Collectivité Territoriale de Corse

Visite de la Ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique - séance du vendredi 18 juillet 2014 - extraits de l’allocution du Président de l’Assemblée de Corse

Vendredi 18 Juillet 2014



Madame la Ministre, Chère Marylise, 

En vous accueillant au nom de l’Assemblée de Corse, permettez-moi de saluer votre présence parmi nous, dans cet hémicycle.         

Voilà, en effet, assez longtemps qu’un ministre n’était venu, dans ce qui représente le « sanctuaire » de la démocratie régionale, échanger avec les élus insulaires.
En répondant à notre invitation, vous avez fait le choix de donner à cet échange une dimension politique et non pas technique, affirmant ainsi votre volonté de favoriser un dialogue franc et constructif. 

La situation économique et sociale de l’île n’est pas bonne : 1000 emplois perdus depuis un an, plus de 19 000 chômeurs, une dégradation de la construction…

Pendant ce temps, des milliers de ménages sont en attente d’un appartement ; 60 000 personnes perçoivent  moins de 970 € par mois et sont sous le seuil de pauvreté, cela représente presque 20 % de la population, contre    14 % en moyenne nationale.  
La crise persiste et les conflits du travail qui ont éclaté récemment sont l’expression d’une situation sociale qui est dure elle aussi et qui crée des tensions supplémentaires.         

Dans ce contexte, il est du devoir des responsables politiques, les élus comme le gouvernement, de refuser les surenchères, de ne pas jeter inutilement de l’huile sur le feu, mais aussi d’éviter de réagir sous la pression des évènements.          

Nous partageons tous ici une même obligation, celle d’apporter des solutions efficaces aux urgences actuelles, d’impulser un développement respectueux des équilibres économiques, humains et écologiques et de promouvoir, dans une société déstabilisée par l’appât du gain et la violence, les valeurs de respect et de solidarité.         

Depuis trois ans, notre Assemblée, avec le concours permanent du Conseil exécutif, s’est attachée à élaborer un cadre de propositions visant,  en améliorant son statut particulier, à permettre à la seule région insulaire de la métropole de progresser à son rythme dans l’ensemble républicain.

Cette démarche, Madame la Ministre, s’est effectuée avec un esprit collectif de sérieux et la volonté de favoriser les convergences nécessaires pour apporter des solutions durables aux problèmes de la Corse.       

Nous disposons aujourd’hui d’un large accord sur le principe d’une réforme qui, en inscrivant les spécificités de la Corse dans la Constitution, représente un saut qualitatif dans la mise en œuvre de la décentralisation.        

Des majorités variables se sont retrouvées autour de propositions relatives au statut de la langue et à la politique foncière, reposant sur des constats majeurs et appelant des réponses nouvelles et peut-être dérogatoires au droit commun.       

Devant ces demandes, le gouvernement a eu tendance à se positionner au niveau des principes - constitutionnels ou européens - et à mettre l’accent sur les difficultés de mise en œuvre.       

Vous comprendrez, Madame la Ministre, que si l’on en restait là, un décalage pourrait en résulter, alimentant le sentiment latent que le pouvoir central ne parvient pas à prendre la mesure des problèmes spécifiques auxquels sont confrontés les insulaires.       

Pour ma part, je ne doute pas que cette impression sera dissipée pour peu que l’on entre dans le « vif du sujet », en recherchant ensemble, concrètement, des réponses  appropriées.       

Nous n’avons pas la prétention ici que le gouvernement réponde aux injonctions d’une assemblée régionale. Mais s’il partage un certain nombre de constats, je suis persuadé que nous pourrons parvenir ensemble à des objectifs ambitieux.         

Répondant à la demande des gouvernements successifs, nous réfléchissons, dans le cadre du comité stratégique, aux évolutions institutionnelles de la Corse. Si l’on souhaite adapter  les institutions locales aux évolutions de la société, il conviendra de veiller aux équilibres entre pouvoir exécutif et délibérant ainsi qu’entre les territoires et de maintenir une juste représentation  de l’ensemble des forces politiques.          

Dans le même esprit, je pense que nous pourrions profiter de cette réflexion institutionnelle pour appréhender ensemble les enjeux prioritaires, par exemple en termes de services publics, ou de couverture des besoins sanitaires et sociaux.         

Chacun des intervenants vous questionnera sur ces sujets comme sans doute aussi sur d’autres aspects sensibles de l’actualité.         

Pour ma part, je conclurai en rappelant que la réforme n’est jamais une fin en soi, mais un moyen d’apporter de nouvelles réponses, plus adaptées et efficaces, aux problèmes de la population. Or, depuis un certain temps, la réforme est devenue synonyme pour l’opinion de réduction de moyens, de recul des services publics, d’éloignement du citoyen.         

C’est pourquoi les citoyens, qui sont les premiers intéressés par l’organisation institutionnelle et administrative, doivent être consultés par référendum comme l’exige  la démocratie.         

Il nous appartiendra donc de convaincre que notre action collective apportera un réel progrès dans la construction d’une République décentralisée, performante au niveau économique comme dans les solidarités.