un contexte plus global.

L’actualité de la Corse,

et c’est appréciable, marque une pause dans la violence criminelle : cette pause peut-être provisoire, comme il peut s’agir des prémices encourageants d’un reflux.
En tout cas, la pérennité de notre Commission, relayée aujourd’hui par d’autres initiatives dans la société, contribue à modifier le climat initial de fatalisme et de résignation.
Quant à la mobilisation des services de police et de justice, à travers la nouvelle circulaire pénale et le renforcement des moyens, sans doute porte-t-elle ses premiers fruits. Je veux voir dans cette amélioration, une incitation à poursuivre, voire à amplifier, notre action collective.

Malgré une légère décrue du chômage en décembre, la situation de l’emploi demeure un sujet majeur de préoccupation puisque notre région a enregistré une hausse de 10 % en 2013.
De même que la France est réputée subir la crise de façon moins violente que les pays voisins, mais en sortir plus lentement, notre île connaît un décalage aussi bien dans l’entrée que la sortie de crise.

La Collectivité Territoriale, dans ses politiques de soutien à l’économie, à l’innovation, à la formation des actifs, sans oublier le rôle de la commande publique, détient plusieurs leviers pour favoriser la création ou le maintien des emplois, et aussi faciliter l’accès au marché du travail.
Notre responsabilité consiste non seulement à les actionner là où ils sont les plus efficaces, mais aussi, j’en suis convaincu, à corriger au niveau local les déséquilibres du modèle économique dominant.
Un système où la croissance, quand il y en a, ne profite pas au plus grand nombre, un système où les emplois, quand il y en a, sont de plus en plus précarisés !
Car il existe des marges de manœuvre au niveau local pour mobiliser les forces politiques, économiques, éducatives et sociales autour de réponses appropriées aux réalités du terrain, et notre priorité doit consister à les utiliser pleinement.

Au niveau institutionnel, enfin, plusieurs blocages sont peut-être en train d’être levés au plan national.
Le Président Hollande a relancé le chantier de la décentralisation.
Le Premier ministre a indiqué récemment qu’il convenait de sortir d’un modèle uniforme pour laisser chaque territoire proposer les solutions adaptées à sa diversité.
Forte de l’expérience de son statut particulier et de l’avantage d’une délibération ambitieuse et relativement consensuelle, la Corse se retrouve confortée dans son dialogue avec le gouvernement.
D’ailleurs, le vote de mardi soir à l’Assemblée Nationale, avec une majorité considérable, en faveur de la ratification de la charte européenne des langues régionales constitue une avancée prometteuse.
Sans doute la Corse continue-t-elle à se différencier des autres régions par sa demande de co-officialité, mais il est incontestable que le contexte est devenu plus favorable pour faire aboutir nos attentes.

Je laisserai aux Présidents Giacobbi et Chaubon le soin d’en tirer les conclusions, mais le climat national me semble, aujourd’hui, plus ouvert.

Le volet sur le « Plan d’Aménagement » du PADDUC, qui est concerné par tous ces sujets, gagnera donc à être analysé à la lumière de telles évolutions.

Sans engager le débat autour de son contenu, il convient de rappeler la vocation d’un tel document : il ne doit être ni un pur exercice de prospective, comme pourrait l’être un rapport commandé à un institut ou un cabinet extérieur, ni la compilation des politiques sectorielles mises en œuvre par notre Collectivité, ni bien sûr le « livre blanc » de la seule majorité.
Il s’agit avant tout, de réunir ici une large convergence autour d’axes de développement porteurs de solutions pour l’avenir ; afin de constituer un cadre de références qui pourra, ensuite, mobiliser l’ensemble des acteurs institutionnels, économiques, sociaux et culturels de la Corse ; mais aussi créer une dynamique de confiance envers la population.

Mes chers collègues, certains d’entre vous, et ils en ont le droit, vont proposer une motion de renvoi en commission. Je me garderai dans cette allocution de formuler un commentaire à cet égard. Je vous invite, en tout cas, à réfléchir à l’image que nous allons renvoyer à l’extérieur de cet hémicycle.

Mes chers collègues, vous le ressentez et vous l’observez comme moi, une inquiétude sourd dans la nouvelle génération, alors que la majorité des emplois qui lui sont proposés sont précarisés, alors qu’elle ne cesse d’accroître son niveau de formation et de qualification, alors qu’il est lui est de plus en plus compliqué de trouver à se loger. Il nous appartient, chacun avec notre sensibilité, de savoir surmonter nos différences pour offrir des perspectives à la population et notamment à une jeunesse qui doute de son futur en Corse. C’est vrai, nous ne saurions avoir la prétention de construire un projet détaillé à l’échelle d’un quart de siècle, alors que beaucoup de paramètres nous échappent.

Mais au niveau des déterminants, permettez-moi de souligner que les idées contribuent sinon à changer une société, en tout cas à la faire avancer.
C’est ce que je nous invite collectivement à faire aujourd’hui, dans le cadre du volet du plan de développement qui nous est proposé par l’Exécutif et que vous aurez tout loisir de discuter. Il s’agit de faire mentir la phrase de Victor Hugo : « l’abîme est là, nous les poètes, nous rêvons au bord et vous, les hommes d’Etat, vous y restez ».

Avant de conclure,

je tiens à adresser les félicitations de l’Assemblée de Corse au Professeur Fabiani. Il appartient à l’équipe des Professeurs Duveau et Latremouille, qui a réalisé une première mondiale en implantant un cœur artificiel.
Avec lui, la Corse est associée au meilleur du progrès médical. L’Hôpital Georges Pompidou apporte la preuve de la qualité du service public.
Quant à la société Carmat, qui a fabriqué ce produit de haute technologie, elle témoigne de l’inventivité de nos entrepreneurs lorsqu’ils ont su résister aux logiques internationales du profit.

Par ailleurs, les amateurs de football salueront avec moi deux clubs insulaires, le CAB et le FA Ile Rousse, pour leur véritable exploit en coupe de France.
Pour avoir assisté à l’un de ces matchs, j’ai apprécié l’esprit sportif qui a animé les joueurs insulaires malgré le déséquilibre apparent des forces. Ils ont gagné notre estime et méritent encore plus de poursuivre la compétition !

Pour terminer, je souhaite en votre nom un prompt rétablissement à notre collègue, Diane Bedu-Pasqualaggi en souhaitant qu’elle puisse très vite reprendre ses activités.

Dans le même esprit, je suis heureux de retrouver parmi nous Marie-Jeanne Fedi, prête à s’investir à nouveau dans ses missions avec toute son énergie.

Enfin, je tiens à condamner les tags visant cette nuit notre collègue Xavier Luciani à Ghisonaccia, en l’assurant de notre soutien.

Je vous remercie.