Collectivité Territoriale de Corse

Signature de la Convention Etat–CTC relative au Plan de développement de l’enseignement de la langue corse le 2 novembre 2016 à la CTC

Jeudi 3 Novembre 2016



Gilles Simeoni, Président du Conseil exécutif de Corse, Bernard Schmeltz, Préfet de Corse et Philippe Lacombe, Recteur de l’Académie de Corse, ont signé hier la convention Etat-CTC relative au plan de développement de l’enseignement de la langue corse, en présence de Jean-Guy Talamoni, Président de l’Assemblée de Corse, Saveriu Luciani, Conseiller exécutif délégué à la langue corse et Josepha Giacometti, Conseillère exécutive déléguée à l’éducation, la formation, l’enseignement et la recherche.

La politique linguistique de la CTC

La politique linguistique de la Collectivité territoriale de Corse s’inscrit dans la continuité depuis 2013 : propositions de statut de coofficialité et de revitalisation de la langue corse, adoption dans le cadre du plan « Lingua 2020 » d’une nouvelle stratégie de progression vers la normalisation de la langue et vers une société bilingue.
Aujourd’hui, la CTC réaffirme la volonté et la nécessité de tout mettre en œuvre pour réaliser ces objectifs ambitieux dans le cadre d’un processus de coofficialisation mené avec l’ensemble des acteurs de la société corse.

La volonté de généraliser l’enseignement bilingue
Le Contrat de Plan Etat-CTC 2016-2020 (CPER) a acté officiellement l’objectif central « d’accélérer la généralisation du bilinguisme ». Dans ce cadre, afin d’aider à améliorer l’enseignement bilingue, la Collectivité territoriale de Corse contribue à la mise en place d’un grand plan de formation des enseignants à la langue corse. Par ailleurs, la CTC soutient l’équipement des écoles bilingues en subventionnant les communes pour l’achat d’équipements pédagogiques, comme des « tableaux interactifs », aide les sections bilingues des établissements du second degré pour leurs projets éducatifs et encourage leurs voyages en immersion en Méditerranée romane. En 2016-2017 elle consacrera 485 000 € à ces différentes actions.

Une politique de soutien à l’édition pédagogique renforcée
La CTC finance depuis de nombreuses années l’édition publique de documents à l’usage des classes : actuellement, elle contribue aux publications en langue corse du réseau « Canopé » à hauteur de 200 000 € par an. La prochaine convention triennale, qui démarrera en 2017, inclut une augmentation de la dotation, dans la perspective plus large d’un renforcement de l’édition d’ouvrages pédagogiques et jeunesse En 2016 la CTC consacre à cette action près de 250 000 €.
Cette année, paraîtra très prochainement la première méthode de lecture en langue corse : « u tempu di a lettura ».

Une volonté affirmée de développer les centres d’immersion linguistique
Ces centres d’immersion linguistique constituent des dispositifs d’appui essentiels dans le cadre de l’enseignement de la langue, et plus spécifiquement de l’enseignement bilingue. Quatre centres de séjours et d’études corses reçoivent les classes pour des séjours immersifs, à la semaine (Savaghju et Bastelica) ou à la journée (Loretu di Casinca et Bastia - Campanari). Ces séjours représentent un temps fort pédagogique et permettent de favoriser la communication spontanée chez les élèves. Les centres existants ont une capacité d’accueil d’environ 3 000 élèves/an. Le bilan de l’année 2015-2016 permet de constater une fréquentation tout à fait satisfaisante, à savoir :
  • les 3 centres de Haute-Corse : Savaghju, Bastia-Campanari, Loretu di Casinca ont accueilli 1 923 enfants ;
  • le centre de Bastelica, en Corse du Sud, qui a ouvert ses portes en 2014, a accueilli 469 enfants.
Ces chiffres peuvent être améliorés en intégrant davantage d’élèves de collège et en mettant en place des séjours immersifs dès le mois d’octobre. Pour 2016, la CTC consacre à ces centres 515 000 €.
Sur la durée du Contrat de Plan CPER, elle s’engage à hauteur de 3 618 000 €.
Le Conseil exécutif de Corse travaille à un Schéma de maillage renforcé du territoire, afin de donner accès à ces séjours au plus grand nombre d’élèves.

La promotion de l’excellence en langue corse : Maestranza, Premiu Andria Fazi

• Le Dispusitivu Maestranza : un soutien aux étudiants préparant le concours bilingue de professeurs des écoles
En partenariat avec l’ESPE, et dans le but de favoriser un recrutement de qualité, le dispusitivu Maestranza offre un soutien aux étudiants en master 1 MEEF préparant le concours bilingue de professeurs des écoles. Cette année encore, 9 étudiants ont été sélectionnés sur la base de leur bon niveau général et en langue corse (niveau B2), ils recevront chacun une dotation de la CTC de 5 000 €.
• Le Premiu Andria Fazi récompense l’excellence dans l’apprentissage du corse en second degré.
Créé le 12 octobre 1989 en hommage au conseiller régional disparu la même année, le prix Andria Fazi récompense chaque année :
- le candidat ayant obtenu la meilleure note en langue corse à l’épreuve écrite du baccalauréat dans chacune des sections : « scientifique », « littéraire » et « sciences et technologies du management et de la gestion ».
Le candidat ayant obtenu la meilleure note à l’épreuve d’histoire et géographie passée en langue corse au diplôme national du brevet (sections bilingues).
Le prix a été modifié à plusieurs reprises en raison des évolutions des examens.
Pour la session du Baccalauréat 2017, le règlement du prix sera refondu pour l’adapter aux nouvelles évolutions.

La convention de mise en œuvre du plan de développement de l’enseignement de la langue et de la culture corses entre la Collectivité Territoriale de Corse et l’Etat pour la période 2016 – 2021

Les modalités de mise en œuvre du plan de développement de l’enseignement de la langue corse, que définit le code général des collectivités territoriales, font l’objet d’une convention conclue entre la Collectivité territoriale de Corse et l’Etat.
De ce fait, l’Assemblée de Corse a adopté le Pianu Lingua 2020, plan de normalisation de la langue, incluant le développement de son enseignement et de son apprentissage tout au long de la vie.
La langue corse a ensuite été intégrée dans le Volet territorial du Contrat de Plan Etat-CTC 2016-2020 signé le 13 novembre 2015, afin d’assurer l’accompagnement financier du plan de développement et « l’accélération de la généralisation du bilinguisme ».
La convention qui est signée aujourd’hui s’inscrit dans l’application de ces textes, et sera suivie de deux conventions opérationnelles pour la formation des enseignants, qui ont été votées à l’Assemblée de Corse le 27 octobre 2016.

Le contenu de cette convention :
Il s’agit d’une convention globale de mise en œuvre du plan Lingua 2020, dans ses aspects éducatifs.
Elle se décline en deux axes principaux :
- la généralisation progressive de l’enseignement bilingue à partir de l’école maternelle,
- l’intégration de la langue et de la culture corses à tous les niveaux d’enseignement et de formation.
Dans le domaine de l’enseignement cette convention présente des mesures propres à soutenir une progression constante aussi bien dans l’enseignement de la langue que dans l’enseignement bilingue.
Certaines de ces mesures sont novatrices et ambitieuses.
A l’école maternelle, l’expérimentation d’un dispositif d’enseignement pour les écoles volontaires, dont l’objectif est de proposer la langue corse comme langue principale d’enseignement (« immersion »).
Au collège, la normalisation de l’enseignement de la langue corse pour les niveaux 6ème et 5ème, s’appuyant en particulier pour ce dernier, obligatoirement sur la LV2 romane.
Enfin l’élaboration et la mise en place d’un plan exceptionnel de formation des enseignants, dès la rentrée 2016, constituent l’innovation majeure de cette convention.
A partir de la rentrée 2017 la CTC et l’Etat cofinanceront durant cinq ans un grand plan de formation des professeurs des écoles :
  • 700 enseignants sont concernés, selon trois niveaux : non corsophones, corsophones en demande d’habilitation à l’enseignement bilingue et bilingues (débutants/confirmés)
  • il s’agit de stages longs : d’environ 40 à 90 heures/année pour les corsophones à plus de 350 heures pour les non corsophones
  • 20 contractuels ont été recrutés pour remplacer les enseignants, selon le système de l’alternance : les enseignants passent deux jours en classe, deux jours en stage
  • l’Etat assure la rémunération des formateurs, des stagiaires et des contractuels-remplaçants ; la CTC quant à elle, l’ensemble des frais de déplacements des personnels concernés. Dans le cas d’espèce, il s’agit d’un effort sans précédent correspondant à 250 000 €/an.
  • enfin, la création et la mise en place d’un Conseil Académique Territorial, qui aura la charge du suivi du plan de développement de l’enseignement de la langue corse de manière conjointe par la Collectivité territoriale de Corse et l’Académie de Corse.

Les chiffres de l’enseignement du corse

L’enseignement du corse dans le 1er degré
Des progrès ont été accomplis :
-  pratiquement 100 % des éléves reçoivent un enseignement de la langue
-  environ 35 % sont en filière bilingue

Mais ils sont à nuancer :
-  dans le cadre de l’enseignement standard, on enseigne les 3 heures hebdomadaires attendues dans une minorité d’écoles,
-  dans les classes bilingues, on est parfois encore loin de l’enseignement à parité horaire entre corse et français,
-  au sein de la réforme de la ministre de l’Education, l’introduction obligatoire d’une langue étrangère dès le CP pose problème : elle entre en contradiction avec l’enseignement du corse. La formule, qui consiste à introduire la langue étrangère en CE2, expérience que l’on pratique en Corse depuis longtemps, constitue une solution éprouvée et sécurisée. Elle s’inscrit ainsi dans le sens d’une éducation aux langues, sans que le corse en soit exclu.

L’enseignement du corse dans le second degré : au-delà des chiffres contrastés, une situation préoccupante
Dans le second degré, la situation est beaucoup plus contrastée. Ainsi, en 2015-2016 :
- 58 % d’élèves ont fait du corse en collège, dont 16 % en filière bilingue,
- 22 % d’élèves ont fait du corse en lycée d’enseignement général, dont 0,78 % en filière bilingue,
- 27 % d’élèves ont fait du corse en lycée professionnel.

Si l’on examine les chiffres attentivement, on s’aperçoit que le collège constitue l’étape où on note la perte de la moitié des effectifs, entre la 6e (84 %) et la 3e (42 %). L’enseignement bilingue stagne au collège, les effectifs sont encore faibles, et les volumes horaires en langue corse sont majoritairement très insuffisants.
Il a une existence quasi nulle en lycée où l’enseignement des 3 heures plafonne.

Cette convention doit donc apporter le nouvel élan nécessaire pour progresser efficacement vers la généralisation.