Collectivité Territoriale de Corse

Visite de Nicolas Sarkozy : discours d'accueil de Camille de Rocca Serra, Président de l'Assemblée de Corse

Discorsu di benvenutu di Cameddu di Rocca Serra, Prisidentu di l'Assemblea di Corsica

Mardi 30 Octobre 2007



Visite de Nicolas Sarkozy : discours d'accueil de Camille de Rocca Serra, Président de l'Assemblée de Corse
Monsieur le Président de la République,


Je suis heureux et fier de vous accueillir dans cette salle des délibérations qui est l'âme de l'institution régionale. Vous êtes ici chez vous.

Les conseillers territoriaux et exécutifs, le Président du Conseil Economique, Social et Culturel de Corse, qui font vivre notre collectivité territoriale partagent cette fierté.

Le Président du Conseil exécutif, Ange SANTINI, à qui je cèderai la parole, avant que vous vous adressiez à la Corse toute entière, à tous les Corses, vous fera part de ce sentiment, qui est, je le pense, celui de l'immense majorité de nos concitoyens.

La présence des parlementaires, des présidents de Conseils généraux, des associations des Maires, des Chambres consulaires, de Métiers, d'Agriculture, de l'Université, participent de cette même expression.

Parce que les Corses ont la République chevillée au coeur, nous sommes honorés qu'aujourd'hui et demain la Corse soit au coeur de la République.

Le Conseil des ministres décentralisé sur l'île, que vous présiderez demain est un symbole fort. Nous y voyons, la première étape d'un partenariat privilégié, qui engagera la Corse sur la voie de la réussite et de l'excellence au sein de la Nation. Mais aussi au sein d'une Europe de nouveau en marche, grâce au Traité simplifié que vous avez porté. Une Europe qui sous l'impulsion française, n'oubliera pas l'enjeu majeur que constitue pour nous tous l'Union de la Méditerranée.

Monsieur le Président de la République, en d'autres circonstances, alors que vous étiez Ministre d'Etat, la Corse a toujours pu compter sur votre écoute attentive. Nous avons travaillé ensemble avec franchise et détermination.

Fort de ces rapports privilégiés, il était opportun que vous-même, le Premier ministre François FILLON -et a fortiori l'ensemble du Gouvernement, dont certains ministres nous font l'honneur d'être présents ici même- veniez faire connaître la politique que vous entendez conduire au cours de votre quinquennat.

C'est avec vous, que nous voulons accomplir un grand dessein pour notre île.

L'institution régionale est la matrice du débat insulaire car elle demeure un lieu sacré du dialogue et de l'échange. Vous pouvez être convaincu qu'il y règne un esprit constructif.

Ainsi, notre assemblée a récemment mis en place une commission portant sur les grandes problématiques de l'île, qui dépassent le strict cadre de nos compétences. Vous savez combien les questions de justice, celle du rapprochement des détenus et des condamnés de leur famille, sur lesquelles nous n'avons de cesse de travailler ensemble, sont conséquentes tout comme l'est le souci de préserver et développer la langue et la culture corse.

Au-delà, les questions des violences persistantes, d'emploi, de cherté de la vie et d'accès au logement, sont au coeur des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens.

A l'occasion de nos travaux se fédèrent sur ces bancs les meilleures volontés par des votes, parfois acquis à l'unanimité, dès lors qu'il en va des grands sujets qui déterminent l'avenir de notre île.

Non, les Corses ne sont pas condamnés au conflit. Non, la Corse n'est pas condamnée à subir la violence. Oui, nous les élus du peuple sommes fondés à nous retrouver sur l'essentiel.

C'est dans cet état d'esprit que nous devons oeuvrer avec l'Etat.

Aussi, je souhaite que soit scellé sous votre autorité, un partenariat de confiance avec le nouveau Gouvernement, car les Corses attendent que soit déclinée dans l'île votre grande ambition nationale pour la France.

En Corse comme ailleurs, il faut porter haut les valeurs de la République, rétablir la confiance, libérer les énergies et accompagner l'essor et le progrès.

Notre île, aux territoires enclavés, à la démographie encore trop faible, à l'étroitesse du marché si pesante, compte pourtant de nombreux atouts.

Oui, la Corse a des atouts. Le Gouvernement a les moyens de les valoriser, et la France en a le devoir car vous avez fait de l'égalité des chances un des thèmes forts de votre quinquennat. Dès lors, il appartient à l'Etat de rendre possible cette égalité entre les territoires de la République :

- En donnant à la Collectivité Territoriale de Corse des ressources nouvelles et pérennes pour mener à bien ses politiques ambitieuses liées aux transferts de compétences et à la mise en oeuvre du Plan Exceptionnel d'Investissement.

- En aidant les entreprises à se développer et à mieux rayonner notamment en encourageant le financement de l'économie insulaire.

- En permettant à chaque Corse de mieux vivre sur sa terre, d'entretenir son patrimoine et de le transmettre à ses enfants.

- En initiant sur notre territoire, une politique de grands chantiers et cela bien au-delà de l'effort de remise à niveau de nos infrastructures circonscrit dans le temps.

- En encourageant une évaluation systématique des politiques publiques, celle de l'Etat aussi bien que celle des collectivités locales.

- En mettant à notre disposition une véritable ingénierie financière couplée à une ingénierie de projets.

Dès lors, nous pourrons collectivement nourrir une haute ambition pour notre île afin que chaque Corse retrouve confiance en son avenir.

Cette ambition se fonde sur un modèle de développement généré par l'initiative et l'esprit d'entreprise.

La vocation sinon l'enjeu pour la Corse est de jouer un rôle de première importance dans la société de l'intelligence et de la connaissance.

Permettez-nous d'offrir à notre jeunesse des perspectives ambitieuses en positionnant l'île dans l'innovation, la recherche et le développement.

J'étais, jeudi dernier, à l'Elysée lors de la restitution des conclusions du Grenelle de l'Environnement conduit par Jean-Louis BORLOO. Dans la salle, en vous écoutant, je réalisai les applications évidentes pour la Corse des orientations en matière d'énergies propres, de biodiversité.

Oui, la Corse peut-être et doit-être la vitrine de l'excellence environnementale de la France en Méditerranée.

Soutenez notre volonté de faire de l'environnement un vecteur d'activité, de croissance et de rayonnement. Le secteur de l'énergie peut en ce domaine être déterminant. L'appui de votre Gouvernement pour le raccordement au Gazoduc entre l'Algérie, la Sardaigne et l'Italie ainsi que celui du pôle de compétitivité est fondamental.

Valorisons ensemble nos atouts et faisons le pari d'une dynamique de croissance économique durable, respectueuse de la cohésion sociale et de notre identité insulaire.

Quels que soient les choix, cette identité devra servir de vecteur pour mieux porter en dehors de l'île ses atouts. La conception crispée et défensive de l'identité doit à ce titre être dépassée pour servir d'élément de valorisation. Vous l'avez bien compris vous qui, dans moins d'une heure, inaugurerez Via Stella que vous avez toujours défendu avec énergie.

Voilà, ce qui à mon sens peut nous rassembler. Car, pour construire sur ces bases, la recherche du plus large consensus est impérieuse. Le rassemblement est possible autour de majorités de projets.

Pour se reconstruire, la Corse a besoin d'apaisement, elle a besoin aussi qu'on lui dessine de nouvelles perspectives, qu'on y fasse vivre pour reprendre vos termes « un nouveau rêve français » au coeur de la Méditerranée.