Collectivité Territoriale de Corse

Séance publique du 5 février 2015 : extraits de l’allocution d’ouverture du Président de l'Assemblée de Corse

Jeudi 5 Février 2015



Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Dominique Bucchini, Président de l'Assemblée de Corse
Mes chers collègues,

Cette séance publique ouvre la première session ordinaire de l’Assemblée de Corse.

Je présenterai, d’abord, à chacune et à chacun d’entre vous mes vœux les meilleurs,

Paci è Saluta pà l’annu novu, dà spartà cù tutti quiddi chi vi sò cari.

​J’exprimerai, ensuite, l’indignation de notre Assemblée, et de la Corse, après les horribles attentats perpétrés les 7 et 9 janvier à Paris.

Notre soutien ému est apporté aux familles des victimes comme à celles et ceux qui ont été blessés, choqués ou meurtris dans leur chair.

Notre détermination renforce celle du Président de la République, de son gouvernement, et de la représentation nationale unanime pour sanctionner justement les complices de ces massacres, assurer la sécurité des citoyens dans le respect de l’état de droit et garantir cette liberté d’expression et de caricature qui est le gage d’une démocratie.

Notre volonté d’agir dans le cadre de nos compétences encouragera les acteurs locaux œuvrant ici au quotidien pour faire reculer l’injustice, la haine et l’exclusion, qu’un petit nombre de fanatiques, criminels ou démagogues de tous poils n’hésite pas à entretenir, à instrumentaliser.

Le peuple Corse était dans la rue le 11 janvier, à l’unisson des millions de citoyens mobilisés dans tout le pays (et aussi dans le monde entier), par-delà les croyances et les convictions, dans un mouvement populaire sans précédent depuis la Libération.

Oui, la réaction immédiate de notre Etat et de notre population a été à la hauteur et il convient de le souligner.

Cependant, la seule action des forces de police, de renseignement ou de justice ne suffira pas : le contexte économique, social, et culturel favorise, surtout en période de crise, les dérives sectaires ou criminogènes et un modèle de société profondément inégalitaire sera donc à réformer. Car c’est la réussite d’un projet de société ouvert à tous, dans lequel tout un chacun aura des perspectives d’avenir stables, qui apportera les réponses les durables.

Comme l’a rappelé Monsieur le Recteur d’Académie lors de la journée organisée par la commission Violence le 15 janvier au Centre des Sports et de la Jeunesse, l’école contribue à inculquer la connaissance, le comportement en société et le respect des autres, mais elle ne peut pas tout.

Les jeunes ont tendance à imiter le comportement des adultes, à reproduire le modèle social dominant et parfois à le rejeter violemment. Le sentiment d’exclusion, l’obscurantisme ou la recherche d’exutoires dans les boucs-émissaires ne sont pas le monopole, d’ailleurs, des seuls enfants immigrés. Une société évoluée, moderne peut aussi fabriquer des monstres !

Rappeler cela, ce n’est en aucun cas fournir un alibi ou une excuse à des actes barbares qui n’en ont évidemment pas. C’est au contraire isoler les criminels, ceux qui sont capables de tuer lâchement pour un dessin, une injure ou un prétendu blasphème.

La Corse est à la confluence des courants du monde méditerranéen. Une partie de sa population, parce qu’elle l’a vécu, comprend la condition de l’émigré : comment on est accueilli sur une autre terre, comment on a tendance à alors renforcer les solidarités internes à sa communauté. Dans sa grande majorité, elle a toujours été hospitalière envers ceux qui venaient chez elle pour gagner de quoi vivre et, non sans frictions -mais pas plus et peut-être moins qu’ailleurs, elle a réussi à les intégrer. Enfants du continent, d’origine italienne, portugaise, russe, maghrébine, africaine, asiatique, sachez que les corses ont été nombreux à partir chercher du travail chez vous et qu’ils vous comprennent : vous êtes ici les bienvenus et vous contribuez à enrichir une culture insulaire originale.

Notre île a une identité forte, une communauté immigrée nombreuse et laborieuse, et une démographie dynamique. Elle connaît pour autant des déséquilibres importants pouvant générer des tensions. Réduire ces inégalités exigera des choix parfois courageux dans l’allocation des politiques ou des moyens. Mais c’est la solution pour établir ce modèle de vivre-ensemble qui reste, j’en suis profondément persuadé, à notre portée.

Mes chers collègues, nous pouvons convaincre la population que l’avenir de la Corse se construira dans un rapport respectueux entre identité et altérité ; que la République, ici comme ailleurs, n’a jamais été l’instrument des privilèges et de l’oppression ; et que sa devise, Liberté, Egalité, Fraternité contient, pour peu qu’on lui donne le même contenu pour tous, la garantie d’une société équitable.

Je vous demande d’observer une minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, de Montrouge et de la porte de Vincennes.

Je conclurai, enfin, par quelques précisions sur l’ordre du jour.


La visite ministérielle de M. Cazeneuve et Madame Lebranchu en Corse nous amène à modifier le déroulement de notre réunion

En accord avec la commission permanente, la séance des questions orales est supprimée ; nous déjeunerons ici avec des sandwiches pour reprendre cet après-midi à 13h30. Par ailleurs, le président du Conseil exécutif m’a indiqué qu’il retirait le rapport sur les nouveaux locaux.

Demain, nous aurons un échange avec M. le ministre de l’intérieur de 10h30 à 12h : les présidents des groupes politiques pourront s’exprimer chacun dix minutes. Compte tenu des mesures exceptionnelles de sécurité en vigueur dans le pays, nous serons contraints de ne pas autoriser le public à assister à cette partie de la séance, et je le remercie d’avance de sa compréhension.

Dans un autre ordre d’idée, je tiens à saluer la mémoire de notre ami Jean Gaffory, récemment disparu

Maire de Guagno, il a siégé dans cette Assemblée de 1986 à 1992, au groupe Radical de Gauche présidé par Paul Giacobbi. Vice-président ou membre de ce qui était alors le Bureau, il s’était spécialisé dans les problématiques d’aménagement du territoire et du développement du monde rural, qui perd avec lui un de ses fidèles défenseurs.

En votre nom collectif, je présente nos condoléances à sa famille en assurant notamment son épouse de notre entier soutien.

J’adresse mes félicitations républicaines au nouveau maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli

et à son équipe municipale dans laquelle figurent Marie-Antoinette Santoni-Brunelli, Nathalie Ruggeri et Simone Guerrini.

Je remercie également Etienne Suzzoni

qui dans le cadre de son activité de vigneron, a obtenu le prix d’excellence 2015 alloué dans cette catégorie par le Ministre de l’Agriculture.

​Dans un cadre laïque, je souhaite mettre à l’honneur Mgr Dominique Mamberti,

titulaire de l’archevêché de Sagone, nommé cardinal par le Pape François : il sera le premier insulaire à occuper de telles fonctions depuis plus d’un siècle.

​Il convient de se réjouir, enfin, de la victoire brillante du « Sporting » hier soir à Monaco :

nous serons nombreux à les supporter lors de la finale de la coupe de la Ligue.

Je vous remercie.